La gauche va droit dans le mur, tant pis pour elle !

La victoire de Benoît Hamon laissait entrevoir un mince espoir de recomposition de la gauche française, idéologiquement déstructurée depuis les années 1980, mais que rien, ni les victoires ni les défaites – avec en premier lieu le « traumatisme du 21 avril 2002 «  – n’a permis de refonder.

Le chemin ne s’annonçait pas comme des plus simples, il réclamait des sacrifices : assumer la rupture avec l’aile libérale du PS, enterrer les partis politiques vieillissants et ayant perdu la confiance du peuple, construire un programme de gouvernement rouge-rose-vert. Refaire ce qui avait été fait en 1997, tout en allant plus loin, et en ne refaisant pas l’erreur de ne se contenter que d’un assemblage de façade. 81 ans après le Front populaire, il y avait de quoi faire battre le cœur d’une gauche qui se morfond depuis bien longtemps.

Mais les humains ne sont hélas que des humains, avec tous les travers qu’on leur connaît. Et c’est ainsi que celles et ceux qui auraient pu écrire une nouvelle page dans l’histoire de la gauche, se préparent à ne rester dans les annales que comme les fossoyeurs de ladite gauche. Tant pis pour elle.

La rencontre du 31 janvier entre Benoît Hamon, vainqueur de la primaire du PS et de ses satellites, et Yannick Jadot, vainqueur de celle de EELV, constituait un point de départ intéressant. Mais Jadot le reconnaît lui même, ce déjeuner n’a pas permis d’avancées concrètes.

Pendant une dizaine de jours, les médias se sont focalisés sur l’affaire Fillon et ont quelque peu parlé des problèmes du FN au Parlement européen ; on a quelque peu oublié les trois « leaders ». Jusqu’à ce que Yannick Jadot déclare en conférence de presse, le 9 février dernier, « J’ai appelé Jean-Luc Mélenchon. Je suis tombé sur son répondeur. Il ne m’a jamais rappelé« .

Pas de quoi inquiéter le Chavez de l’Essonne, qui s’est fendu d’un tweet lapidaire « @yjadot, mon répondeur dit : «pas de message oral. Que des SMS.» Allez, encore un effort : écoute le répondeur. ».

Ben oui Jean-Luc, tu as raison, l’avenir de la gauche n’est pas une motivation suffisante pour que tu changes tes habitudes téléphoniques.

Nouveau rebondissement quelques heures plus tard, avec un échange entre seconds couteaux (ou seconde fourchette, pour le dire plus féministement ?), Cécile Duflot et Alexis Corbière.

Duflot, dont Anne Hidalgo semble ne plus vouloir comme députée de Paris (au nom de l’accord PS – EELV de 2012, Duflot avait obtenu la tête de Danielle Hoffman-Rispal, élue depuis 2002, reléguée à sa suppléance par Solférino), a fait parvenir par tweet deux photos à Jean-Luc Mélenchon. On peut y voir, sur une feuille à carreaux qui nous rappellera nos années de collège ou de Lycée, un « Pour Jean-Luc (merci) » manuscrit au recto, et, au verso, un message :

« Jean-Luc, c’est pour te dire que Yannick aimerait bien te parler. Est-ce que tu veux bien ? » suivi d’une case « Oui » et d’une case « Non ».

Mélenchon, sans doute trop occupé à répondre aux SMS de celles et ceux qui obéissent à ce que réclame son répondeur, a laissé répondre un de ses hommes de main, en la personne d’Alexis Corbière, porte-parole de la France insoumise, passé par le Parti des Travailleurs, la Ligue Communiste Révolutionnaire, le Parti Socialiste et enfin le Parti de Gauche.

Réponse du berger à la bergère : « Cécile, Après les primaires, tu nous prends pour des enfants de l’école primaire ? » suivi des cases « Oui » et « Non ». Bon, niveau style, ça fait tout de même très « Bande de chacals, vous allez tous crever comme des chacals ». Au niveau politique, on s’abstiendra de tout commentaire.

Donc Mélenchon et Jadot ne se sont pas parlés. Mais si Jadot a visiblement fait un premier pas en contactant Mélenchon, on comprend assez vite que Mélenchon n’a pas du tout l’intention de contacter son homologue écologiste, sinon il l’aurait déjà fait. Mais il suffit de relire un billet du blog de Mélenchon, daté du 14 novembre 2016, pour comprendre que Jadot n’est pas la tasse de thé de son collègue du Parlement européen, qui lui préférait leur collègue Michèle Rivasi.

Toujours le 9 février, Jean-Luc Mélenchon publiait « Le téléphone rose n’a pas sonné », expliquant que Benoît Hamon ne l’avait toujours pas contacté. Cette information est intéressante, elle montre que Hamon, qui parle de rassemblement, est plus prompt et plus disponible à rencontrer le Président Hollande, le Premier Ministre Cazeneuve, ou les parlementaires socialistes, que son principal interlocuteur pour la présidentielle. Chacun ses priorités, et Benoît Hamon semble plus soucieux de rassembler le PS pourtant difficilement rassemblable, que la gauche. Mais le plus intéressant, et Mélenchon le dit très bien, c’est que Benoît Hamon, frondeur parmi les frondeurs, a, au pied du mur, la fronde bien mal armée.

