La violence dans les banlieues, embrasement ou éclairement de la situation ?  

Face à la violence, les réactions sont rarement raisonnées. Alors quand il s’agit de la violence exercée par les habitants de banlieue, la réaction est souvent un mélange d’incompréhension et de colère de la part des personnes qui ne partagent pas ce combat.

Une question se pose donc si l’on veut y voir plus loin. La violence en réaction à des événements révoltants des banlieues est elle légitime ? Cache-t-elle une réelle cause ou est elle simplement une réaction à chaud incontrôlée et difficile à expliquer ?

Je me rappelle errer dans les rangées de livres de la bibliothèque de l’Université de Manchester. Rares y sont les livres écrits en français dans les rangs dédiés à la politique. Mais l’un avait attiré mon attention un jour. Au milieu de tous les autres livres issus du système académique anglo-saxon, un livre en français, dont le titre était la question suivante “La République brûle-t-elle ?”. Il y a tellement peu de livre en français autre que les classiques dans cette bibliothèque que ce livre doit sans doute être captivant ? J’ouvre donc à la page d’un chapitre qui m’avait interpellé sur la violence des banlieues de 2005.

Et là, plusieurs pages avec une seule et même analyse qui s’étend en tirades inutiles : ces jeunes qui brûlent des voitures et taguent les murs ne réclament rien, ils en ont assez, et trouvent n’importe quel prétexte pour exercer une violence sans but, à part la destruction. M’attendant à un livre que je pensais intéressant avec une réflexion politique poussée, j’ai été déçu. À la suite de cela, dans chacune de mes lectures qui abordaient ce sujet, je cherchais la réponse à la question posée au début de l’article. Et depuis j’ai eu la chance de croiser plusieurs idées qui me permettent d’avoir un avis plus subtile et compréhensif sur la question.

Premièrement, il faut définir ce qu’est réellement la violence. Comme Galtung l’a définie, la violence est « la différence entre l’actuel et le potentiel« . Entre d’autres termes, j’ai subi une violence à partir du moment ou quelqu’un ou quelque chose m’empêche d’être ou de faire ce que j’avais la capacité de faire avant. Il en existe plusieurs types. On pense souvent en premier à la violence physique bien sûr, c’est l’exemple le plus fréquent de la violence. c’est celle utilisée par les casseurs et les policiers lors des manifestations. Mais cette violence est subjective d’après Žižek. Elle est subjective car elle est vue comme une perturbation de l’état “normal” des choses, et elle est justifiée pour certain, voire légitimée, et honteuse pour d’autres. Pour expliquer le côté subjective plus clairement, demandez à quiconque la manière dont il qualifie les violences faites par les jeunes de banlieues et celles des policiers : la définition sera différente en fonction des personnes, et elle ne sera jamais la même pour décrire la violence des deux camps.  

Il existe donc un autre type de violence qui elle est objective. La violence objective, toujours d’après Žižek, c’est donc celle qui résulte de l’état “normal” des choses, celle qui résulte précisément du système socio-économique et politique en place. Par exemple les récents sondages qui montrent que les personnes de couleurs ont plus de chance d’être contrôlées, n’est ce pas une forme de violence ? N’empêche-t-on pas ces jeunes de vivre une vie sans stigma, simplement à cause des parents qu’ils ont et de l’endroit où ils sont nés ? Bien sûr, tout cela fait débat et est encore cause à une certaine subjectivité, mais la ghettoïsation des banlieues, elle, non.

Mais alors, quelle est le rapport entre la violence objective faites aux banlieues, et la réponse violente de ces même banlieues, assurément beaucoup plus visible ? La violence subjective trouve très souvent son origine dans une violence objective, qui a un rapport avec la structure politique, économique, ou sociale. Les personnes qui protestent à Bobigny, sont aussi victimes d’une structures qui les enferme. Et comme on l’a vu, quand il s’agit du rapport de force avec les policiers, elle peut même se transformer, un court instant, en violence physique, comme en ont été victimes Adama Traoré et Théo. La violence subjective faite par les personnes qui vivent dans les banlieues vient en réaction à une autre violence, beaucoup moins visible.

Et c’est ce que des parties politique comme le FN ne prennent pas en compte pour instrumentaliser la révolte des banlieues. L’incompréhension vient justement du fait que comme le lien entre la violence objective et subjective n’est ni vue ni vécue par ces personnes, alors il y a une impression que ces révoltes de banlieue ne sont pas justifiées et ne réclament rien. Le choix de la violence subjective devient donc, en face de la violence objective, un choix presque évident.

On peut trouver une justification de ceci dans les textes D’Hannah Arendt. Arendt qui explique que la violence n’est jamais légitime, mais peut être justifiée. La nuance tient au fait que la légitimé d’un fait trouve sa raison d’être dans le passé, alors que la justification d’un fait trouve sa raison d’être à lui dans le futur. Par exemple, on condamne au nom des droits  de l’homme des actes tels que les meurtres faits sous des dictatures et légitimés par celle-ci, mais on comprend un acte d’auto défense car il empêche une violence plus grande dans un futur proche.

Et c’est à peu près ce que l’on retrouve dans le cas des violences en banlieue. La violence policière repose sur une certaine légitimité donnée par l’Etat. Alors que celle des banlieues repose sur une justification, un espoir, que cette violence donne de la visibilité au problème et le fasse s’arrêter. On peut donc en conclure que les violences en banlieue ne sont pas un embrasement à partir de pas grand chose. Mais bien qu’il s’agit en réalité d’un éclairement d’une situation de violence plus objective. D’ailleurs si la violence subjective pouvait éclater sans raison antérieure, et sans contexte d’une violence objective, alors les épisodes de violence subjective seraient sans doute plus fréquents.

Bien entendu, cela ne représente qu’une des nombreuses façon de voir et comprendre le conflit et la tension qui existe aujourd’hui. Tout n’est jamais noir. La majorité des policiers ne sont pas des brutes, même si le fait que le FN soit un parti influent chez les policiers est quelque chose d’inquiétant. Certains manifestants des banlieues profitent effectivement de la rébellion pour causer des dégâts gratuitement et sans se sentir concernés par la cause. Mais je pense que sans les éléments donnés dans l’article, il est compliqué d’avoir une vision plus globale d’un problème, au combien récurrent. Et probablement à raison.

© PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP

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