« Sois jeune et tais-toi ?  »

« La chose importante à garder en tête est qu’il ne faut pas attendre une minute pour changer le monde », écrivait Anne Frank. Le monde tel qu’il est ne nous correspond plus, nous révolte dans certains cas, nous chagrine dans d’autres. Nous, jeunes insouciant-e-s, rêvons de révolutionner la société, chacun-e à notre échelle. Si certain-e-s pensent que les mots peuvent changer le monde, d’autres se lancent à la conquête de mandats politiques empreints de rêves et d’espérances. Malgré les discours, condamnant le faible intérêt des jeunes pour la politique, une partie de la jeunesse est investie et prétend à des mandats électifs. Pour ces dernier-e-s, la route est sinueuse, la classe politique n’étant que rarement renouvelée et leurs compétences régulièrement mises en doute. Les aînés optent, en effet, pour des stratégies de cumul des mandats qui ne laissent que peu de place à ces nouveaux acteurs politiques. Nous ne pouvons compter qu’un seul sénateur de moins de 42 ans, David Rachline et une seule députée de moins de 30 ans, Marion Maréchal Le Pen. Alors que légalement, les âges minimums pour se présenter sont de 18 ans (pour l’Assemblée Nationale) et de 24 (pour le Sénat), pourquoi reconnaît-on à un jeune une moindre légitimité ? Florian Demory, militant actif depuis l’âge de 16 ans, a accepté de nous éclairer sur les difficultés auxquelles il est confronté en tant que jeune acteur politique de 23 ans. Après s’être présenté à une élection municipale et a une élection régionale, Florian a désormais proposé sa candidature pour représenter la France Insoumise aux élections législatives de juin 2017.

Penses-tu qu’un jeune ait la compétence pour prétendre à un mandat électif ? Pourquoi, selon toi, n’y a t-il que si peu de jeunes au Sénat et à l’Assemblée Nationale ?

« Il faudrait d’abord définir ce qu’est la compétence pour faire de la politique. A l’heure actuelle, occuper un mandat requiert de plus en plus de savoirs techniques (notamment des outils juridiques) et plus simplement la simple reconnaissance militante. Je ne pense pas qu’il y ait, de manière intrinsèque, une incompétence pour occuper des mandats électifs. Il y a certaines catégories, classes sociales qui ont un sentiment d’incompétence du fait d’une impossibilité à occuper des postes à responsabilité. Ce sentiment d’exclusion existe, on ne peut le nier. Il suffit de tendre l’oreille pour entendre les discours du type « tous les mêmes », « toujours les mêmes »… Je pense clairement qu’on a contraint les individus à se résigner à se laisser gouverner par une petite caste, par une oligarchie, alors que chaque individu peut et doit apporter sa pierre à l’édifice républicain. Les « belles personnes » sortiraient toujours des mêmes formations : HEC, Sciences Po, l’ENA. Si ceux qui sont « compétent-e-s » sont celles et ceux qui nous gouvernent depuis des décennies, je préfère alors voir ceux que l’on définit faussement comme « incompétents » assumer davantage de responsabilités

Il nous faut lutter contre ce sentiment d’exclusion qui ruine et casse tous nos fondements républicains, c’est-à-dire, une égalité entre citoyen-ne-s. Ce ressenti partagé par une multitude d’individus est le fruit, je pense, d’une volonté politique qui pousse le grand nombre à ne pas s’occuper des charges publiques. Je comprends toutes celles et tous ceux qui se sentent exlu-e-s dans la vie de la Cité. Cette dichotomie est voulue, on crée deux catégories, les gouvernés d’un côté et les gouvernants d’un autre côté … et ce sont ces mêmes élites gouvernantes qui viennent nous donner des leçons de démocratie alors qu’elles restent cantonnées dans leur « entre-soi » remettant en cause l’idéal démocratique qui voudrait que chacun soit en capacité de s’occuper de la vie de la Cité. C’est aussi ce qui cause la déconnexion entre les politiques et les citoyens dans notre pays qui s’exprime aux moments des scrutins.

