La prame des égarés

 » Décrire la blessure n’est pas décrire la souffrance  » Wolfgang Sofsky

     Foudroyez une anthropomorphe et pâle figure de glaise ! Enténébrez cette argile larmoyante, le long du thalweg s’effilant ! Ennuagez fangeux et vengeurs un visage, un faciès… tous les atours factices du personnage civil ; frénétiques, abattez votre foudre acéré, sur cette chair d’albâtre votre couperet ! « Nous sommes de la viande » !

      Terrée en cette carcasse profonde, spectrale mais palpable, la singularité complexe, fluette, hypogée, charnelle… la vie ! Impénétrable, indicible… Sensations, pulsions et appétits, souffles organiques.

      Bouchonné sur cette mare de sang, de fiel, de chyme… en précaire équilibre, l’alme aria d’os calcinés, une claire asséchée, la raison discursive, qui nerveusement débat ses longs membres désarticulés, risible féal de l’onde noiraude, pestilences brassées par la vague et par l’embrun embrassées, au cœur de ses filets pêchant l’édénique fretin, plein des senteurs marines, en festin cruellement offert.

     Intraitable dérive ! De quelle folie victime pensiez-vous « cette mer piperesse » pouvoir fuir ?! Avec la malice divine enviez-vous ruser ?!

      Au pinacle de la ravine, ascendante des limbes luminescentes, susurre l’Olympe… l’Inconscient murmure… Barathrum horrifique et caniculaire, caligulaire et déifique pandémonium…

      Précipité le voici ! Ce surgeon jouvenceau, des olympiennes profondeurs, par le revolin emporté! Vulcain impuissant, écorniflé et cornard, dont la brise narine souffle seul l’âtre de ses peines.

      Informe Rodin ! Grège craie ! Tes ailes et tes plaintes cesse doncques de rouler ! Abrège ces vaines et vindicatives suppliques !

      La vaste plaine de rouille, de part en part craquelée, gonflée par le roulis, les remous, le ressac puissant d’une mer crépitante, éventrée d’insondables crevasses, par d’âpres rocailles déformée, diapre sa vitchoura d’éclats et de flammes, dans l’opaque lueur bruisse et braisille. Le gouffre bouillonnant darde d’argentiques tintements ; les naïades forment orchestre, le fantasque Scriabin interprètent.

      Sur cette terre de Sienne réfléchi, admire ton reflet. Succombe à l’abîme céleste !

           « Amor fati » !

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