« Voilées, libres et féministes »… Vraiment ?

Comment définiriez-vous un vêtement uniquement porté par les femmes, cachant tout ou partie de leur corps, et bien souvent au nom « de la pudeur » ? Féministe ? Vraiment ?

C’est pourtant ce qu’on doit en conclure, en lisant l’article publié dans Combat, le 25 janvier dernier, et traitant du voile.

Mais, pour commencer, il est important de bien définir de quoi on parle, quand on parle de voile. Il en existe en effet plusieurs types, aux origines et récurrences variées. Le plus répandu est le hidjab, ou foulard. Il dissimule les cheveux, les oreilles et parfois le cou, mais pas le visage. Le mot hidjab est d’ailleurs formé à partir de la racine arabe [  ح – ج ب  ] ḥ-j-b hajaba qui signifie « cacher ». Il représente une grande majorité des voiles que l’on peut voir en France, et peut être porté avec n’importe quelle tenue.

Associé à une longue robe couvrant l’intégralité du corps et surtout, en en masquant les formes, il devient le jilbab, d’origine saoudienne.

Le niqab, lui, masque le visage, yeux exceptés. Le plus souvent de couleur noire, il est complété par des gants, qui permettent de dissimuler les mains. Son port est recommandé par l’islam rigoriste, et notamment le wahhabisme saoudien.

Enfin, il existe deux autres types de voile, qu’on ne rencontre pratiquement pas en France, et qui sont majoritairement utilisés dans les régions d’où ils proviennent. Le tchador est un vêtement traditionnel en Iran,, et est propre au chiisme iranien. Mais, contrairement au hijab, son port n’y est pas obligatoire, il y a même été interdit entre 1936 et 1979. Il désigne une grande pièce de tissu, ne couvrant pas le visage, et qu’on maintient à la main.

Pour finir, la burqa – mot abusivement employé, notamment en France, pour désigner tout type de voile intégral – est une création récente des Talibans Afghans. Bleue, elle couvre l’intégralité du corps, et est complétée par une grille de tissu au niveau des yeux. Elle n’a rien de traditionnel, la tenue traditionnelle afghane étant plus proche du tchador iranien.

Alors oui, les femmes qui le portent l’ont choisi. Mais se contenter de cette vérité, c’est oublier tous les discours qui, depuis des années, font du voile, sous ses différentes formes, un vêtement indispensable pour être « une bonne musulmane ». C’est aussi oublier la pression sociale, qui produit ses effets sans que l’on s’en rende compte, et ce dans tous les domaines. Et ce sont maintenant des femmes qui défendent elles-mêmes un discours construit pendant des siècles par des hommes, en employant justement les arguments utilisés jadis par les adversaires de ce même vêtement. C’est au nom de la liberté et du libre-arbitre, que les femmes portent le voile.

Le problème, – et on le perçoit aisément dans les arguments employés par les religieux pour défendre le voile – c’est qu’il est apporté comme la solution au fait que la femme soit vue comme une sorte de « piège » à hommes. La formule n’est pas belle, mais elle résume pourtant bien comment est vue une femme non voilée par bon nombre de religieux. D’où le voile, au nom de la pudeur. Car une femme non voilée est forcément impudique. Féministe, le voile ?

Pourquoi les cheveux ne seraient impudiques, et donc devraient être cachés, uniquement lorsqu’ils sont féminins, mais pas quand ils sont masculins ?

Pourquoi le corps de la femme serait-il impudique, mais pas celui de l’homme ? Mais c’est un problème que nous connaissons également dans nos sociétés occidentales, même s’il se retrouve inversé : le corps de la femme est sexualisé à tout va, et une femme plus ou moins dénudée servira à vendre du parfum, une voiture, ou n’importe quoi. Pas celui de l’homme.

Et vous aurez beau dire que les femmes qui portent le voile aujourd’hui ne le font pas au nom de la pudeur, il n’empêche que c’est bel et bien l’origine du voile, et c’est ce qui en fait un vêtement sexiste.