Les problèmes ne se limitent pas simplement aux jeunes mais aussi aux femmes ou encore certaines catégories sociales comme les ouvrier-e-s/employé-e-s par exemple. Tout ceci doit nous faire réfléchir à une question majeure : celle de la représentativité des élu-e-s. Comme tu l’as compris, je n’aime pas parler de compétence. Cette question de la diversité du personnel politique est centrale et englobe des questions plus larges comme le renouvellement de nos institutions pour intégrer chacun dans le fonctionnement démocratique de notre pays. La non-représentativité de nos élites entrecoupe plusieurs champs et je pense que la principale problématique est la question du cumul des mandats qui empêche le renouvellement du personnel politique. Nos institutions sont gangrenées par les « cumulards en tous genres ». Je suis pour un mandat unique limité dans le temps, à deux ou trois mandatures, mais aussi pour la mise en place d’un tirage au sort qui soit total ou partiel pour notre seconde chambre qu’est le Sénat afin de créer un réel contre-pouvoir citoyen et sortir d’un « entre-soi » qui détruit notre idéal républicain. »

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En tant que jeune, quelles difficultés rencontres tu lors de ta campagne ? Met-on en doute ta parole sous prétexte « d’un manque d’expériences politiques »?

« Être jeune en politique est, je pense, problématique pour beaucoup de militant-e-s ou élu-e-s qui ont peur de voir leur jeu bousculé par l’arrivée de nouveaux visages. J’ai mené de nombreux combats, ai été candidat à deux élections (municipales-communautaires, régionales), j’ai la chance de militer pour un parti et mouvement qui laisse la place à de nouveaux visages, qui essaie de diversifier son panel de candidats pour les élections locales ou nationales. Mais, il est certain qu’être candidat à 20 ou 25 ans implique un certain travail sur soi. Nous n’avons pas l’expérience des pontes, élu-e-s en tout genre pour légitimer nos combats. Il faut sans cesse expliquer pourquoi nous sommes candidats si jeunes. Je me souviens de réunions avec des citoyens lors des élections municipales ou régionales où j’étais régulièrement relégué à “mon jeune âge” et pouvais me sentir mal à l’aise. J’étais sans cesse montré du doigt comme le « jeune de service », alors que j’avais écrit en grand partie le programme de ma liste pour les municipales. Donc oui, on connaît des difficultés pour être candidat tout en étant “jeune”. Je pense que le principal problème, c’est d’être toujours relégué à notre âge alors qu’être jeune peut être une ressource intéressante pour des partis ou mouvements. Ne connaissons nous pas les problèmes de précarité? D’accès à l’emploi? Des formations (lycées, universités) qui sont massacrées au nom de la sacro-sainte austérité ? Il nous faut un personnel politique qui englobe la diversité de la population française pour sortir du système oligarchique qui est le notre à l’heure actuelle.

Mais attention, la jeunesse n’est pas forcément un gage de renouvellement. Il suffit de voir la campagne de Macron qui se propose comme anti-système et met en avant sa “jeunesse” qui devrait rafraîchir la politique. Mais lorsqu’on s’intéresse au projet … Alors qu’un individu comme Bernie Sanders aux USA à 74 ans et a porté un vent de renouveau et de jeunesse dans la vie politique américaine. »

Penses-tu que la place laissée aux jeunes dépend des partis politiques ? La France Insoumise laisse t-elle de la place pour ces jeunes qui prétendent aux mandats électifs ?

« Je ne sais pas si la place réservée aux jeunes dépend des partis ou mouvements. Je ne parlerai pas à leur place mais si on s’arrête aux dernières élections régionales en Nord-Pas-de-Calais Picardie, il est clair qu’on pouvait noter une différence entre la liste du Rassemblement (PG EELV) et d’autres forces comme l’ex-UMP ou encore le PS qui ressemblait plus à des listes bricolées pour faire plaisir aux ténors de leur camp.

