Doit-on encore être féministe en 2017 ?

« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. » (Simone De Beauvoir , Le Deuxième Sexe, 1949)

Aujourd’hui nous ne fêtons pas la journée « des femmes » , encore moins la journée « de la femme » mais nous célébrons la journée internationale du droit des femmes : nous célébrons les luttes et les avancées. Nous, femmes, ne désirons pas de réductions commerciales, malheureusement récurrentes en ce 8 mars, mais revendiquons l’égalité. A ceux qui pensent faussement que le combat serait achevé je m’acharnerais à vous démontrer pourquoi nous ne devons cesser de nous battre :

Parce qu’en 2017, un eurodéputé polonais déclare : « Les femmes sont moins intelligentes donc elles doivent gagner moins » ( mars 2017)

Selon l’observatoire des inégalités, les hommes gagnent 23% de plus que les femmes tous temps de travail confondus et leurs salaires sont près de 11% supérieurs pour le même travail. Les femmes sont constamment discriminées à la fois à l’embauche mais également tout au long de leur carrière puisqu’elles sont confrontées à un «plafond de verre ». On ne compte que 39% de femmes cadres en France et seules deux sont PDG d’une des entreprises du CAC40. On note également que 47% des femmes continuent à se concentrer sur une dizaine de métiers, ceux qui, par le biais d’une socialisation précoce, ont été intériorisés comme étant des métiers « féminins »

C’est ainsi que l’eurodéputé Polonais Janusz Korwin Mikke ne s’est privé de justifier et de légitimer cette différence de position en affirmant : « Savez-vous combien on compte de femmes dans les 100 meilleurs joueurs d’échecs du monde ? Je vais vous le dire : aucune. Bien sûr qu’elles doivent gagner moins que les hommes, parce qu’elles sont plus faibles, plus petites et moins intelligentes, c’est tout »

Parce qu’en 2016-2017 les gouvernements des États-Unis et de la Pologne ont remis en cause le droit des femmes à disposer librement de leurs corps

Alors que le droit semblait acquis dans un certain nombre de pays, la possibilité de disposer librement de son corps est sans cesse remise en cause. Un combat constant est nécessaire pour s’assurer de la sauvegarde de ce droit, qui, pour garantir sa durabilité, devrait être inscrit dans la Constitution. Dans certains pays, une remise en cause progressive est à déplorer. Le cas de la Pologne en est une illustration désolante, puisque légale et gratuite entre 1955 et 1993, l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) fut ensuite soumise à de strictes conditionnalités à partir de 1993. Le droit à l’IVG était, depuis 1993, extrêmement encadré par l’une des législations les plus strictes d’Europe, et a été remis en cause en 2015. Ce sont alors plusieurs milliers de personnes habillées en noir qui se sont mobilisées en Pologne, brandissant leurs cintres, suite au projet de loi interdisant totalement l’avortement. Ce retour en arrière vécu en Pologne n’est malheureusement pas un cas isolé. En Espagne, en 2015, l’avortement a été interdit aux mineurs n’ayant pas le consentement parental. Aux États-Unis, alors que deux ans plus tôt une proposition de loi adoptée par la Chambre des Représentants visait à inciter les assureurs à ne plus couvrir les procédures d’avortements, Donald Trump s’en prend, sans surprise, aux droits des femmes en décidant d’interdire le Financement d’ONG internationales soutenant l’avortement. De même, je vous épargnerait, si je le pouvais, les déclaration de celle qui s’est autoproclamée gardienne des droits des femmes en France et qui ose nous parler d’ « avortements de confort ».

L’Union Européenne, en autorisant l’adoption de protocoles spécifiques et ne s’étant pas donnée la compétence afin d’homogénéiser les législations, n’a pas d’influence pour sauvegarder ce droit et permet à chaque Etat d’avoir ses lois spécifiques. Les législations sont, de ce fait, plus ou moins souples au sein de l’ Union Européenne : si Malte interdit formellement l’avortement, d’autres pays ont des conditions si drastiques qu’il est presque impossible d’y avoir recours. L’Irlande interdit l’IVG sauf en cas de mise en danger de la vie de la mère, en Pologne et à Chypre l’avortement n’est autorisé qu’en cas de viol, d’inceste ou de malformation grave du fœtus.

Dans un tel contexte de précarité de ce droit fondamental, le combat ne doit pas cesser, sachant que 47 000 femmes meurent chaque année à la suite d’un avortement clandestin. Soit une femme toutes les 9 minutes.

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© AFP

Parce que selon un sondage de mars 2016 : « Pour 27% des Français, l’auteur d’un viol est moins responsable si la victime portait une tenue sexy »

Sondage pouvant vous paraître scandaleux en 2017, mais oui, 27% des Français-es considèrent bien que la responsabilité du violeur est atténuée si la victime « portait une tenue sexy ». La responsabilité, qui devrait être exclusivement celle du violeur est en parti reportée sur la victime : quelle ineptie ! Le viol concerne 75 000 femmes chaque année selon l’Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales. Toutefois puisque dénigrées et accusées, seules 10% des femmes victimes de viols portent plainte et 2% des violeurs sont condamnés par la justice (selon le Collectif Féministe Contre le Viol).