Pour faire gagner la gauche, il faut dépasser les carcans des partis traditionnels et gangrenés par les querelles d’ego, quand ce n’est par les malversations. La France insoumise est, pour l’instant, le plus abouti des dépassements de ces partis. Et Mélenchon ne veut pas risquer de détruire cette construction sans « garanties de bonne foi » de la part de Hamon. Si Benoît Hamon a gagné, c’est parce qu’il s’est présenté comme celui qui « tournerait la page du quinquennat ». Alors bien sûr, ça ne fait pas plaisir à tout le monde au PS, mais celles et ceux qui veulent défendre le bilan du gouvernement Valls et de la présidence Hollande ont perdu. A elles et à eux d’en tirer toutes les conséquences.

Le frondeur Hamon n’aura pas le courage d’être révolutionnaire. Comment, en effet, donner un blanc-seing et une investiture aux législatives à celles et ceux qui ont soutenu sans se poser de question, toute la politique menée depuis 2012, et qui sont convaincus qu’ils et elles ont fait le bon choix ?

Manuel Valls, Bruno Leroux, Marisol Touraine, Bernard Cazeneuve, Myriam El Khomri, sont à n’en pas douter des personnes très sympathiques, là n’est pas la question. Mais elles incarnent ce contre quoi Benoît Hamon a été élu.

Bien évidemment, les militantes et militants socialistes expliqueront que ces personnalités, quand elles sont candidates aux législatives, l’ont été en remportant une investiture, et ont donc une légitimité issue des urnes. C’est vrai. Mais bâtir une nouvelle coalition de gauche réclame quelques compromis. Et surtout, elle réclame qu’enfin, les socialistes aient un peu de cohérence, et cessent d’accepter d’être tout le temps tirailler entre une aile gauche et une aile droite, que rien ne réconciliera, à part peut-être Marine Le Pen. Mais si le PS, le FdG et EELV continuent comme ça, ce n’est pas pour un candidat de gauche qu’ils se réconcilieront face à Marine Le Pen, mais bien pour Emmanuel Macron, que rien, et surtout pas les affaires de François Fillon, ne semble pour l’instant arrêter.

Et celles et ceux qui n’ont cessé de trouver la politique hollandienne trop libérale, ne seront pas déçues et déçus par le libéralisme du Monsieur Autocar.

Un sondage est paru, le 17 février : 60% des sympathisantes et sympathisants de gauche souhaitent une candidature unique. Dans le même temps, Mélenchon a publié une lettre destinée à Benoît Hamon, déclinant ses 21 exigences. Le soir même, il déclarait ne « pas avoir l’intention de s’accrocher [au] corbillard » socialiste. Drôle de façon de parler de quelqu’un avec lequel on est censé négocier. Drôle de façon de parler des électrices et électeurs de gauche ayant voté aux primaires écologiste et du PS, et qui souhaitent cette union.

Le 18, le camp Hamon annonce la fin des discussion avec le clan Mélenchon. Elles n’auront duré que quelques heures, mais difficile de discuter avec quelqu’un qui n’en a pas envie, et qui rêve de « tuer » son interlocuteur. Car c’est bien ce que Mélenchon veut faire, il n’a pas quitté le PS avec fracas en 2009 pour se retrouver derrière Hamon huit ans plus tard. Alors, tant pis pour 2017, à ses yeux, sacrifier la gauche et abandonner la France aux mains de Marine Le Pen, François Fillon, ou Emmanuel Macron, pour lui laisser le champ libre pour 2022, est un bien petit sacrifice.

Mélenchon voulait faire déborder le vase de la rose, il ne lui a pas fallu beaucoup de temps pour le faire. De son côté, Hamon continue à discuter avec EELV, mais aussi le MRC, le PRG dont beaucoup d’élus sont partis chez Macron, et même… le PCF, qui ne cesse de se faire marcher dessus par le mouvement mélenchoniste et ses sbires, notamment sur les réseaux sociaux, ou pour les législatives à venir.

On a pu le rêver, mais il n’y aura pas de nouveau 1936. Parce que Hamon n’a ni la volonté ni le courage suffisant pour changer le PS, parce que Mélenchon préférera toujours battre le candidat du PS au 1er tour, qu’accéder au second tour soutenu par une coalition de gauche, parce que Jadot, avec son 1% que lui promettent les sondages, ne semblent pas en mesure de ramener les deux premiers à la raison.

On pourra leur dédier une chanson de Jean Ferrat. Pas « Au printemps, de quoi rêvais tu », hélas, mais bien « Pauvres petits c... ».

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