Le Yémen : Une guerre oubliée ?

«Il faut que je vous dise, ma décision est prise je m’en vais déserter» écrivait Boris Vian dans une lettre ouverte qu’il adressait au Président de la République en 1954. Avec cette déclaration d’insoumission, tout en se révoltant contre le recrutement des forces armées, il dénonçait l’horreur de la guerre. Alors qu’autrefois, nos ancêtres se battaient pour des raisons pécuniaires, les plus influents de ce monde disent aujourd’hui se battre pour la défense de nos valeurs, de nos idéaux, ou encore de nos religions. Or, ce que nos dirigeants érigent comme étant nos « identités nationales », ne sont en réalité que le résultat d’une construction sociale. L’instrumentalisation de la religion ou «l’invention de la tradition» ( Eric Hobsbawm et Terence Ranger ) ont conduit à des affrontements, terriblement meurtriers, qui seraient d’ordres idéologiques. Il ne faut toutefois pas négliger le fait que ces prétendus motifs ne peuvent être qu’une façade légitimant des intérêts étatiques ou personnels. «Quand les plus riches se font la guerre, ce sont les plus pauvres qui meurent» nous aurait dit Jean Paul Sartre.

« Ouvrière sans yeux, Pénélope imbécile,
Berceuse du chaos où le néant oscille,
Guerre, ô guerre occupée au choc des escadrons,
Toute pleine du bruit furieux des clairons,
Ô buveuse de sang, qui, farouche, flétrie,
Hideuse, entraîne l’homme en cette ivrognerie,
Nuée où le destin se déforme, où Dieu fuit,
Où flotte une clarté plus noire que la nuit,
Folle immense, de vent et de foudres armée,
A quoi sers-tu, géante, à quoi sers-tu, fumée,
Si tes écroulements reconstruisent le mal,
Si pour le bestial tu chasses l’animal,
Si tu ne sais, dans l’ombre où ton hasard se vautre,
Défaire un empereur que pour en faire un autre »
Victor Hugo, Bêtise de la guerre

Bien que nous soyons conscients des climats chaotiques qui animent certains pays tels que l’Irak ou la Syrie, d’autres conflits demeurent dans l’oubli médiatique. La guerre civile yéménite est une guerre dont on ne parle que peu, et qui depuis 2014 a conduit à l’exil trois millions d’individus, à une situation de besoins alimentaires 14 millions de personnes et à la mort 10 000 citoyens.

Si en quelques mots, nous devions revenir sur l’histoire du Yémen, nous partirions du Printemps Arabe qui s’est propagé à un grand nombre de pays en 2011. Suite au succès tunisien, les Yéménites sont descendus dans la rue pour revendiquer la démission du dictateur à la tête de leur pays qui les privait de toute liberté fondamentale.Ils occupaient également les places publiques en vue de dénoncer la corruption, le népotisme, l’autoritarisme et les inégalités. Les Yéménites protestaient donc contre un régime ayant causé la misère, le Yémen, pays le plus pauvre du Proche-Orient, connaissait un taux d’analphabétisme de 50% et un taux de chômage de plus de 35%. La prière du vendredi constituait, ainsi, un point de rassemblement et précédait généralement la manifestation qui n’avait aucun caractère religieux. Malheureusement, la répression manifestante fut extrêmement dure et meurtrière : «Le vendredi le plus marquant, dans l’esprit des Yéménites, est le vendredi de la dignité le 18 mars 2011, lors duquel des tireurs d’élites du régime, étaient présents sur les bâtiments qui entouraient la manifestation. Ils tiraient directement dans la tête des manifestants» dénonce Abeer G., yéménite, ayant participé aux manifestations. La communauté internationale des Pays du Golfe a, par la suite, assuré la protection du dictateur en échange de sa démission, permettant à ce dernier de s’enfuir avec des armes et de l’argent.

Des clivages religieux mais surtout politiques entre les chiites et les sunnites constituent le principal élément permettant d’expliquer la guerre civile. Dans ce conflit, les enfants soldats sont extrêmement présents. La culture Yéménite considérant que l’âge adulte se situe à 14 ans, un grand nombre d’enfants se trouvent, de ce fait, impliqué dans les conflits. Alors que les chiites étaient dans la capitale, le vice-président sunnite, assurant la période de transition, s’était enfui, laissant son pays sans gouvernement ni président. L’ancien président également sunnite, fournissait, par ailleurs, des armes et de l’argent aux populations chiites, afin de venger sa démission.

Aujourd’hui, au vu des événements passés, tout peut laisser croire qu’il s’agit davantage d’un clivage politique exploité par des entrepreneurs d’idées, et pas d’un conflit uniquement religieux. Il existe, ainsi, un triple conflit au Yémen, le premier étant cette guerre civile entre les chiites et les sunnites aggravé par la présence d’AlQaïda. Cela s’accompagne du bombardement régulier par l’Arabie Saoudite contre l’ensemble de la population civile présente au sein du territoire, les rebelles chiites étant devenus une menace pour l’Arabie Saoudite après plusieurs tentatives visant à étendre leur zone d’influence.

«La haine n’est pas innée. Les Hommes apprennent à haïr, et s’ils peuvent apprendre la haine, alors on peut leur enseigner l’amour, car l’amour gagne plus naturellement que son contraire» Nelson Mandela 

 Yémen.pdf

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