Le PS et les macronistes : que faire ?

Presque chaque jour, des parlementaires, des élues locales et élus locaux du PS rejoignent les rangs d’En Marche. Et, presque chaque jour, ces ralliements provoquent moqueries, critiques acerbes, et mots assassins, sur les réseaux sociaux, mais également dans les commentaires des articles les relatant.

Cela peut paraître étonnant, de voir des « camarades » s’étriller aussi ouvertement et publiquement.

Mais quiconque a déjà assisté à une AG de section socialiste sait que ce parti est rongé par les turpitudes et les querelles partisanes, preuve que le Congrès de Reims de 2008 n’avait rien d’exceptionnel, mais n’était qu’à l’image de ce qui se passe localement.

 Parmi les dernières et derniers ralliées et ralliés, on trouve notamment : Christophe Masse, ancien député des Bouches-du-Rhône, conseiller départemental et conseiller municipal de Marseille et Jean-Louis Missika, adjoint à la maire de Paris, le 27 février ; Christophe Caresche, député de Paris, le 26, Joël Batteux, ancien maire de Saint-Nazaire, le 25 ; Jacques Auxiette, ancien maire de La Roche sur Yon, et ancien président de la région fantoche des « Pays de la Loire », le 23 ; Delphine Bataille, Sénatrice du Nord, le 16 ; Gilbert Annette, maire de Saint-Denis-de-la-Réunion et Lisette Narducci, maire du 2e secteur de Marseille, le 15 février ; Florent Boudié, député de la Gironde, le 1er février.

Et à chaque ralliement ou presque, Cambadélis menace, encore et toujours, promettant exclusion sur exclusion. Mais qu’il le fasse, qu’il respecte enfin sa parole !

Au lieu de se désoler, les socialistes devraient se réjouir que leurs désormais ex-collègues, aient pris conscience qu’ils n’étaient plus en phase avec le Parti « Socialiste ». Oui, socialiste, et pas social-démocrate ou social-libéral.

 C’est d’ailleurs la raison la plus souvent avancée par les nouveaux « marcheurs » : ils ne se reconnaissent plus dans le programme de Benoît Hamon, et c’est finalement tant mieux. Malgré elles et malgré eux, ces élues et élus ont enclenché la refondation de la gauche. En partant vers En Marche, qui se veut au centre de la vie politique, rassemblant au delà du clivage gauche/droite, ils et elles permettent à la gauche de se retrouver, dans l’optique de recomposer un grand parti de gauche.

 Malheureusement, nous avons la gauche la plus bête du monde, et au lieu de profiter de cette magnifique occasion, alors que le PS est « occupé » par des sociaux-libéraux depuis des décennies, pour se rassembler, ils préfèrent taper sur les ralliements à Macron – qui leur fait peur, assurément – et viennent de louper la formidable opportunité d’alliance vraiment de gauche, avec Jean-Luc Mélenchon.

 Et cette incapacité ne fait – pour l’instant – que précipiter d’autres socialistes dans les bras d’Emmanuel Macron, qui est de plus en plus vu comme la seule possibilité d’échapper au duel Fillon – Le Pen qui nous semble promis depuis quelques mois. Le PS a donc mis le doigt dans un engrenage dangereux. Plus il paraît incapable de franchir le premier tour, et plus ses membres auront la tentation de partir chez Macron, ancien ministre de Hollande, et qui semble pour l’instant avoir une chance d’accéder au Second tour.

 Hamon, candidat du PS, savait visiblement dès vendredi soir qu’il n’y aurait pas d’alliance avec Mélenchon. Mais il s’est bien gardé de le dévoiler avant le vote des militantes et militants écologistes, à qui on a fait miroiter une union à deux, entre Jadot et Hamon, avec une possibilité d’élargissement à Mélenchon. C’est bien peu honnête et bien peu élégant, mais après tout, que peut-on espérer d’un candidat qui a, pendant 25 ans, manœuvré dans les couloirs de Solférino, notamment en faisant passer la limite d’âge du MJS nouvellement autonome de 25 à 29 ans, en 1993. Faites le calcul, Hamon est né en 1967, il avait donc… 26 ans en 1993.

 Pas d’alliance avec Mélenchon, donc. Mais un soi-disant « pacte de non agression ». Mais quiconque a vu le comportement de beaucoup de sympathisantes et sympathisants de la France autoproclamée « insoumise » sur les réseaux sociaux, et leur agressivité envers tout ce qui n’est pas pro-Mélenchon, se permet de douter de la réalité et de la faisabilité de ce pacte.

 Car pour les deux blocs, l’enjeu est de taille : savoir lequel des deux arrivera devant l’autre. Qu’ils soient derrière Le Pen, Macron, et Fillon, peu importe. Ils ne veulent pas gagner, en tous cas, pas en 2017.

 Mais ce n’est pas en sacrifiant ainsi la gauche et ses chances de second tour qu’ils parviendront à la refonder. Peut-être même parviendront-ils à la faire disparaître, car on passe bien vite de 10-15% à moins de 5%.

Et si la véritable stratégie du PS n’était pas l’union de la gauche ?

Et si la véritable stratégie du PS, enfin, de Solférino, n’était pas plutôt un échec au premier tour, et un ralliement « forcé » à Macron, si ce dernier accède au second tour, ce qui est loin d’être assuré. Cela permettrait aux dirigeants du PS de soutenir Macron sans avoir à assumer ce soutien, devenant « forcé », face à la « menace » Le Pen.

 Et l’on comprendrait ainsi beaucoup mieux la totale inaction de Cambadélis et de ses sbires, qui réclament des têtes mais n’en font jamais tomber. Gérard Collomb, qui soutient Macron depuis des mois, est toujours membre du PS. Pis encore, le premier fédéral du PS rhodanien, David Kimelfeld, soutient lui aussi Emmanuel Macron, et ce depuis le 5 décembre. Il en est de même pour toutes et tous les parlementaires qui ont fait le même chemin. Jean-Christophe Cambadélis est-il si incompétent qu’il lui faille trois mois pour suspendre et exclure les socialistes roulant ouvertement pour Macron ?

 Il l’avait pourtant annoncé largement dans la presse : le 1er septembre, lors d’une conférence de presse, ou encore le 7 février, au micro de RMC.

Et si, au lieu d’être incapable, Cambadélis n’était pas seulement prudent ? Prudent, et préférant ne pas trop se brouiller avec les macronistes actuels, dans la perspective d’aller mendier des places chez Macron, au soir du 23 avril prochain, en cas de qualification du leader d’En Marche pour le second tour.

 Sacrifier la gauche pour des calculs politiques de bas étage, ça ressemble hélas trop bien au PS…

 Mais, de toute façon, peut-on réellement prendre au sérieux un Premier Secrétaire ayant appelé, lors des dernières régionales, ses têtes de liste à se retirer pour laisser seuls au second tour LR et FN, notamment en PACA où ils se ressemblent tant ? Poser la question, c’est déjà y répondre.

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