De l’importance de se battre contre l’homophobie

D’abord, nous aurions pu rêver d’un monde où être gay n’est qu’une infime, négligeable,  presque inintéressante, part de ce qu’on est.

Mais ce rêve là étant un peu trop ambitieux, nous nous serions adonnés à un autre rêve, plus plausible, moins fou. Nous aurions pu rêver d’un monde où être gay n’est pas synonyme de marginalité, d’anormalité, de différence. Seulement, là encore, on a vu un peu trop grand. Beaucoup trop grand.

Parce que notre monde ne sait ni être indifférent, ni être neutre à l’égard de l’homosexualité.

Nous vivons dans un monde où existent le rejet, la peur, la haine, le dégoût de personnes à cause de leur orientation sexuelle. A cause du sexe des personnes qu’elles aiment.

Cette homophobie est absurde, non ? Et pourtant, le quotidien révèle que cette homophobie s’infiltre dans nos vies de manière insidieuse. Il semblerait qu’on se fasse à l’idée que l’orientation sexuelle puisse susciter des réactions. Il semblerait qu’on accepte docilement que les homosexuels subissent un traitement différent de celui des hétérosexuels.

Vous savez, on s’est mêmes habitués à sourire aux plaisanteries homophobes, salaces, de fin de soirée. Plaisanteries qui arrivent de plus en plus tôt dans les soirées, avec de moins en moins d’alcool dans le sang. Plaisanteries qui sont de moins en moins des plaisanteries.

On a même arrêté de s’insurger quand on nous traite gentiment de « pédé ».

On a arrêté de trouver anormal quand un pote nous dit « nan mais les lesbiennes c’est cool, par contre les mecs, ça m’dégooooouuuuute ».

On a arrêté de s’en préoccuper. On a arrêté de se sentir concernés. On a arrêté d’en être affectés. On s’est habitués.

Bien qu’habitués, on garde en tête que ces manifestations là sont homophobes. L’homophobie, c’est aussi une homophobie de routine, décomplexée. L’homophobie de tous les jours a une forte tendance à ne pas intéresser grand monde et à se loger partout. On la trouve sur Youtube, sur Facebook, dans ta rue, dans ta classe…

Le fait qu’on puisse la considérer comme indirecte ne la rend pas moins dangereuse que l’homophobie directe, dont on connaît trop bien la définition : manifestations de mépris, rejet, et haine envers des personnes, des pratiques ou des représentations homosexuelles ou supposées l’être.

Cette homophobie indirecte, nous savons qu’elle a une fâcheuse tendance à se glisser sournoisement dans les propos, à prendre des allures séduisantes et rassurantes.

L’homophobie, ce n’est pas uniquement se pointer à l’enterrement d’un jeune homme tué pour son orientation sexuelle avec des pancartes « God hates fags » (« Dieu déteste les pédés », cf. affaire Matthew Shepard)

L’homophobie se traduit également par des blagues, par de la pseudo-tolérance…

« On a rien contre les homosexuels, mais eux aussi sont malheureux d’être comme ça, tu as vu les taux de suicide? »

« Nous, on a rien contre ces gens là, mais on est opposés à l’adoption par des parents homosexuels et c’est seulement pour le bien de l’enfant »

Ces petites affirmations regorgent d’homophobie plus ou moins planquée.

C’est contre ces dernières que l’on doit lutter, parce qu’on y est tous confrontés.

Ces paroles démagos ne sont pas anodines. Juste prendre le temps de discuter avec les personnes tenant ces propos donne une chance aux choses d’évoluer.

Le taux de suicide n’est-il pas plus élevé pour les homosexuels que pour les hétérosexuels à cause des discriminations, des pressions, qu’ils sont amenés à subir ?

Puisque personne n’interdit aux hétérosexuels d’être des parents mauvais ou franchement médiocres, pourquoi devrions-nous le faire pour les parents homosexuels ?

Parfois, on repense à nos rêves candides mais toujours tentants. Le monde auquel on rêve nous amène à penser que les efforts déjà fournis ne suffisent pas.

Nous ne sommes pas satisfaits des personnes qui répondent « ça ne me dérange pas, t’inquiète, je suis ouvert » à une personne qui leur présente leur petit/e copain/copine du même sexe qu’elle.

Dans l’idéal, tu ne devrais pas avoir à faire d’efforts pour accepter deux personnes du même sexe qui sortent ensemble, tu ne devrais pas considérer cela comme une « ouverture ».

Dans un monde normal, tu n’aurais pas à accepter ou non, tu n’aurais pas à interférer, à donner ton avis.

Tu ne devrais pas te féliciter de ne pas être choqué par deux personnes du même sexe qui s’aiment, ou pas, qui couchent ensemble, ou pas, qui sont sympas, ou pas.

Tu ne devrais pas relever leur orientation sexuelle. Tu ne devrais pas faire de différences entre une personne hétérosexuelle et une personne homosexuelle.

Si c’est bien l’avis de Léa*, qui a accepté de répondre au sondage que nous avons mené en juillet dernier, portant sur la perception de l’orientation sexuelle par la société, Jacques* est beaucoup plus sceptique.

