Lettre à ma fille

 

Alice,

Tu n’avais que sept ans et pourtant déjà dans cette période festive de Noël, je m’inquiétais pour toi. Toi qui n’étais qu’une enfant, tu ne pouvais te rendre compte de la place qui t’était d’ores et déjà attribuée dans cette société. Un modèle de société dont je ne voulais pas pour toi, mais que nous devions approuver sans broncher, sous peine de passer pour deux révolutionnaires, remettant en question l’ordre, l’autorité et la pérennité du pays. En préparant tes cadeaux de Noël, en scrutant d’un œil noir les pages roses du catalogue, je me demandais ce que j’allais bien pouvoir t’offrir. Un aspirateur et une dînette pour te faire comprendre que ton rôle serait plus tard d’assurer les taches ménagères comme 80% des femmes en France ? Un joli déguisement de princesse et du maquillage, pour que tu n’oublies surtout pas d’être parfaite physiquement, coquette et douce ? Est-ce réellement ce que tu voulais à sept ans ? Être préparée à ta future vie de femme imaginée à ta place par la société ? Moi, ce n’est pas ce dont je rêvais pour toi, en continuant les pages du catalogues, alors que les jouets roses se faisaient rarissimes, je t’imaginais aventurière, volant à la conquête de tes rêves avec la cape de Batman, bravant le froid sur ta trottinette bleue. Je t’imaginais sportive, débrouillarde et courageuse comme un héros brandissant son arc.

Quoi qu’il en soit, tu auras besoin de ce courage, de cette soif d’aventure et de cette persévérance car tu es née femme. Malgré tous les combats que j’ai menés, en vain, pour défendre l’égalité entre les hommes et les femmes, nous demeurons discriminées. Je suis heureuse que tu sois trop jeune pour comprendre ce mot. Tu le comprendras bien assez tôt, le jour où tu ne seras pas embauchée parce qu’un homme, blanc, plus vieux que toi mais moins expérimenté professionnellement aura pris ton emploi.

Alice, je te prie de m’excuser, pour la place qui t’est réservée, contre quoi je n’ai pas pu lutter. Toutefois, je tenais à te prévenir que certains mondes tels que ceux de la politique ou de la direction d’entreprise te seront plus difficile d’accès, mais je t’en prie, ne te résigne pas. Brise ce plafond de verre à coups de pied et bats toi comme une aventurière, brandissant un arc, à la conquête de tes rêves.

Une réflexion sur “Lettre à ma fille

  1. Ca me fait beaucoup penser à un article publié dans le NY Times il me semble, il y a 20-25 ans, où la rédactrice explique qu’elle a été obligée d’acheter à contrecoeur La Petite Sirène à sa nièce de 5 ans, mais j’arrive plus à retrouver l’article en question ! 😦

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