L’empoisonnement, c’est maintenant?

    Jeudi 16 mars, lors de “L’Émission politique” de France 2, Benoît Hamon s’entretenait avec un agriculteur sur la question des pesticides et de leur régulation. Dans une telle situation, on aurait pu s’attendre à ce que le premier cité défende l’utilisation des pesticides dans l’agriculture car ils permettraient une meilleure productivité et à ce que le second soit favorable à une réduction de leur emploi pour protéger sa santé et celle de son entourage. Mais la réaction était inverse. L’homme politique défendait une agriculture plus soutenable, libérée des pesticides et à taille plus “humaine”. L’agriculteur, lui, se prononçait en faveur d’une utilisation des pesticides et d’une agriculture intensive, sous prétexte que les agriculteurs ne seraient pas plus touchés par des maladies que d’autres catégories de la population. Je suis rassuré, les pesticides ne sont pas si dangereux que ça, en fait!

   Sauf que la réalité est bien différente que celle décrite par cet agriculteur. En effet, ce dernier était présent en tant que membre de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles). Or, cette organisation syndicale s’étant toujours montré favorable à une limitation des normes environnementales en agriculture et à une agriculture intensive, on peut se demander si la prise de position de l’agriculteur relevait d’une réelle volonté commune des agriculteurs, ou est-ce qu’il défendait uniquement les intérêts de ce syndicat.

   Mais là n’est pas le problème principal. En affirmant que les agriculteurs sont moins touchés par les maladies professionnelles que la majorité des citoyens français, le représentant de la FNSEA “oublie” de dire que les données dont on dispose sur les conséquences de l’exposition aux pesticides en France sont très faibles. Un rapport de l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) s’intitulant  « Expositions professionnelles aux pesticides en agriculture », qui ne sortira peut-être jamais, mais dont certains extraits ont été révélés par Le Monde en juin 2016, met en avant le “silence” actuel qui règne quant aux risques de maladies professionnelles liées aux pesticides.

   Il faut donc se poser la question suivante, fondamentale à mes yeux: pourquoi avons-nous accès à si peu de données sur le sujet? On pourrait avancer que les progrès de la recherche ne sont pas suffisants, qu’il est impossible d’évaluer les risques sur la santé pour les agriculteurs car on ne saurait pas à quel point ils seraient impactés par les pesticides. Mais si je mets cette phrase au conditionnel, c’est bien parce que ce postulat est tout simplement faux. Il est possible d’évaluer les conséquences directes de l’exposition aux pesticides depuis des dizaines d’années, et les rapports se font de plus en plus fréquents. En juin 2013, le rapport sur une étude sur 30 ans effectuée par l’Inserm montrait l’impact des pesticides sur la santé des professionnels. La conclusion était celle d’un risque accru de développer certaines maladies (Maladie de Parkinson, différents types de cancers, Maladie d’Alzheimer, etc.), que ce soit pour les agriculteurs directement ou même pour leurs enfants. Des conséquences ont même pu être décelées chez les fœtus, pour qui la probabilité d’être atteints par des maladies diverses s’est révélé être plus importante si la mère était exposée à ce type de produits.

   Outre les conséquences de l’utilisation directe des pesticides, on peut également souligner les risques encourus par les riverains et par tous les consommateurs de produits exposés directement ou indirectement (à travers le sol) aux pesticides. Si des risques accrus de développer certaines maladies ont pu être clairement mis en évidence pour ce qui est des riverains (même si les scientifiques restent encore prudents sur le sujet, à cause justement de l’information de mauvaise qualité dont ils disposent), la présence de perturbateurs endocriniens dans les pesticides n’est aujourd’hui plus remise en cause. Ces perturbateurs endocriniens, favorisant le développement d’un nombre important de maladies, se retrouvent donc dans les produits de consommation quotidiens, non sans conséquences. En particulier, la grossesse et l’enfance semblent, selon un rapport de l’Institut de veille sanitaire de 2013, des périodes où l’individu est particulièrement fragile face à l’exposition à ce type de produits.

   Rappelons-nous donc de la phrase du syndicaliste de la FNSEA évoquée au début de mon article: “Les agriculteurs ne sont pas plus touchées par les maladies que les autres”. Après les arguments que j’ai pu avancer, elle ne semble qu’être le fruit d’une mauvaise volonté de la part d’un agriculteur défendant les intérêts d’un syndicat qui, depuis toujours, a promu l’agriculture intensive, énergivore et nocive pour l’environnement et les êtres humains. Parce que oui, non seulement les pesticides sont nocifs pour les agriculteurs les employant, mais ils le sont pour l’ensemble de la population. Cela semble donc particulièrement aberrant d’entendre un agriculteur, censé être au plus proche de la nature, qui en tire sa principale source de revenu, vouloir détruire ainsi l’écosystème qui lui a tant donné, et, par la même occasion, se mettre en danger lui-même. L’agriculture, de mon point de vue, doit retrouver un réel contact avec l’environnement qui l’entoure. C’est seulement comme cela qu’on arrivera à reprendre non pas le contrôle (cela ne se contrôle pas), mais le contact avec la terre, qui nous a tant donné et à qui nous devons tant. Terre que nous semblons oublier aujourd’hui, à la recherche d’un profit économique toujours plus grand, et au détriment de ce qui compte vraiment, l’harmonie entre l’Homme et la nature.

   Si le rôle des pesticides dans le développement de nombreuses maladies est encore mal connu, c’est à cause d’un manque de volonté des pouvoirs publics sur le sujet. Si les rapports n’ont quasiment aucun écho, il faut essayer de regarder qui possède réellement un intérêt à maintenir la situation telle qu’elle est. Parce que croire que le membre de la FNSEA présent sur le plateau de “L’Émission politique” a retranscrit l’opinion de la grande majorité des agriculteurs, c’est faire une généralité que je ne saurais faire. De plus en plus d’agriculteurs se tournent vers l’agriculture biologique, et c’est loin d’être un hasard. A force de détruire les terres, de plus en plus de personnes se sont rendues compte qu’il serait en fait plus simple de les respecter. Et bien oui, parce que sans cette terre, que serions-nous ou tout simplement, serions-nous?

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