La primaire, cette illusion

Dans 4 mois, c’est l’élection présidentielle mais avant, le superbe passage de la primaire des partis. Ah la primaire, joyeux moment de règlements de comptes et de chamailleries au sujet du candidat le plus représentatif des valeurs du partie !

Pour ceux qui seraient restés dans une grotte ces six derniers mois, laissez-moi vous expliquer le principe d’une primaire. On peut résumer cela avec l’image d’un entretien d’embauche : un poste à pourvoir, celui de candidat officiel du parti, plusieurs candidats pour ce poste. Sauf que ce n’est pas un directeur des ressources humaines qui va décider qui va avoir la lourde tâche de déterminer qui est le plus apte pour ce poste, mais nous, braves citoyens adhérant aux idées de ces partis. Donc il s’agit d’aller voter, dans des bureaux de votes spécifiques tenus par les partis (pas les mêmes qu’aux élections nationales ne vous trompez pas ou vous aurez des surprises). Il s’agit donc de donner la possibilité aux sympathisants de désigner parmi les candidats la personne la plus en adéquation avec leurs idées. Car, comme il y a de plus en plus de division sur les idées que doivent revendiquer les partis, il n’y a que très rarement une personne unique remportant tous les suffrages et qui est considéré comme le leader naturel du rassemblement. Alors pour avoir une image de l’idée majoritaire dans ce rassemblement, et déterminer ce leader, on organise des élections.

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup de mal avec ce principe de « primaire » et plus particulièrement avec les règles le régissant.

En premier lieu, il faut payer pour participer aux primaires. 2€ pour celles de la droite, 1€ pour la celles gauche. Depuis quand faut-il payer pour participer à une élection ?

Cela me fait affreusement penser au cens, cet impôt qu’on devait payer au début de la République française pour pouvoir voter.

Bien sûr, vous me direz, 2€, ce n’est pas la mer à boire mais cela reste quand même un paiement qui, dans ma tête, a toute une symbolique. Celle d’exclure ceux qui ne s’intéressent pas vraiment à la politique, et qui, même s’ils sont sympathisants d’un parti, ne voient pas l’utilité de payer pour voter et ainsi faire entendre leur voix. Ceux-là même qui ne vont, par la suite, aller voter aux élections présidentielles parce que le candidat du parti ne représente pas leurs idées.

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En second lieu, il y a le vote des jeunes adhérents à partir de 16 ans.

Ce point-là pose deux problèmes majeurs.

Premier problème, pouvez-vous m’expliquer la nécessité de faire voter des personnes de 16 ans, sachant qu’en définitive, ces dernières ne pourront pas voter à l’élection qui a vraiment de l’importance, la présidentielle ( rappelons que 82 % des Français interrogés ont hostiles à cette mesure selon un sondage IFOP) ? Celles-ci sont assez matures pour donner leur avis sur le candidat d’un parti politique, mais pas assez pour voter au niveau national ? Quelqu’un voit la contradiction ? Non, personne ? De plus, à partir de notre seizième année, nous devenons pleinement responsables de nos actes devant la justice, nous recevons notre carte vitale pour gérer nos dépenses de santé, nous pouvons travailler, nous avons même le droit de prendre notre indépendance vis-à-vis de nos parents. Alors, si l’on nous laisse tous ces choix, pourquoi ne pas nous accorder le droit de voter à cet âge ? Pourquoi autant redouter la jeunesse, alors que ces mêmes 82% ont été jeunes un jour et ont eux aussi réclamé plus de libertés ?

Le second problème qui se pose avec la participation de ces jeunes de 16 ans, c’est qu’ils ne sont pas correctement représentés par les différents candidats.

Après recherches, nous pouvons voir que le candidat le plus jeune à la primaire de la droite avait 43 ans ! Et celui de la primaire à gauche en avait 39 !