Ne devrait-on pas pouvoir choisir sa tenue librement en 2017? Ne devrait-on pas pouvoir marcher seule dans la rue sans craindre d’être agressée ou harcelée? La harcèlement de rue est un phénomène qui est peu relaté et dénoncé, toutefois il concerne un nombre considérable de femmes et aucune loi ne sanctionne ce comportement en France contrairement à la législation belge. 82% des femmes de moins de 17 ans disent avoir déjà été victimes de harcèlement de rue et 33% des femmes dénoncent être harcelées dans la rue au moins une fois par semaine.

Alors que les femmes devraient pouvoir se déplacer seules, de jour comme de nuit, sans avoir peur, sans d’être agressées verbalement, physiquement ou sexuellement, en 2016, une partie de la population s’obstinait encore à reconnaître une part de responsabilité à celles qui devraient être considérées comme des victimes.

Parce qu’en 2016-2017, une seule femme était candidate pour chaque primaire

Lors des primaires pour Les Républicains et pour le Parti Socialiste, seule une femme était présente dans chacune des deux primaires. Aucune n’ayant une réelle chance de l’emporter. Une étude démontre également que la candidate Nathalie Kosciusko-Morizet fut interrompue deux fois plus que ses adversaires lors de ce débat. Les femmes en politique sont non seulement marginalisées, mais elles sont confrontées de manière incessante au sexisme. En effet, seules 26% des parlementaires sont des femmes. Elles sont toutefois 50% au gouvernement pourriez-vous rétorquer, mais il convient alors d’examiner leurs positions. On constate, alors, que leurs fonctions se rapprochent toujours des compétences caricaturales qui seraient intrinsèquement féminines, les rattachant à leurs rôles maternels. Elles sont, en effet, présentes aux ministères de la santé, de la culture, de l’éducation nationale mais rarement aux seins des ministères régaliens.

Une étude, menée sur 55 femmes parlementaires de 39 pays, conclue que « Le sexisme, le harcèlement et la violence à l’encontre des femmes parlementaires sont bien réels et répandus. Le phénomène ne connaît pas de frontières et existe, à des degrés différents, dans tous les pays du monde, touchant un nombre significatif de femmes parlementaires». Le rapport (Union Interparlementaire, octobre 2016) est formel : 81,8% des femmes parlementaires interrogées disent avoir subi des violences psychologiques, 44% d’entre elles auraient reçu des menaces de mort, de viol, de coups ou d’enlèvement au cours de leur mandat. Pour ces femmes, les remarques sexistes sont quotidiennes. On ne peut oublier Cécile Duflot qui en 2012, fut huée pour sa robe à motif, ni même le sénateur qui durant le discours de Laurence Rossignol, en 2013, avait demandé qui était « cette nana ».

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Parce que jusqu’en 2016, Jacqueline Sauvage, victime, avait passé trois ans et un mois derrière les barreaux .

La violence conjugale touche une femme sur trois au cours de sa vie et 150 femmes meurent chaque année en France sous les coups de leur conjoint. La législation française dans sa définition de la légitime défense ne semble pas tenir compte des femmes, qui comme Jacqueline Sauvage, sont victimes de violences conjugales. Les violences dont cette femme fut la victime peuvent être définies conformément au Code Pénal comme des « atteintes injustifiées envers elle-même [et] autrui » ( article 122-5 du CP ) . Ainsi, elle n’a pas réagi de façon disproportionnée face à l’ampleur des violences, ce qui aurait pu correspondre à la définition pénale de la légitime défense. Toutefois, le Code pénal ajoute le principe « d’immédiateté » : la victime devant réagir de suite, sans qu’aucun article ne précise le temps exact du délai. Cet article juridique ne semble pas tenir compte des victimes de violences conjugales qui se trouvent que très rarement dans la possibilité de réagir immédiatement face à un homme violent, généralement plus grand et plus fort qu’elles.

Durant son procès, Jacqueline Sauvage, comme tant d’autres femmes victimes, a été confrontée à des questions répétitives : pourquoi être restée? Pourquoi ne pas avoir porté plainte? Cela faisant abstraction de l’emprise à laquelle ces femmes sont soumises. Elles sont prisonnières financièrement, psychologiquement, physiquement ou sentimentalement. Durant le film L’emprise, retraçant la vie d’une femme battue, la victime déclare : « Je sais que mon histoire sera vue par des millions de gens, je veux qu’ils sachent, et qu’ils comprennent le terrible calvaire des femmes victimes de violences, l’emprise dont elles sont prisonnières et la mort à laquelle est condamnée une femme tous les deux jours en France. J’ai aussi voulu dénoncer le silence de tous ceux qui savent et qui se taisent, j’espère qu’après avoir vu ce que j’ai pu endurer, ils ne se tairont plus, plus jamais ! »

« Reconnaissons-nous, les femmes, parlons-nous, regardons-nous, ensemble on nous opprime les femmes, ensemble révoltons-nous » ( Hymne du MLF) 

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