Fidel Castro : hommage, rancœur, et balbutiements   

Le président cubain est mort dans la nuit du vendredi 25 au samedi 26 novembre à la Havane, quarante-neuf ans après son fidèle guerillo, ancien ministre et ami, Ernesto Guevara, dit « Le Che ».

«Jamais je ne me retirerai de la politique de la Révolution. Le pouvoir est un esclavage et je suis son esclave»

En apprenant la nouvelle, les exilés cubains de Miami – parmi lesquels certains des 1 500 hommes qui ont débarqué, sous le pseudonyme de « Brigade 2 506 », sur la Baie des Cochons, au sud de Cuba, dans  l’espoir de détrôner Castro – ont célébré avec joie l’évènement. En outre, ironie venant du personnage, le nouveau président des États-Unis, Donald Trump, a qualifié celui qui a échappé à 638 tentatives d’assassinats de « dictateur brutal qui a opprimé son propre peuple ». Il ne faut cependant pas oublier que c’est lui qui, après sa tentative échouée d’attaque contre la caserne de Moncada, à Santiago en 1953 suite à la prise du pouvoir par la force du général Batista, a fondé un groupe de quatre-vingts guerillos au célèbre uniforme couleur olive, parmi lesquels son frère cadet, Raul Castro, actuel président de Cuba, ainsi que le grand Che Guevara, qu’il cite comme étant « Un des hommes les plus nobles, les plus extraordinaires, les plus désintéressés qu’il ait connu ». C’est lui encore qui a vaincu les troupes du despote dans la Sierra Maestra, la forêt dans laquelle il a vécu avec ses hommes et apprise par cœur.

À l’inverse des exilés, c’est le cœur empli de peine que certains Cubains témoignent :« On savait que cela pouvait arriver, mais on n’était vraiment pas préparé. Il restera toujours comme le leader historique de la Révolte. »*

Fidel ayant joué un grand rôle dans l’Histoire de Cuba, cette étrange nuit restera historique. En effet, c’est lui qui a tenu tête à Fulgencio Batista à l’âge de vingt-neuf ans et qui a fait nationaliser les champs de cannes à sucre, jadis propriétés des États-Unis (ce qui n’est pas pour plaire à Kennedy, qui fera fermer l’ambassade américaine de Cuba et ordonnera un embargo économique contre Cuba). Une tension avec les États-Unis qui n’est peut-être pas étrangère au ressentiment de Donald Trump.

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Fidel Castro et Che Guevara

«Bientôt j’en aurai fini comme tous les autres. Notre tour viendra, à tous»

De tous les grands noms qui peuplent notre Histoire, Fidel Castro a toujours été tiraillé entre la catégorie des révolutionnaires et celle des tyrans. D’un côté, les émeutiers en revendication de liberté ; de l’autre, les dictateurs les plus sanguinaires. Il serait en effet bien naïf de vouloir négliger la face la plus sombre du Cubain. La face sanglante, la face violente ; celle qui s’écria un jour « condamnez-moi, peu m’importe ! L’Histoire m’absoudra». En effet, il ne faut pas oublier les familles des 146 agents du Bureau de Répression des Activités Communistes fusillés sauvagement par le mauvais côté de El Commandante. Celui qui pense qu’il n’y a d’autre moyen que la répression castriste  pour lutter contre la répression batistienne. N’ignorons pas non plus les proches des 70 000 personnes emprisonnées froidement pour des idées qui ont déplu à ce même côté. Car oui, il faut l’admettre, certains ont souffert sous Castro. Souffert pour des idées. On ne néglige pas des vies, et certaines ont été brutalement bouleversées à l’arrivée du dictateur – si elles n’ont pas tout simplement été interrompues. Ce Castro-là a existé, et le méconnaître serait une aberration. Che Guevara aurait-il laissé traîner derrière lui la même ombre que son camarade s’il avait pris lui-même Cuba en main ? Je fais partie de ceux qui regrettent le divorce de ce binôme et qui auraient volontiers taillé pour le Che le costume de Président.