J’aimerais bien comprendre comment un candidat de 40 ans peut comprendre les préoccupations de lycéens !
Attention, les candidats peuvent avoir les mêmes opinions que ces jeunes électeurs. Mais ils n’ont pas les mêmes objectifs de vie. L’objectif du lycéen est d’avoir un avenir, surtout dans une société où le taux de chômage des 15-24 ans atteignait 24 % au premier trimestre 2016. L’objectif de la personne de 40 ans est sa retraite. Effectivement, cela n’est pas franchement le même point de vu. L’un voit le début de sa vie active pendant que l’autre en voit la fin. Qui plus est, les jeunes voulant faire sortir du lot des candidats porteurs d’idées nouvelles, sur la question européenne par exemple, ne le peuvent pas puisqu’ils se retrouvent face à une génération du baby-boom plus  nombreuse et plus mobilisée.

Enfin, le dernier point, mais pas des moindres, est le nombre de femmes dans cette primaire. Une à ma droite, une à ma gauche. Sur 14 candidats en tout, cela limite franchement le paysage politique féminin. La France est l’un des pays ayant le moins de femmes au sein de son gouvernement. Après le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, où la parité était parfaite, les deux gouvernements de Manuel Valls ne sont jamais arrivés à ce niveau-ci d’égalité. Et même dans le cas du gouvernement Ayrault, une seule femme était à la tête d’un ministère avec une fonction régalienne. C’est-à-dire une fonction que l’Etat ne peut déléguer à aucune autres institutions, et qui sont donc ses fonctions les plus importantes. La situation n’est pas meilleure à l’Assemblée Nationale où elles ne sont que 40% à être présentées par les partis aux éléctions et 27% à être élus contrairement à l’Islande où elles représentent respectivement 48% du Parlement. Bien loin donc des 50% de femmes présentées par ces mêmes partis lors des législatives prévus par la loi sur la parité. Alors que, ne l’oublions pas, les femmes représentent 52 % des électeurs français. Mais où sont les femmes en politique ? Où est la parité ? Certainement pas dans cette élection-ci en tout cas, puisque François Fillon a été élu candidat de la droite et du centre et que Sylvia Pinel, seule candidate à la primaire de la gauche, a également été éliminée dès le premier tour du scrutin. Autant dire qu’à moins que Marine Le Pen ne soit élu, ce qui n’est pas forcément le meilleur scénario envisageable ce n’est pas encore demain que l’on aura une femme à la tête de l’État…

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Malheureusement, en l’absence d’un leader “naturel”, le principe d’une primaire semble inévitable. Mais, comme tout système politique et électoral, il est cependant possible de travailler à son amélioration.

Dans un premier temps, en formant les individus à son application, en particulier dans les classes populaires. En effet, s’il s’agit d’une pratique démocratique tout à fait louable, en définitive, seules les classes supérieures votent, car se sont en majorité ces classes-ci qui détiennent les clés pour comprendre tous les tenants et les aboutissants du combat électoral. Combat auquel on va s’intéresser plus facilement si on en comprend tous les usages.

Dans un second temps, en développant la participation des femmes aux primaires, sans que celles-ci ne soient relégués au rang de simples “femme de…”, derrière leurs maris qui occupent le devant de la scène. Je trouve cela alarmant d’avoir entendu autour de moi, des femmes dirent elles-même qu’une femme n’a pas les compétences pour être à la tête de l’Etat. Cela prouve bien qu’une idée de la femme ayant des capacités intellectuelles inférieures à celles de l’homme est encore fortement ancrés dans nos esprits, même si cela se fait parfois de manière latente.

Enfin, si les partis décident, comme lors de ces dernières primaires, d’ouvrir leurs élections aux futurs adultes de 16 ans, pourquoi ne pas créer une majorité civile, qui donnerait alors le droit de voter, si ce n’est à toutes les élections, au moins à certaines comme cela se fait déjà en Autriche ou en Allemagne ?

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