Les populistes en route vers le pouvoir – Épisode 1 : Populisme au féminin, une stratégie gagnante ?

Elles sont six. Six femmes, qui viennent d’un peu partout en Europe. Six femmes, cinq partis national-populistes, et un désir commun : accéder aux responsabilités.

Marine Le Pen, 48 ans, préside depuis 2011 le Front National, parti d’extrême-droite fondé en 1972 par son père, Jean-Marie Le Pen, et est en bonne voie pour l’élection présidentielle française à venir. Sa nièce, Marion Maréchal-Le Pen, a tout juste 27 ans. En 2012, elle est devenue la plus jeune députée jamais élue en France, en remportant en triangulaire la circonscription de Carpentras, en Vaucluse.

Siv Jensen, 47 ans, est présidente du Parti du Progrès, et est Ministre des Finances de son pays, la Norvège, depuis 2013.

Pia Kjærsgaard, 70 ans, a fondé le Parti populaire danois (Dansk Folkeparti, DF) en 1995, et l’a présidé jusqu’en 2012. Depuis juillet 2015, elle préside le Folketing, parlement danois.

Frauke Petry, 41 ans, est porte-parole de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), depuis juillet 2015. Tête de liste lors des régionales de 2014 en Saxe, elle y est également députée au Landtag.

Enfin, Krisztina Morvai, 53 ans, a été par deux fois tête de liste du Jobbik, lors des élections européennes de 2009 et 2014. Depuis 8 ans, elle représente la Hongrie au Parlement européen.

Ces femmes – presque toutes blondes – ont en commun d’avoir du charisme. Souriantes, chaleureuses, sympathiques, elles ont permis à leur parti de conquérir une place de choix sur l’échiquier politique de leur pays, souvent en lui donnant une nouvelle image, et en le débarrassant de ses vieux démons.

On pourrait croire ces partis, dirigés par des femmes, à la pointe des combats féministes, mais il n’en est rien. Pour rendre la vitrine respectable, quoi de mieux qu’une jolie vendeuse, telle est la stratégie des populistes pour prendre le pouvoir. Et l’idée – archaïque – qu’une femme, habituée (naturellement) à gérer un foyer, est d’autant plus à même de gérer un pays, n’est jamais loin. Enfin, la supposée douceur féminine est un argument de poids, pour ces partis qui espèrent changer leur image, imprégnée de violence, auprès de l’électorat.

Aussi, si les populistes mettent des femmes en avant, ce n’est pas par féminisme, mais parce que la vision qu’ils ont des femmes, ainsi que les images qu’ils mettent en avant via ces femmes, ne sont que la perpétuation de vieux stéréotypes sur ce que sont supposées être les femmes : de bonnes mères de famille, de bonnes gestionnaires du foyer, et des figures douces et maternelles. Bien loin d’un Jean-Marie Le Pen éructant.

Commençons par le duo français, que composent Marine Le Pen et Marion Maréchal-Le Pen. La première préside le plus vieux parti d’extrême-droite d’Europe. Il a été fondé il y a 45 ans, par des membres d’Ordre Nouveau, groupuscule néofasciste, et sa présidence en a été confiée à un éditeur de disques vinyles, ancien député poujadiste de Paris, Jean-Marie Le Pen. Le « Menhir », comme on le surnomme souvent, a laissé sa place de numéro 1 à sa fille cadette, Marine.

Sous sa présidence, le parti a réussi – plus ou moins brillamment – sa mutation en un parti populiste. Et grâce à cela, le Front National a remporté victoires sur victoires. Lors de la présidentielle de 2012, Marine Le Pen a déjà obtenu le meilleur score du FN à une présidentielle : plus de 6,4 millions de voix, et presque 18%. En septembre 2014, il fait élire deux Sénateurs – du jamais vu dans l’histoire de la Ve République. Au printemps, les municipales apportent de beaux succès au FN, qui conquiert pas moins de 14 communes, dont une au premier tour, Hénin-Beaumont, fief de Marine Le Pen depuis quelques années. Parmi les conquêtes de choix, se trouvent également Béziers, Fréjus, et surtout le VIIe secteur de Marseille qui, avec ses 150 000 habitantes et habitants, est l’équivalent d’une ville comme Nîmes ou Angers. Quelques mois plus tard, les européennes lui permettent de devenir, le temps d’une élection, le premier parti de France, envoyant pas moins de 24 eurodéputés au Parlement européen. Quelques mois avant le scrutin, en octobre 2013, Marine Le Pen avait poussé ses deux collègues, Jean-Marie Le Pen et Bruno Gollnisch, à quitter l’Alliance européenne des Mouvements nationaux, où ils siégeait aux côtés du Jobbik hongrois. Ultime étape de la dédiabolisation : ne plus s’associer aux partis les plus extrémistes, comme Aube dorée ou le Jobbik.

