L’écologie, une affaire de « bobos »?

Lors du deuxième débat de la primaire de la “gauche”, le dimanche 15 janvier, la journaliste Ruth Elkrief a interrogé les candidats se trouvant face à elle sur le sujet de l’écologie. On aurait pu s’attendre à une question recherchée, travaillée de la part de cette journaliste qui s’exprime sur l’un des médias nationaux avec le plus d’audience, à savoir BFM TV, ce lors d’un débat suivi par plus d’1,5 millions de personnes qui plus est. Mais il n’en a rien été. Encore une fois, le sujet de l’écologie a été abordé avec une légèreté en net décalage avec la gravité réelle de la situation. Ruth Elkrief a donc jugé utile d’interroger les candidats de la façon suivante: “Est-ce que l’écologie n’est pas une question de ‘bobos’?”. Après avoir vu cela, je n’ai pu que me sentir offensé par de tels propos. Le terme “bobo” est très clairement connoté négativement dans les médias français, il désigne une catégorie d’individus pas clairement définie (d’où l’absurdité d’employer ce terme), qui seraient, et je dis bien seraient, des personnes au capital culturel et financier important, vivant dans des quartiers riches de la capitale et qui, pour on ne sait quelle raison, auraient décidé de voter PS. Je ne vais cependant pas m’attarder sur l’absurdité de ce terme dans cet article, mais plutôt sur la raison pour laquelle beaucoup de personnes, dont certaines au fort pouvoir d’influence comme Ruth Elkrief, considèrent que l’écologie est aujourd’hui un problème de “bobos”, donc un problème concernant uniquement une partie infime de la population française selon leur catégorisation.

Pour commencer, quand est-ce que l’écologie a commencé à rentrer dans le débat public? Bien que les problèmes environnementaux soient bien plus anciens que cela, les premiers débats sur la question et les premières mesures prises pour préserver l’environnement peuvent être situés entre la fin des années 1970 et le début des années 1980. C’est donc à partir de ce moment-là qu’on a réellement commencé à se demander “serions-nous en train de détruire notre planète à force de l’exploiter et de la polluer?”. Les études se sont alors multipliées, et de plus en plus de scientifiques, quasiment la totalité aujourd’hui, se sont mis d’accord sur le fait qu’il y avait des problèmes de pollution, de changement climatique, de destruction des ressources et d’extinction des espèces animales. Cela n’a pas empêché certains, dont le tout nouveau Président des Etats-Unis, de douter de cela et d’évoquer des thèses les plus absurdes les unes que les autres pour expliquer ces phénomènes.

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Selon la journaliste évoquée précédemment donc, le réchauffement climatique, la pollution, et tous les phénomènes liés à la dégradation de l’environnement ne toucheraient que les “bobos”. On a donc ici une vision bien étrange de la réalité puisque, comme j’ai pu le souligner précédemment, ces bouleversements ne concernent pas les “bobos”, mais tous les êtres vivants: des ours polaires aux sahéliens, des skieurs sur neige artificielle aux tigres.  

Alors pourquoi l’écologie est-elle vue ainsi par une bonne partie de l’opinion publique?

J’aimerais premièrement évoquer la question du “bio” pour expliciter mon propos. Le bio est souvent présenté comme un phénomène de mode, réservé à quelques “habitués”. Le problème étant ici que, lorsque de tels discours sont prononcés, on oublie souvent qu’il y a ne serait-ce que 100-150 ans, tout était pour ainsi dire “bio”. Parlait-on déjà de “bobos” à cette époque-là? Je ne pense pas. Pourtant, personne n’utilisait de pesticides, l’agriculture extensive et énergivore était très peu répandue encore, le sol était respecté. On pourrait objectiver que le bio n’est pas accessible financièrement à tout le monde, mais si cela est effectivement bien souvent le cas dans le commerce “conventionnel”, des structures permettent maintenant de consommer bio à moindre coût (réseaux “solidaires”, associations par exemple). De plus, le problème réside ici non pas dans les coûts de production du bio, mais dans les marges très importantes que certains entreprises s’accordent en profitant de la généralisation du bio. Ainsi, il ne faut pas voir la vente de produits bio, aussi louable soit-elle, par des entreprises telles que Carrefour ou Auchan notamment, comme une volonté de préserver l’environnement et les Hommes, mais plus comme une recherche de profit encore plus importante. Il est donc important, quand on parle de bio, de voir que les différents acteurs au sein de ce secteur sont loin d’être d’être unanimes sur la façon de concevoir l’agriculture biologique. Ainsi, si on s’intéresse à certains acteurs engagés et convaincus des bienfaits de ces pratiques, on pourrait voir le bio non pas comme une “mode” mais plutôt comme un retour à des pratiques plus saines, plus respectueuses de la seule Terre dont nous disposons, permettant à tous de se nourrir à des prix convenables tout en protégeant les producteurs, qui sont souvent obligés de vendre leurs produits à des prix dérisoires pour les enseignes de grande distribution.

Le même raisonnement devrait donc être valable pour l’écologie en général, le problème étant, comme pour le bio, que certains acteurs se sont appropriés de la question écologique pour en faire leur moteur, non pas par pure conviction. Et les raccourcis sont donc rapides, comme celui opéré par Ruth Elkrief il y a quelques jours. Si certains, il est vrai, se servent de l’écologie pour s’enrichir ou pour être élus, il faut voir dans le mouvement écologiste non pas ces quelques acteurs (entreprises, hommes politiques), mais bien la société civile qui cherche à défendre ses intérêts. Le problème est donc aujourd’hui qu’on parle rarement, voire jamais, dans les médias de masse des personnes “lambda” qui se mobilisent quotidiennement pour défendre ce qui est encore défendable dans ce monde qui est toujours plus détruit de jour en jour. Il faudrait s’intéresser aux centaines de milliers de personnes qui signent, tous les jours, des pétitions pour inciter les gouvernants à défendre l’environnement, aux initiatives populaires telles que le tribunal Monsanto qui s’est tenu à La Haye en octobre dernier, aux associations qui se développent de plus en plus autour de cet enjeu, aux entreprises qui font du respect de l’environnement leur but principal.

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©  R. BX.

L’enjeu fondamental est donc d’arrêter de faire croire que les Etats, seuls, pourront résoudre le problème. Il est important de montrer à quel point notre planète est en danger, et à quel point des gens se battent tous les jours pour la sauver. Et peut-être qu’à ce moment-là, même Ruth Elkrief ou Donald Trump comprendront que la question environnementale n’est pas un problème de “bobos” ou de “chinois”, mais un enjeu essentiel de la sauvegarde de la Terre, qui nous a tant donné et à qui nous devons notre existence. Alors oui, l’Homme disparaîtra sans doute un jour comme toute espèce ou presque dans l’Histoire de la Terre, mais doit-il pour autant tout détruire sur son passage?

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