Syrie : le revirement soudain des Etats Unis sur un dossier brûlant

Les Etats unis ont radicalement changé leur position, quant au sujet de la Syrie, en bombardant une base militaire de Bachar al Assad, hier soir le 6 avril.

Quelle est la situation en Syrie ? Un rapide point pour comprendre …

La guerre civile fait rage en Syrie depuis maintenant plus de six ans ( Printemps arabes, mars 2011). Ce conflit très meurtrier, se compte en centaines de milliers de morts, et du fait de sa nature, majoritairement de civils. Plus de la moitié de la population syrienne a été déplacée et un quart a fui le pays, soit cinq à six millions de personnes.

Dans un pays ravagé par la guerre, la violence, l’espoir de stabilité et de paix se sont  envolés depuis longtemps. D’autant plus que les belligérants sont multiples, à la fois locaux mais aussi internationaux. La Syrie est donc devenue un terrain de confrontation, de jeux d’alliances et de pouvoir, qui a rendu la situation extrêmement complexe à démêler.

Le premier noyau se constitue des rebelles, forces armées appelées aussi Armée Syrienne Libre ( ASL) qui se battent contre l’oppression du dictateur syrien Bachar Al Assad, qui succède à son père ( Hafez al Assad) en 2000. Puis on retrouve les kurdes, minorité en Syrie mais aussi en Turquie et en Irak, qui revendiquent la création d’un Etat, tout comme en Irak ( région au Nord autonome). En effet, on nomme le Kurdistan syrien, partie dans le nord de la Syrie qui n’est pas -encore- reconnue comme telle,  Rojava. Les Unités de protection du peuple ( YPG)  forment la branche armée du parti de l’Union démocratique (PYD). Les kurdes se battent à la fois contre les djihadistes de l’EI ( Daech), mais aussi contre le régime, du fait de son appartenance au conseil démocratique syrien (CDS). Enfin, le PYD considéré comme cousin du PKK turc ( parti des travailleurs du kurdistan), est de ce fait l’ennemi d’Ankara qui voit d’un mauvais oeil sa propagation en Syrie.

Ce chaos a favorisé la montée en puissance de l’Etat Islamique ( EI), mouvement djihadiste qui a proclamé son califat le 29 juin 2014 entre la Syrie et l’Irak. Abou Bakr al-Baghdadi en est à la tête.

Pour complexifier davantage le conflit, les acteurs internationaux que sont les Etats Unis, la Russie, l’Iran, la Turquie et les pays européens, dans le cadre d’une coalition internationale, prennent part à celui-ci, de manière plus ou moins intense.

La Russie, engagée aux côtés de Bachar al Assad depuis le 30 septembre 2015, soutient le régime sous couvert d’une lutte contre l’EI, qui en réalité n’est que partielle puisqu’elle pilonne aussi les bases rebelles et notamment à Alep et à Idlib où elle s’attaqua à des hôpitaux et des écoles. Ses intérêts sont à la fois de se positionner face aux Etats Unis ( léger parfum de guerre froide) et de retrouver une certaine puissance perdue suite à l’implosion de l’URSS ( Union des républiques socialistes  soviétiques) en 1991; mais aussi de détenir des bases stratégiques que sont Lattaquié et Tartous, deux ports syriens qui permettent aux Russes un accès aux mers chaudes. La Russie est également appuyée par l’action des Iraniens, qui soutiennent le régime (éternelle opposition entre l’Iran chiite et l’Arabie Saoudite Sunnite, qui elle, soutient les rebelles.)  La Turquie, quant à elle, soutient les rebelles et se bat contre les kurdes et les djihadistes, au bord de ses frontières.

Les Etats Unis se sont, sous le mandat d’Obama, progressivement désengagés de la région, favorisant l’Asie du Sud Est sous l’action de la politique du pivot.

Au niveau des pays Européens, les avis sont mitigés en ce qui concerne le sort de Bachar Al Assad. La France se situe comme le pays le plus tranché sur la question : l’avenir de la Syrie se fera et se construira sans Bachar al Assad. C’est alors qu’en 2013, après l’attaque chimique du 21 août par l’armée du Régime sur des zones rebelles ( villes de la Ghouta orientale et occidentale) qui ont fait plus d’un millier de mort (1845 d’après l’ASL) et 9 924 blessés, le Président de la République française, François Hollande a voulu sanctionner cet acte intolérable par une intervention de la coalition contre le régime de cet assassin. Cependant, ses alliés traditionnels, la Grande Bretagne et les Etats Unis, n’ont pas souhaité intervenir, bien que Obama eut parlé d’une “ ligne rouge” à ne pas dépasser, et qui manifestement l’a été.