Au printemps, lors des élections départementales, les succès sont à nouveau au rendez-vous. Avec 31 victoires dans des cantons, dont quatre au premier tour, le FN fait élire 62 conseillers départementaux. 31 victoires au scrutin majoritaire, c’est plus que toutes les victoires cumulées remportées par le Front depuis 1972, avec ce mode de scrutin.

Mais l’apogée du FN arrive avec les régionales. Les listes FN arrivent en tête dans la plupart des régions, et, pour la première fois, semblent en mesure de l’emporter dans plusieurs d’entre-elles. Au second tour, même si la victoire n’est au rendez-vous nul part, les listes FN cumulent 6,8 millions de voix, soit 27,1% de l’électorat. Deux de ses candidates, Marine Le Pen, dans les Hauts-de-France, et Marion Maréchal Le Pen, en PACA, font même disparaître la gauche de ces deux régions, historiquement fiefs de la gauche socialo-communiste.

Deux femmes, deux Front. Celui du nord, qu’incarnent « Marine » comme l’appellent ses fans, et son bras droit, Florian Philippot, et celui du sud, celui de Marion, plus proche de l’extrême-droite traditionnelle. Mais si l’un a fortement progressé, il n’a pas empêché l’autre de subsister, et ne l’a pas du tout fait disparaître. Au lieu de cela, il l’a emmené dans sa lancée. C’est ainsi que Marion Maréchal-Le Pen, avec plus de 45% des voix lors des régionales de 2015, a réussi bien mieux que son grand-père, dans une région de prédilection du Front.

Le parti a désormais en ligne de mire la présidentielle du 23 avril prochain, mais aussi et surtout les législatives du mois de juin. Le FN espère ainsi mettre la main sur suffisamment de circonscriptions pour former un groupe parlementaire – une possibilité qui ne s’est présentée à lui qu’une seule fois, en 1986, lorsque le scrutin adopté était la proportionnelle. Le FN cible 160 circonscriptions, au vu de son score lors des dernières régionales. Dans 14 d’entre elles, il avait dépassé la barre des 50% : 2e, 3e et 4e de Vaucluse, 4e, 5e, 6e et 8e du Var, 12e, 15e et 16e des Bouches-du-Rhône, 3e, 10e, 11e et 12e du Pas-de-Calais. Mais puisque triangulaire il peut y avoir, il faut y ajouter les 49 où il obtenait entre 45 et 50%, et les 97 où il était entre 40 et et 45%. Tout en ayant à l’esprit qu’en triangulaire, on peut gagner avec 33,4%.

Pari Marine Le Pen : assurément gagnant, même s’il a nécessité le sacrifice du père fondateur du parti, et père tout court de la candidate.

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Marine Le Pen et Marion Maréchal Le Pen : entre duo gagnant et duo empoisonné

Le Parti du Progrès (FrP) est plus jeune d’un an que le Front National. Après cinq années d’insuccès, il se choisit pour président Carl Hagen. Celui-ci restera à la tête du parti pendant 28 ans, avant de céder la place à Siv Jensen, alors première vice-présidente, et présidente du groupe au Storting. Jensen avait déjà fait ses preuves : souriante et dynamique, tête de liste du parti, elle avait obtenu le meilleure score du FrP, lors des élections législatives de 2005. Avec 22,06%, elle faisait gagner 12 sièges supplémentaires à son parti, et surtout, arrivait largement devant le Parti conservateur, en recul de 15 sièges. Malgré cet excellent score, le FrP, mis à l’écart par tous les autres partis norvégiens en raison de la personnalité de son leader, demeurait dans l’opposition, et le Premier ministre travailliste, Jens Stoltenberg, était reconduit dans ses fonctions.

Trois ans après avoir pris la tête du FrP, Siv Jensen est de nouveau tête de liste, lors des élections législatives de 2009. Elle améliore encore son score, décrochant 41 sièges, soit trois de plus qu’en 2005. Pour la première fois, le Parti conservateur, dirigé par Erna Solberg, se dit prêt à former une coalition réunissant quatre partis de droite, dont le FrP. Mais le Parti libéral refuse catégoriquement de participer ou de soutenir une coalition dont serait membre le Parti du progrès. Et le Premier ministre travailliste est reconduit.

Quatre ans plus tard, les Norvégiens retournent aux urnes. Si les résultats du FrP de Siv Jensen, en baisse de 6,6% et perdant un quart de son électorat de 2009, et 12 sièges, semblent à première vue décevants, il n’en est rien. En effet, grâce à une percée conséquente, le Parti conservateur réussit à former un gouvernement minoritaire, avec le FrP, qui décroche 7 ministères sur 17, et place sa présidente au Ministère des Finances.

Pari Siv Jensen : gagné !