Cependant, j’invite ceux qui me désapprouveront, disant que le « Lider Maximo » était plus dictateur que révolutionnaire, à imaginer un Cuba sans Castro, autrement dit, un Cuba sous Batista. Batista, un tyran qui ne s’est révolté que pour le compte de l’armée, en 1933, lors de la Révolte de sergents ; un tyran qui a augmenté des salaires, certes, mais uniquement ceux des militaires, dont le sien qu’il a multiplié par cinq. Un tyran qui a abandonné son pays aux mains de deux parrains de la Mafia, Meyer Lansky, dit « Le cerveau de la Mafia », et de Charles Luciano, alias « Le chanceux ». Enfin, un tyran qui a créé le B.R.A.C. (Bureau de Répression des Activités Communistes), celui-là même que j’ai cité plus haut. De plus, les premières années castristes étaient parfaites : diminution du taux d’analphabétisme, amélioration de la médecine… mais la situation commence à baisser lors de l’embargo des USA. Elle baisse d’autant plus lorsque Kennedy somme Moscou d’ôter les fusées nucléaires qui menacent son pays et ordonne un blocus. Elle empire lorsque l’URSS, client de Cuba, s’effondre.

Fidel demeure donc un mystère, une sorte de symbole mythique à cheval sur l’Histoire ; une jambe foulant le paradis et l’autre traînant en enfer. D’une part l’incarnation du bien, d’autre part le symbole du mal. De même que la France a connu Gainsbourg et Gainsbarre, Docteur Renaud et Mister Renard, Cuba a connu Assassin et Anar.

À présent, Raul Castro doit s’occuper de diriger Cuba seul. Vendredi, il a déclaré :

« Le commandant en chef de la Révolution cubaine est décédé à 22 h 29 ce soir. L’organisation de l’hommage funèbre qui lui sera donné sera précisée. […] Conformément à la volonté du camarade Fidel, sa dépouille sera incinérée dans les premières heures de la journée de samedi. »

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Raul Castro, désormais seul au pouvoir

La question que l’on peut également se poser est la répercussion de la disparition de Castro à l’international. En effet, François Hollande et Barack Obama ont d’ores et déjà annoncé leur absence à ses funérailles, prévues le 9 décembre, ce dernier ayant déclaré que « l’Histoire jugerait l’impact énorme » de son feu adversaire avec lequel les Etats-Unis s’étaient réconciliés il y a deux ans à peine. Plus partisans, Poutine évoque quant à lui la disparition d’un « symbole d’une époque » quand Jean-Luc Mélanchon, à force de tweets presque hugoliens, organisait un rassemblement aux pieds de la statue de Simon Bolivar.

Avec Fidel Castro, c’est un esprit fait à la fois de révolte et de dictature qui s’est envolé. Certains le pleurent, d’autres se libèrent, mais l’événement ne laisse indifférent d’aucun côté de la barrière.

FIDEL CASTRO EN DATES

1926 : Naissance de Fidel Castro à Biran. Avec Che Guevara, il sera à la tête du commando révolutionnaire M26 qui aura pour objectif de lutter contre la dictature de Fulgencio Batista.


1958 : Enlèvement du coureur automobile argentin Fangio à Cuba sous ordre de Fidel Castro. Cet événement avait pour but de faire prendre conscience à la population qu’une course automobile dans un pays ravagé par la faim et la dictature n’avait pas lieu d’être.


1959 : Les révolutionnaires prennent la Havane, faisant tombe Batista qui va se réfugier en République dominicaine.. Fidel Castro prend le pouvoir à Cuba. CheGuevara et Camilo Cienfuegos appellent à la grève générale. Devenu président du Conseil, Fidel Castro organise une vaste réforme agraire pour démanteler le système latifundiaire.


1961 : Nationalisant les entreprises américaines à Cuva, Fidel Castro et les Etats-Unis rompent tout lien. Les Etats-Unis décideront de faire tomber un embargo sur Cuba et Fidel Castro se tourne alors vers l’Union soviétique


1962 : crise des missiles


1989 : début d’une politique contre les « nouveaux pays socialistes » (économie de marché, démocratie représentative) suite à l’issue de la guerre froide


2003 : des membres de RSF soutenus par des intellectuels manifestent devant l’ambassade de Cuba en France contre la condamnation de 78 cubains. Les prisonniers politiques et les émigrations massives en provenance de Cuba amènent de plus en plus les organisations à parler de « dictature ».


2008 : Devant la santé déclinante de son frère, Raul Castro prend les rênes de l’Etat.


2014 : rapprochement historique entre les Etats- Unis et Cuba.


2016 : décès à la Havane

*Yaimara Gomez, 27 ans (source : le Figanni

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