Le féminisme, un combat universel

 

« If you believe in egality, you might be one of those inadvertant feminists. » – Emma Watson, discours à l’ONU, 2014 .

HeForShe, littéralement « Lui pour Elle » dans la langue de Molière. Je connais cette association depuis cette conférence aux lycée organisée par deux ambassadrices étudiantes il y a deux mois de ça. J’ignorais tout du mouvement féministe, excepté les quelques coups d’éclats médiatisés de « sextrémistes » comme s’appellent elles-mêmes les Femen. J’approuvais silencieusement leurs revendications, mais je ne me sentais pas pour autant concerné par leurs actions. L’opinion commune a souvent associé, à tort, la haine de l’homme à ce dernier ; bien que celui-ci ait une large part de responsabilité. L’Histoire nous l’a prouvé par ailleurs, aussi m’a-t-il longtemps paru difficile qu’un garçon puisse trouver légitimement sa place dans une organisation de ce genre, tant par son opposition naturelle au beau sexe que par les regards amusés, parfois moqueurs, de quelques uns de ses congénères. Alors pourquoi écrire un article à ce sujet si tu ne te sens toi-même pas impliqué ? me direz-vous. Après cette conférence, je me suis proposé pour écrire un papier pour le journal du lycée, car leur initiative gagnait à être connue, au moins dans le lycée tout entier. Deux clics et quelques touches de clavier martyrisées plus tard, j’étais sur le site officiel d’HeForShe, dictionnaire de la langue de Shakespeare à la main, afin de glaner quelques informations pour étayer mes propos. J’ai écouté, une première fois, même une deuxième fois, ce fameux discours d’Emma Watson à l’assemblée générale de l’ONU, le 20 Septembre 2014. Et aujourd’hui, j’ai un message à relayer : nous pouvons tous participer au changement, fille ou garçon, jeune ou plus âgé, militant déjà engagé ou non ; car il y a urgence.

HeForShe, contrairement à ce que son nom l’indique, ne défend pas l’idée que l’homme doit être au service de la femme, car il serait absurde d’en arriver à inverser le problème. La lutte pour l’égalité n’est pas à sens unique, un conflit où l’esclave opprimé tenterait de s’affranchir des chaînes que son maître lui a imposé. Non, il faut aller beaucoup plus loin que ça : qui, au XXIème siècle, nous oblige, hommes et femmes compris, à faire perdurer ce culte de l’infériorité ? Avons-nous des comptes à rendre à quelqu’un, quelque chose peut-être ? Encore aujourd’hui des enfants, des jeunes adolescentes, sont arrachées à leurs familles et mariées de force à travers le monde ; c’est leur liberté même qui est compromise. Et quand cette liberté, qui est un principe fondamental de l’Humanité, est menacée, il est de notre devoir d’être humain de s’unir et combattre la menace. La légalité de certaines lois ou traditions ne suffit pas pour autant à les légitimer ; pratiquer la désobéissance civile si chère à Rousseau et La Boétie serait faire acte de justice face aux mesures iniques qui sont autant d’affronts à la morale, qui nous permet à nous tous d’être humains.

Cette liberté, c’est aussi le droit d’exposer ou non son corps. Une polémique a éclaté un mois plus tôt autour de l’ambassadrice du féminisme à l’ONU, qui posait pour le magazine Vanity Fair le haut du corps presque dénudé, « topless » en anglais. Les critiques avaient immédiatement fusé, une journaliste arguant que son engagement était incompatible, si ce n’est paradoxal, avec de telles photos et que cela révélait l’impuissance de son discours. L’image mise de côté, que doit-on déduire de cette phrase ? Une « vraie » féministe n’aurait ainsi pas le droit de poser ainsi dévêtue, car ce serait chosifier son corps, se réduire à être un objet du désir pour faire vendre, chose contraire aux principes même du mouvement. Cet argument s’entend tout à fait, cependant il soulève une question : il est difficile d’imaginer une seule seconde qu’Emma Watson ait été forcée à poser ainsi, on peut donc supputer que c’était sa propre volonté, qu’elle a eu la liberté de le faire en tant qu’adulte responsable de son image et de tout ce que ça pouvait impliquer. Serait-elle donc obligée de condamner une partie de ses droits de femme pour prétendre à un titre de féministe pure et dure ? Au final, il est paradoxal, voire injustifié, de critiquer cette couverture puisque ce serait se mettre en contradiction avec le mouvement que l’on essaierait de défendre. Venant d’une personnalité reconnue pour son engagement, il est néanmoins compréhensible de se demander si ce shooting ne cache pas une forme d’hypocrisie par rapport aux discours qu’elle a pu tenir. Cependant, qui peut prétendre à être le mieux placé pour qualifier cette photo d’acte militant ou de provocation sexiste ? Personne. Cela dépend de la subjectivité de chacun ; il faudrait aller demander directement aux personnes concernées pour obtenir la vraie réponse. E.W a rétorqué que c’était une question de « liberté, d’émancipation, d’égalité » et qu’elle ne comprenait définitivement pas cette polémique. Nous avons son explication ; l’histoire s’arrête là, il n’y a pas lieu de continuer un débat basé uniquement sur les ressentis de chacun ; puisqu’il n’y a en réalité pas de vérité universelle à ce sujet. C’est même détourner l’opinion du vrai problème à l’heure actuelle que de débattre ainsi, car il ne s’agit pas de déterminer si telle ou telle photo est conforme à une « norme » sociale, mais de savoir quand allons-nous faire cesser une bonne fois pour toutes ces inégalités qui meurtrissent la vie de millions de jeunes femmes à chaque instant.