Comme dit précédemment, je crois avoir de la chance de militer pour la France Insoumise. Je pense sincèrement que ce mouvement d’un nouveau genre en France laisse et fait confiance à la jeunesse et plus généralement à des personnes qui n’ont jamais milité. La proposition de Candidature de Jean-Luc Mélenchon en février qui a débouché sur la création du mouvement, a été pour beaucoup de citoyen-ne-s une bouffée d’oxygène. Il suffit de voir à chaque réunion publique, l’enthousiasme qui se dégage avec un public peu ou pas habitué aux arcanes politiques et surtout, de nombreux jeunes alors que le discours ambiant cherche plutôt à montrer que les jeunes ne s’intéressent pas à la politique et serait des abstentionnistes en puissance.

La France Insoumise est depuis sa création ouverte à tous (à partir du moment où on partage son projet et le cadre défini) encarté ou non encarté, jeune ou moins jeune, syndicaliste ou non. Nous avons défini un cadre pour choisir les candidats aux prochaines élections législatives. Je pense que nombreux-ses seront les jeunes qui porteront notre programme « L ‘avenir en commun » dans ces élections.»

Es-tu favorable aux tirages au sort pour une partie des députés/ sénateurs ? Penses-tu que cela permettrait de pallier à la monopolisation des mandats par les seniors qui les cumulent ?

« Comme exprimé précédemment, je suis favorable à la mise en place du tirage au sort partiel ou intégral pour le Sénat mais pas pour l’élargir à toutes les élections, car le tirage au sort n’est pas l’alpha et l’oméga pour la fin d’un système oligarchique. Il représente des biais importants comme l’individualisation des luttes sociales et la négation de l’action collective. Je suis pour un système conjoint : l’élection pour l’Assemblée et un tirage au sort pour le Sénat.

La lutte contre le cumul des mandats est la mère des batailles pour sortir du système oligarchique sous lequel nous vivons. Je ne pense pas que le simple tirage au sort y réponde entièrement. Je suis favorable à la mise en place de dispositif allant vers le mandat unique et limité en nombre (2 à 3 mandats maximum) pour lutter comme le phénomène de professionnalisation de la vie politique.»

Penses-tu que le fait de laisser davantage de place aux jeunes pourrait permettre de lutter contre l’abstention croissante de ces jeunes qui ne se sentent pas représenté-e-s, compris-e-s, écouté-e-s par les représentant-e-s politiques ?

« Si l’idée est de mettre des jeunes pour mettre des jeunes et ne leur proposer aucun avenir concret (étude, travail) alors ça ne changerait rien. Les jeunes se rangent dans l’abstention par la peur du lendemain et aussi d’être sacrifié alors que leurs parents ont profité des “Trente Glorieuses”. C’est contre le sentiment de l’incapacité des politiques à répondre à leurs problèmes du quotidien qu’il faut lutter en leur prouvant qu’un autre avenir est possible. C’est la résignation et le sentiment que rien ne peut changer qui pousse plus d’un jeune sur deux dans l’abstention même si la question du renouvellement politique peut aider à les pousser à s’intéresser à la politique. »

Pourquoi te présentes-tu ? Quels sont tes rêves ? Tes espérances ?

« Se présenter est toujours le fruit d’une grande réflexion. Ce n’est jamais facile de se dire qu’on va représenter son camp et être devant pour le combat. Ça mérite un travail sur soi. Une candidature n’est jamais une décision individuelle mais collective. Je n’ai jamais candidaté pour dire de candidater mais simplement parce qu’en préparant des scrutins, certains ont pu dire « pourquoi pas lui ? ”. Je n’ai jamais voulu m’imposer pour une quelconque candidature.

Mon rêve ? Transformer cette société pour la rendre plus juste. Comment pouvons-nous vivre sereinement dans un océan de malheur ? 6 millions de chômeurs, 9 millions de pauvres, plus d’un salarié meurt tous les jours sur son lieu de travail en France … Je pourrais continuer la liste longtemps mais voilà ce qui m’anime au quotidien dans mon engagement. Rompre avec un système qui provoque exclusion, misère et précarité pour aspirer à une société émancipatrice où chacun peut vivre selon ses besoins . » 

Pour retrouver Florian Demory, c’est ici ! https://flodemor.wordpress.com/

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