Edito : novembre 2016

« Chaque génération, sans doute, disait Albert Camus, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse. »

En 1957, Camus ignorait sûrement la portée de ses paroles, autant que le fait qu’il serait davantage d’actualité dans la postérité qu’au moment où il acceptait le prix Nobel.
Aujourd’hui pourtant, le but de notre média néophyte est de donner une voix à cette génération qui veut empêcher le monde de se défaire. Parce qu’à force de nous enivrer de cette philosophie camusienne, nous nous sommes aperçus du peu d’écho que recevaient nos appels, nos angoisses, nos passions ; tout ce qui tend à s’échapper de nous face à ce monde qui nous bouleverse.

Pourquoi la société d’aujourd’hui voue-t-elle un culte à la neutralité ? Pourquoi s’efforce-t-elle de réduire la jeunese au néant tout en feignant de prôner ses valeurs ? Il y a quelques années encore, je pensais que ce temps était révolu et que la jeunesse occupait le devant de la scène – ce n’était qu’un mirage et notre génération n’a, en réalité, jamais été autant fustigé, vilipendée, ridiculisée. Le dernier exemple ne date pas de plus tard qu’hier. Alors que je m’entretenais, dans un média profondément littéraire, sur le projet de Combat, je me suis vite vue remettre à ma place par l’un des auteurs . Légitimé sûrement par son existence plus poussée que la mienne, il se récrie contre mon « jeunisme », ma naïveté face au « saeculum novum ». A l’aide d’élucubrations latines et de références mythologiques destinées à me faire comprendre les lacunes culturelles de notre génération, il se lance dans un discours moralisateur qui, pourtant, tiendrait un une ligne : la jeunesse héroïque est une légende has-been.

Certains oublient parfois qu’ils ont été jeunes, ou préfèrent reléguer cette époque à celle de l’erreur de leur existence. Quel dommage de croire que les îdées ne mûrissent qu’avec l’âge et que seuls les plus vieux d’entre nous peuvent atteindre la vérité. Quel dommage de nous bâillonner, de nous vilipender, de trainer nos revendications et nos espoirs en ridicule quand nous sommes la parole de demain. Quel dommage que les années créent l’austérité autant que la préciosité.

Avec Combat, nous avons décidé de redonner la parole à la jeunesse. Qu’elle ait une page blanche à écrire, une Histoire, une Vie. Que sa parole soit celle d’aujourd’hui plutôt que d’attendre que la société la légitime. Et si la jeunesse est passionnée, si elle s’échauffe, si elle se bouscule, si elle crie trop fort et que ses idées ne leur conviennent pas, tant mieux. La plus belle voix n’est ni celle de l’âge, ni celle de l’expérience, encore moins celle de leurs diplômes. La plus belle voix est celle de l’espoir – et si elle n’a pas toujours disparu chez nos anciennes générations, elle n’a pas encore commencé à s’exprimer de notre côté. Il est temps de monter sur scène.

«L’espoir est la chose la plus importante de la vie. Elle procure aux êtres humains le sentiment d’avoir un but et leur donne l’énergie d’aller de l’avant» – Norman Cousins

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