« If men don’t have to be agressive in order to be accepted, women won’t feel compelled to be submissive. »

Mme Watson a également développé dans son discours un argument, que je n’avais jusqu’alors jamais entendu, et qui a achevé de me convaincre d’écrire ces mots. Aussi je la paraphraserai avec plaisir, car son message mérite grandement d’être répété aux sceptiques ou aux indifférents dont je faisais partie avant. Le terme « féminisme » est en réalité réducteur lorsque nous réfléchissons au message qu’il porte. La société a consacré l’idée que nous, messieurs, devrions être supérieurs à ces mesdames. Supérieurs en tout point. Qui n’a jamais vécu, en tant que témoin ou victime, des scènes de harcèlement, de violences, à l’école ou au collège ? L’image du petit gros qui imposait sa loi et les autres suivant la tête basse ou donnant quelques coups par peur d’être rejetés à leur tour, voilà ce que des films véhiculent encore aujourd’hui. La société, que je réduis volontairement à l’école, nous encourageait à être agressifs, pour attaquer, ou simplement se défendre. Il y avait cette interdiction tacite d’aller balancer au CPE ou aux professeurs ; pleurer, plus largement être une personne douée de sensibilité, était considéré comme un signe de faiblesse. Il y avait cette interdiction de demander de l’aide car nous étions des hommes, il fallait être capable de se débrouiller seul. Tous ces comportements, adoptés inconsciemment dès l’enfance, ont conduit les filles à adopter, inconsciemment encore une fois, une position de soumission devant un tel déploiement de muscles et de testostérone. J’ironise assez lourdement, mais du peu de souvenirs que j’ai de ces années, je ne pense pas être si éloigné de la réalité que cela. Mario a sauvé « sa » Princesse Peach, capturée un nombre incalculable de fois par le méchant Bowser ; avez-vous déjà vu, ne serait-ce qu’une seule fois, l’inverse ? Quand sera-t-il admis, socialement, qu’un garçon puisse pleurer en public sans se faire taxer par derrière de « tapette » ou autres attributs peu glorieux ? Quand cesseront ces désobligeantes réflexions, comme le classique « Oh, tu t’es fait battre par une fille » suivi d’un petit sourire en coin par votre interlocuteur ? Et il y a bien d’autres exemples. Là encore, vous pourrez peut-être penser que je décris volontairement la situation d’il y a 30 ans pour dramatiser un peu et donner plus de poids à mon argumentation, si tant est qu’on puisse appeler ce texte ainsi. Mais croyez-moi, il m’arrive encore d’entendre ou de lire ces… idioties, pas plus tard qu’aujourd’hui d’ailleurs. Laissons le choix à chacun et chacune d’être fort(e)s, ou sensibles, ou les deux ! Laissons aux gens la liberté d’être eux mêmes, qu’importe les clichés propres aux deux sexes. C’est aussi le combat d’HeForShe, de ramener non seulement la femme à la place qu’elle aurait toujours dû occuper, c’est-à-dire l’égal de l’homme ; mais aussi de promouvoir une société plus juste, plus vraie.

« If not me, who ? If not now, when ? »

N’importe qui peut prétendre à devenir un(e) ambassadeur, ambassadrice. Organiser une conférence, une exposition, un voyage, une action… seul, à plusieurs, cela ne dépend que de vous ! Des bénévoles sont prêts à vous apporter de l’aide et des conseils pour vous lancer. Vous pouvez faire un don, ou tout simplement, vous inscrire. Donner votre nom, votre prénom, et une adresse mail, rien de plus. Ce n’est pas grand-chose, mais cela prouve que vous êtes là, que vous soutenez la cause. Lorsque je me suis inscrit, il y a une semaine, j’étais le 1 587 976 membre. Et cela ne fait qu’augmenter. Alors je vous poserai une seule question avant de clôturer cet article :

Are you HeForShe ?

http://www.heforshe.org/en

 

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