Jacques dit ne pas partager ce qu’il appelle les « valeurs homosexuelles » et est tout à fait opposé à cette « mode surprenante ». Et si son fils lui a un jour annoncé son « choix » (on cite, hein, même si ça nous brise un peu le coeur) d’être homosexuel, ça « lui est passé ». Ouf.

Jacques n’est pas homophobe, il nous l’a bien dit, mais il ne comprend pas tous ces droits qui sont concédés aux homosexuels : le mariage, le don de sang après un an d’abstinence… Le problème, pour Jacques, c’est surtout de savoir si les personnes homosexuelles ont subi un accident (intra-utérin, dans leur enfance) ou si elles sont malades.

Il est important de noter que Jacques n’est pas un cas à part : c’est seulement le 17 mai 1990 que l’Organisation mondiale de la santé a retiré l’homosexualité de la liste des maladies mentales.

Mais bon, Jacques nous assure que Dieu aime l’Homme avant tout, et malgré tout, même les malades homosexuels sont des Humains. Contents de te l’entendre dire, Jacques.

On a rencontré pas mal de Jacques lors de notre sondage.

Le sondage a mis en lumière pas mal de petits travers pas jolis jolis et récurrents.

On remarque dans un premier temps une désinformation notable: 70% des personnes que nous avons interrogées ne connaissent pas la différence entre orientation sexuelle et identité sexuelle.

Petit rappel: l’orientation est liée à l’attirance d’un individu pour un autre et l’identité définit un homme ou une femme.

D’une manière générale, les personnes interrogées sont satisfaites par l’avancée de la loi sur le don de sang pour les gays.

Avant juin 2016, les hommes homosexuels ne pouvaient pas être donneurs: ils peuvent désormais l’être, moyennant un an d’abstinence sexuelle.

Même s’ils se protègent. Même s’ils vivent une relation stable. Même s’ils sont mariés.

Au risque de devenir pesants avec notre côté rêveur, cette avancée-ci n’est pas du tout, mais alors pas du tout ce dont on a rêvé. Egalité, mais t’es où? Pas là, mais t’es où? Paaaaaas làààààà…

Si notre sondage a intéressé la majorité des personnes interrogées, il a également suscité d’importants rejets : l’homophobie reste un sujet tabou, gênant. Murielle*, Agnès* et Brigitte*, que nous avons tenté d’interroger, vous diront plutôt que l’homophobie ne les « intéresse pas ». Ca nous rappelle un peu le one man show de Fary (on ne fait pas de pub, mais c’est quand même super) où il demande au public « ceux qui se sentent concernés par l’esclavage, levez la main », et dans lequel personne ne lève la main. Ca ne nous intéresse pas. Dé-so-lés.

Pourtant, l’homophobie aurait de quoi être intéressante. L’opinion des Français semble évoluer de manière favorable sur la question de l’homosexualité: selon une étude IFOP datant de juin 2011, 63% des français se déclarent favorables au mariage homosexuel. Cependant le rapport sur l’homophobie révèle en 2012 qu’un cas sur trois d’homophobie relève de l’homophobie de proximité, c’est-à-dire en famille, au travail, ou dans le voisinage.

Les actes d’homophobie au travail ont augmenté de 36 points par rapport aux années précédentes.

On ne peut éviter de parler de l’application «Mon fils est-il gay ? ».

Cette application, accessible sur l’Androïd Market en octobre 2011, proposait aux mères inquiètes de percer à jour l’éventuelle homosexualité de leur fils grâce à 20 questions odieusement clichées.

Quand certains s’obstinent à chercher la «source » de l’homosexualité, on aimerait pour notre part axer les recherches sur la « source » de l’homophobie.

Pourquoi l’homosexualité génère-t-elle autant de réactions négatives, défavorables ? Faisons appel au bon sens. Ce n’est pas bien de ne pas respecter l’égalité de tous les humains. Il faut faire en sorte que tous les humains soient réellement égaux et la « Manif pour tous », même avec sa prétendue bienveillance, lutte contre l’idée que tous les Hommes aient les mêmes droits.

Il sera sûrement dit qu’on en demande trop, qu’on devrait se contenter de ce qu’on a, qu’on est gentiment extrêmes et que l’évolution de la perception de l’homosexualité par la société, « c’est déjà bien ». Mais ce n’est pas JUSTE. Et c’est parce que c’est injuste que nous ne nous contenterons pas d’une avancée incomplète.

Si la légalisation du mariage pour tous est un progrès de la civilisation, il n’en demeure pas moins qu’il est bien tardif pour chaque individu qui a souffert de cette interdiction. Il ne faut pas seulement militer pour un changement à échelle historique, nous plaidons pour un changement à échelle humaine. Il n’est pas pensable de priver des personnes de justice. Des vies se perdent, irréparables, irrécupérables : n’est-il pas insupportable de penser aux hommes, femmes et enfants qui ne connaîtront jamais l’égalité, pour un détail idiot, intime, personnel : qui elles aiment ?

« C’est par l’éducation qu’on peut lutter efficacement contre l’homophobie » estime Elizabeth Ronzier, présidente de SOS homophobie.

Alors : éduquons.

* Les prénoms ont été modifiés

© ConsequenceOfSound

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