Coercitif, le soutif ?

Naguère, chaque jeune fille de bonne famille portait un corset afin de modeler son tour de taille selon les critères sociétaux en vigueur. Mais à quel prix s’arrachaient ces précieux centimètres perdus ? A une limitation drastique des mouvements réalisables, à une gêne respiratoire et à un déplacement des organes comprimés. Si son usage est aujourd’hui obsolète, le soutien-gorge, autre sous-vêtement féminin demeure un indispensable. Bien que l’émancipation des femmes ait conduit à l’abandon du compresseur de taille, la tenue d’une poitrine reste la norme. On peut l’expliquer par la mode occidentale actuelle privilégiant les fortes poitrines, le soutien gorge ( même sans push-up) permettant de gonfler artificiellement le volume de ses seins. A cette première cause esthétique s’ajoute la désinformation de la pensée dominante qui affirme encore la nécessité féminine de porter un soutien-gorge pour préserver le maintien de sa poitrine. Hors, cela n’a jamais été prouvé par une quelconque étude et aucune marque de lingerie ne joue sur ce point dans ses publicités. Pire, pour les petits bonnets (A-C), les seins soutenus s’affaisseraient plus vite. Cette thèse reste à prendre avec précaution, le professeur chargé de l’expérience n’ayant bénéficié que d’un échantillon de centaines de femmes jeunes et sportives peu représentatives de la population française. Cependant le spécialiste explique logiquement ses résultats expérimentaux: le soutien-gorge empêcherait les muscles en dessous de la poitrine de se contracter, les atrophiant à terme. Si une quelconque utilité du sous-vêtement n’est pas encore avérée, d’autres tares sont déjà reconnues : un soutien gorge trop petit entraîne mal de dos et compression respiratoire. Des symptômes à ne pas prendre à la légère quand on sait que 80% des femmes portant un soutien-gorge ne le font pas avec une taille adaptée. Malgré ces évidents défauts, 95% des françaises soutiennent encore leurs poitrines, car le port du soutien-gorge a été normalisé par son omniprésence, de l’abribus au blockbuster. L’hypersexualisation de la société en a encore avancé le commencement : les petites filles sont de plus en plus nombreuses à se pavaner avec une brassière dans la cour de récré, se sentant femmes et accomplies comme si la féminité se résumait à des baleines. Et pourtant ! Les seins libres (lorsqu’ils sont suffisamment petits pour tenir sans soutien) sont beaucoup plus agréables à vivre qu’un inutile soutien-gorge. Ce sous-vêtement se sent physiquement dès lors que l’on accomplit un mouvement, mettant la poitrine au coeur de la pensée des femmes plusieurs fois par jour. S’en libérer, c’est s’affranchir de cette préoccupation, oublier sa poitrine et quelque part sa condition féminine. Peut-être perd-t-on en attractivité ? Visuellement, un soutien-gorge push-up fait gagner une taille. Seulement cet atout de séduction se révèle, en plus d’être superficiel, mineur. Certes on a l’air moins bien formée que certaines jeunes filles. Mais est-ce là une fin en soi ? Est-ce que faire une taille de bonnet en plus que sa voisine nous rend plus heureuse ? Il n’y a rien de révolutionnaire, d’hystérique dans le fait d’être une « free-boobies ». Notre seule revendication réside dans la possibilité de choisir de vivre mieux dans notre chair sans que cela soulève de dégoût ou de mépris de la part de ceux qui rejettent tout ce qui s’éloigne d’une pensée préconçue

Illustration : ©Asunaro

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