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Tout ce qui contribue à différencier les femmes dans l’espace public, à les marginaliser, à les dissimuler, est sexiste. Vous me répondrez que, dans ce cas, les robes et les jupes le sont. Mais d’après vous, pourquoi les femmes se sont tant battues pour avoir le droit de porter, si elles le souhaitaient, des pantalons ? Et pourquoi, à la porte de l’église Saint-Nicolas du Chardonnet, qui abrite la frange intégriste de l’Église catholique à Paris, est-il précisé que les femmes ne doivent porter « ni mini-jupe, ni venir pour autant habillées en homme », c’est à dire, en pantalon ?

Sans parler des codes vestimentaires sexualisés, imposés par certaines entreprises, sous la forme de politiques formelles mais aussi de pratiques informelles. Avoir des exigences vestimentaires particulières pour les employées, et seulement pour elles, est une discrimination sexiste.

Mais si le port du voile est tant revendiqué de nos jours, c’est qu’il est plus qu’un simple vêtement.

Le voile est devenu un signe d’appartenance assumée à la religion musulmane, en réponse à la méfiance voire à l’hostilité que connaissent trop souvent les musulmanes et les musulmans en France. Ainsi, se voiler permet de montrer qu’on est, malgré toutes les attaques, fière d’être musulmane, et quel meilleur moyen de montrer une appartenance religieuse, que de porter un vêtement qui l’indique à tout le monde ? Politique, le voile.

Enfin, quand des femmes, voilées ou non, défendent le voile, en expliquant, comme l’a fait Houria Bouteldja, du Parti des Indigènes de la République, qu’elles le font pour transmettre un message à « la société blanche », pour dire « nous ne sommes pas des corps disponibles à la consommation masculine blanche », cela veut dire que celles qui ont fait le choix de ne pas se voiler, le sont. Et c’est donc faire passer les femmes musulmanes non voilées pour « des corps disponibles », on comprend aisément ce que cela veut dire. Ainsi, les femmes voilées qui critiquent le fait qu’on puisse remettre en cause leur port du voile, ne se privent pas de critiquer, et de culpabiliser le non-port du voile par celles qui en ont fait le choix, tout en appelant au respect de leur choix de le porter. Féministe, le voile ?

Le féminisme, c’est s’opposer aux discriminations basées sur le sexe, et lutter pour instaurer l’égalité entre les femmes et les hommes. Et un des grands principes du féminisme, c’est justement de faire en sorte que les femmes puissent faire leurs propres choix, sans devoir se conformer à un idéal, qu’il soit défini par la tradition, la religion, la mode, ou le patriarcat. Le féminisme, c’est donc faire en sorte que les femmes vivent en fonction des choix qu’elles ont fait. Pour celles et ceux qui défendent le voile, une femme voilée ayant fait le choix de le porter, être féministe implique de considérer ce voile comme féministe.

Mais il ne suffit pas de dire « Ceci est mon choix » avant de prendre une décision, pour faire de ce choix un choix féministe, loin de là. Ou sinon, une femme qui choisirait de se faire brûler avec son mari décédé, comme le veut la tradition dans certaines régions de l’Inde, ferait un choix féministe, alors que cette pratique ne l’est pas. Une femme qui choisirait de se faire exciser, comme on le fait dans certaines régions du continent africain, mais aussi en Asie du Sud-Est, ferait un choix féministe, alors que cet acte barbare ne l’est pas.

Non, ce n’est pas parce qu’une femme choisit de faire quelque chose que ce quelque chose devient soudainement « féministe ».

Alors oui, on peut être voilée, et se battre contre les violences faites aux femmes, qu’il s’agisse des violences conjugales qui gangrènent tous les pays et tous les pans de la société, des violences et mutilations sexuelles, de l’interdiction ou de la difficulté du divorce, ou du mariage forcé. On peut être voilée, et se battre pour l’accès des filles à l’éducation, des femmes à la contraception, et à l’égalité salariale. Mais le choix de porter le voile, même s’il est respectable, ne sera jamais un choix féministe.

Écrire cela, en France, en 2017, c’est se faire coller l’étiquette d’islamophobe, de raciste, et bien sûr de machiste. Hé bien, entre être machiste avec Yvette Roudy et Gisèle Halimi, et féministe avec Rokhaya Diallo et Houria Bouteldja, mon choix est fait.

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Yvette Roudy et Gisèle Halimi – © AFP, Dominique Faget

 

Image de couverture : © Balestra

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