C’est en cela que l’intervention éclaire et inattendue des Etats Unis est un évènement majeur sur le plan géostratégique. La guerre en Syrie n’est pas une nouveauté et les attaques chimiques de cette semaine, loin d’être les premières violences de la barbarie du régime. Il n’empêche que cette fois-ci, pour Donald Trump, ce fut l’élément déclencheur, et la manifestation d’un revirement “ à 180 C°” très soudain.

Les attaques chimiques du 4 avril

Ce mardi 4 avril, le petit village de Khan Cheikhoun a subi un  odieux bombardement à l’arme chimique. Le bilan s’alourdit de jour en jour et l’on compte à l’heure d’aujourd’hui 87 morts dont 32 enfants. Les blessés représentent 557 personnes, et font l’objet de soins intensifs, qui pour certains sont dispensés par la Turquie, vers laquelle 54 personnes ont pu être évacuées. Selon les médecins, il s’agirait très probablement de gaz sarin. Après l’attaque, de nouveaux bombardements ont eu lieu, et ont détruit entre autre l’hôpital national de Maarat Al-Nouman, le mettant hors service. Dans cette situation tragique, le manque d’équipement ( masques à oxygènes, produits anesthésiques, kit chirurgicales) ainsi qu’un manque cruel de personnel formé ont alourdi le bilan déjà excessivement élevé.

Les réactions à cet évènement d’une grande cruauté

Suite à cette attaque, où le régime de Bachar al Assad est directement accusé par Washington, ce dernier n’a pas écarté la possibilité d’une action unilatérale américaine. Après avoir déclaré que “ces actes odieux du régime d’Assad ne peuvent être tolérés”, Donald Trump a haussé le ton avec la Russie. Mercredi, à l’ONU, l’ambassadrice américaine Nikky Haley, a montré des photos sur lesquelles on voyait des enfants, atrocement  assassinés lors de l’attaque de Khan Cheikhoun. Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni en urgence ce mercredi afin d’aboutir à une résolution pour la condamnation de cette attaque chimique. Sans surprise, les Russes ont de nouveau affiché leur désaccord et bloqué toute résolution estimant celle-ci “inutile” en dénonçant “l’obsession du Conseil de sécurité pour un changement de régime”.

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Nikky Haley, ambassadrice américaine auc Nations Unies, présentant devant le Conseil de Sécurité le meurtre d’enfants en Syrie suite à l’attaque chimique du 4 avril

Donald Trump a déclaré “ Je change et  je suis flexible, et je suis fier de cette flexibilité”, tout en ajoutant “Mon attitude envers la Syrie et Assad a beaucoup changé”. La réaction américaine ne s’est pas faite attendre, puisque jeudi soir, 59 missiles ont été lancés depuis la base de Tomahawk vers la base syrienne ( Al- Shayrat)  à l’origine du bombardement du 4 avril. Cet évènement rappelle bizarrement les frappes de Bill Clinton contre le régime de Saddam Hussein en Irak.

L’entrée en jeu fracassante  des Etats Unis rebat les cartes, entre soutien et condamnation

Suite à cette réaction inattendue et percutante, les Etats unis apparaissent comme les “gendarmes du monde” qu’ils ne voulaient plus incarner.

La déclaration de Donald Trump juste ici :

La réaction russe a été immédiate. Fidèle alliée de Bachar, la Russie a dénoncé une “agression” contre un “Etat souverain”, et un “préjudice considérable” aux relations russo-américaines. Enfin, Vladimir Poutine a eu le culot de déclarer que “ cette action ne nous rapproche pas de l’objectif final de la lutte contre le terrorisme international”. L’Iran est aussi du côté des critiques acerbes en “condamnant fermement” l’acte américain.

En ce qui concerne la France, Jean Marc Ayrault ( ministre des affaires étrangères depuis février 2016) évoque un “avertissement” pour le “régime  criminel” d’Assad.

Un porte parole du gouvernement du Royaume Uni déclare également un soutien total aux Etats Unis, tout comme Israël, l’Arabie Saoudite et la Turquie.

Alors quel avenir pour la Syrie ?

Le futur n’en est pas moins incertain. L’action des Etats Unis sera sans doute décisive et permettra, je l’espère, de faire  avancer les négociations, et d’arriver à une sortie de crise, tout en condamnant les actes infâmes et à répétition du dictateur syrien. François Hollande réunira par ailleurs dans le cours de la journée un conseil de défense “pour voir comment la France peut prolonger cette initiative”, a-t-il déclaré ce matin dans une allocution.

Le sort de la Syrie est donc suspendu aux lèvres des deux grands, serait-ce la renaissance de la guerre froide?

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