50 ans dans la vie d’une femme


À ces crétins qui les sous-estiment

Je voudrais leur parler d’une femme

Une femme qui avait pour nom Martine

Qui détestait ceux qui sifflent les dames

À son anniversaire, pour ses cinq ans

Elle voulait un costume de chevalier

Mais à sa grande déception, ses parents

Lui avaient acheté une bête poupée

Martine voulait être cow-boy à tout prix

Avec des bottes, une paire de revolvers

Mais son grand-père lui avait toujours dit

Qu’elle était faite pour être infirmière

Elle se souvient de ce jour, à dix ans

Elle a vu venir l’indépendance

Elle voulait faire du foot avec Fernand

Ses parents l’ont inscrite à la danse

Martine voulait apprendre à bricoler

Être la reine de la perceuse

Son oncle lui disait de ne pas rêver

Qu’elle devrait plutôt faire coiffeuse

Quinze ans, enfin l’âge de la liberté

Son mec a promis de lui acheter une BD

Ne trouve-t-il pas normal qu’elle ait cassé

Devant son livre de cuisine emballé ?

Martine voulait faire ingénieure

Diriger une équipe d’ouvrier

Son grand-frère lui disait : tu te leurres

Et il reste du linge à repasser

À vingt ans, fière d’être étudiante

De l’Université de Lille deux

Elle s’est sentie devenir violente

Devant les propos sexistes d’un vieux

Martine voulait être dans la politique

Combattre enfin le capitalisme

Mais son cousin, F.N. maléfique

L’accusait sans cesse de féminisme

À vingt-cinq ans, elle a pété les plombs

La voyant en jeans, un mec s’est marré

Elle lui a mis son poing dans le menton

Et est allée chez les flics s’expliquer

Martine voulut être mécanicienne

Mais il a ri, en la voyant, le patron

Et elle s’est retrouvée, pas de veine

Petite secrétaire mâchant son crayon

Aujourd’hui qu’elle a plus de cinquante ans

Elle veut continuer à être utile

Inutile devant un monde violent

Où viril rime toujours avec habile

Martine pensait être ingénieure

Cow-boy, mécano, quand elle serait grande

Aujourd’hui elle connaît tout son honneur

De marcher dans les pas de George Sand

Comme son idole déministe, elle fume

Elle picole, elle porte du cuir sur le dos

Et elle montera à la tribune

Puisque d’autres sont montées à l’échafaud

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