Le Hip Hop, cet art que l’on récuse

 

De la même façon que le petit garçon de l’expo Tino Sehgal au Palais de Tokyo, je me suis approchée avec cette question « qu’est-ce que le hip-hop pour vous ? »

Le premier m’a répondu « le quoi ? », euké ça commence bien. Certains m’ont répondu « des poètes de banlieues », d’autres m’ont craché « une musique de voyous ». Au-delà du caractère péjoratif des uns, affectueux pour les autres, le hip-hop français s’est imposé dans le paysage musical ces dernières décennies. Certes l’argument s’en tient qu’au mainstream, mais l’industrie du disque est intraitable.

S’imposer, comme le hip-hop a su le faire, reste admirable, voire un exploit.

Le Hip-hop prend ses racines dans les années 1970, à New York, dans le Bronx, avec la création du break, du graph, du djing, du beatboxing et du rap. Cette effervescence artistique s’est développée, au point de créer une véritable communauté – B-boy, MC’s, grapheur, DJ se rassemblent dans une rue condamnée illégalement. C’est l’apparition des « Block Parties ». C’est à celui qui défendra le mieux son talent, dans une ambiance de compétition certes, mais surtout de communion, d’émancipation. La culture Hip-Hop en tant que culture existe et elle s’institutionnalise, si je puis dire, par l’Universal Zulu Nation fondée par Afrika Bambaataa, en 1973, à New York. Cette organisation d’individus est basée sur le respects des 20 codes moraux, et la base de la philosophie de la culture Hip-Hop : « peace, love, unity and having fun ».

Dans les années 1980, la culture Hip-Hop trouve écho en France. Une véritable scène parisienne se forme grâce aux « open mic ». Les lignes de métro parisiennes deviennent le carré de jeu des grapheurs/tagueurs. Le milieu associatif s’organise autour de « Crew » qui ont une véritable dimension sociale, en tant que lieux culturels et d’expression. Sur les ondes FM, la radio pirate « Radio Nova » diffuse l’émission « Le Deenastyle » entièrement consacrée au rap. Elle invite de futurs grands rappeurs pour des freestyles dont Saxo, Rico, New Generation MC’S, Assassin, MC Solaar ou Suprême NTM. À Marseille plusieurs collectifs se forment également, comme en 1988, le groupe IAM. Dans la tradition Hip-Hop, la compétition est très présente (l’ego trip), ce qui conduit au clivage entre Paris et Marseille. Suprême NTM est l’un des premiers à construire son identité autour de son quartier. Il popularise l’expression « 9-3 », un moyen de reconnaissance qui encense cette logique de compét’

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Afrika Bambaataa

À ses débuts en France, le mouvement Hip-Hop, dont sa communauté ne cessera de grandir, était surtout présent dans les « cités », considéré comme un moyen d’expression, « un mouvement dynamique, de dépassement de soi » voire d’émancipation pour le danseur-pionnier de Hip-Hop, G. Nuissier, fondateur de la compagnie de danse Aktuel France.

Cette culture Hip-Hop permet de donner la parole à ceux qu’on a tendance à faire taire, la « voix des quartiers » comme on dit.

Dans les années 1980/1990, une multitude d’artistes imprégnés de culture Hip-Hop émerge : Ministère A.M.E.R., Oxmo Puccino, Time Bomb, Lunatic, etc.

Mais la médiatisation du mouvement va permettre d’attirer les maisons de disque comme Epic records (anciennement Sony), de leur donner de la crédibilité, de leur prouver l’existence d’un public en demande. C’est à ce moment-là que Suprême NTM signe avec le label Epic et produit un MAXI (3 titres) et l’album « Authentik » en 1991. Ce dernier est un véritable succès populaire, il devient disque d’or en 1996. Cependant la presse de l’époque reste très divisée. Le magazine L’Affiche est conquis : « Suprême NTM fait éclater le rap français en posant sa griffe hardcore qui choque le bourgeois. » Tandis que la revue Rock & Folk ne croit pas en l’avenir du rap français : « L’électro-encéphalogramme idéologique du groupe est d’une platitude extrême, copie conforme de ceux des cousins américains. ». MC Solaar avec son album « qui sème le vent récolte le tempo » devient le premier à atteindre les 400 000 exemplaires en 1992 mais surtout, remporte une victoire de la musique dans la catégorie « groupe ».

Les années 1990 sont donc des années charnières pour le rap français avec d’un côté, le sacre populaire et de l’autre, les professionnels de la musique qui adoubent timidement ce nouveau genre, souvent victime d’une « mauvaise image ».

De par sa genèse et son enracinement profond d’une communauté plus ou moins du même milieu social, les paroles gravitent autour de ces divers thèmes : misère sociale, alcool, drogue, mal-être, etc. Une jeunesse masculine précarisée s’identifie rapidement au rap. La généralisation de la paupérisation et le chômage de masse qui apparaît dans les années 1990, acerbe encore plus le climat de la société. La Haine, décrite avec brio dans le film de Kassovitz, s’intensifie et cela se retrouve dans les discours du monde Hip-Hop. Entre autres, « Le funk joyeux et festif laisse la place à un rap plus énervé. ». Le ton se durcit avec le « rap hardcore » et le 113 (pour ne citer qu’eux), il se politise avec le « rap conscient » et Assassin dans « esclave de votre société » par exemple, il s’allège de quelques principes avec le « rap alternatif », etc.

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La Haine, un film de Mathieu Kassovitz

Son apparition comme son avènement dans l’espace public français peut permettre de parler de culture Hip-Hop à proprement parlé. La fédération des fidèles de cette culture, dans les années 1980 et 1990, ont permis d’exister dans la société actuelle et de s’imposer par le bas de l’échelle.

Le hip-hop se doit d’être vu dans sa globalité, dans sa naissance comme dans son développement jusqu’à sa démocratisation et l’émergence de nouveaux artistes issus de milieux sociaux différents : Orelsan, 1995, Keny Arkana. La culture hip-Hop existe mais se renouvelle et évolue avec rapidité, elle se diversifie comme le montre la pluralité des univers de ces artistes actuels S-Crew, TSR-Crew/Hugo TSR, PNL, Odezenne, etc.

L’enjeu de la démocratisation, cette volonté d’aller chercher un public en dehors des sentiers battus, semble être celui d’aujourd’hui pour la culture Hip-hop française et elle est bien partie pour le réussir, notamment avec sa percée extraordinaire dans le monde de la haute-couture.

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