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Siv Jensen, nouvelle présidente du FrP

Un peu plus au sud, dans le Royaume du Danemark, le populisme a lui aussi un visage féminin, celui de Pia Kjærsgaard. Députée depuis 11 ans avant de fonder son propre parti, le Dansk Folkeparti, ou Parti populaire danois, en 1995.

Après trois ans d’existence, le DF réalise une belle percée lors des élections au Folketing, faisant jeu égal avec le Parti populaire socialiste, et obtenant 13 sièges. Le Premier ministre sortant, le social-démocrate Poup Nyrup Rasmussen, est reconduit pour un quatrième mandat.

Le tournant va venir bien vite, lors des élections de 2001. Les sociaux-démocrates sont devancés de deux points par les conservateurs du Venstre, menés par Anders Fogh Rasmussen. Et surtout, la troisième place revient à la formation de Pia Kjærsgaard, qui décroche 22 sièges. A l’issue du vote, le Venstre et son allié, le Parti populaire conservateur, disposent de 72 sièges sur les 179 du Folketing. Face à lui, les six partis de la coalition de centre-gauche sortante rassemblent 81 sièges. La droite, qui espère bien revenir au pouvoir, n’a pas le choix : elle doit s’assurer le soutien du DF, et de ses 22 sièges, un soutien qui lui assurerait une majorité de 94 députés.

Un soutien que Pia Kjærsgaard saura parfaitement monnayer : si la droite veut gouverner au Danemark, il faudra qu’elle donne de sérieux gages, et en particulier sur l’immigration. L’immigration, le thème de prédilection du DF, dans un pays qui ne comptait, en 2001, que 4,9% d’étrangers, sur ses 5,3 millions d’habitants, une proportion bien plus faible qu’ailleurs en Europe, mais suffisante pour constituer, selon lui, une menace pour l’identité danoise.

Au cours des différents mandats de droite, le DF a réussi a faire passer des mesures toujours plus restrictives sur l’immigration, mais surtout, il est parvenu à banaliser ce thème de campagne, et à faire en sorte que tous les partis tiennent un discours restrictif sur le sujet. Ainsi, en 2015, la Première ministre Helle Thorning-Schmidt, se félicitait que son gouvernement ait été le premier à durcir les règles d’asile en douze ans. Helle Thorning-Schmidt est membre des Sociaux-démocrates.

Toutefois, pendant dix ans, le DF est resté cantonné à la troisième place, tournant autour de 13%. Suffisamment pour ne pas se faire oublier des gouvernements successifs, mais pas assez plus peser davantage. En 2011, la gauche revient au pouvoir, et le DF passe dans l’opposition. Mais ces quatre ans d’opposition lui font le plus grand bien. En 2015, alors qu’il est présidé depuis trois ans par Kristian Thulesen Dahl, le parti bondit et termine deuxième, derrière les sociaux-démocrates sortants. Il dépasse de 1,6% le Venstre, et devient ainsi le premier parti de droite du pays. Malgré cela, il ne participera pas au gouvernement : Thulesen Dahl refuse le poste de Premier ministre, refuse de participer au gouvernement formé par le leader du Venstre, mais lui apporte son soutien. Et surtout, Pia Kjærsgaard devient présidente du Folketing, du jamais vu dans l’histoire politique danoise. Au delà de cette présidence, symbole de la normalisation de cette formation populiste, le plus important est sans doute le fait que le DF a pu faire appliquer une partie de son programme, sans avoir à gouverner. Pia Kjærsgaard n’est d’ailleurs pas peu fière d’avoir doté son pays d’une des législations les plus strictes en matière d’immigration. Quand on est ainsi capable d’imposer ses idées, on a déjà gagné, non ?

Pari Pia Kjærsgaard : gagné !

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Pia Kjaersgaard, le populisme made in Danemark

Encore un peu plus au sud, l’Allemagne. Là, l’extrême-droite, représentée par trois partis, le NPD, la Deutsche Volksunion (DVU) et les Républicains (Die Republikaner), n’a jamais réussi à percer autrement que dans quelques scrutins locaux, exception faite des européennes de 1989, en Allemagne de l’Ouest, où les Républicains, emmenés par Franz Schönhuber, grand ami de Jean-Marie Le Pen, ont fait une percée remarquable : plus de deux millions de voix, soit 7,1% des suffrages, et 6 députés au Parlement européen, qui siégeront aux côtés des eurodéputés Front National.

En avril 2013 est lancée l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), notamment par Bernd Lucke, économiste à l’Université de Hambourg, et ancien membre de la CDU, le parti de la chancelière Angela Merkel. Le parti crée la surprise lors des élections au Bundestag du mois de septembre : avec 4,7% et deux millions de voix, il talonne les libéraux du FDP, partenaires d’Angela Merkel, et manque de très peu le seuil de représentation au Bundestag. Et surtout, la nouvelle formation obtient des scores intéressants partout, allant de 3,7% à Brême et en Basse-Saxe, deux fiefs de gauche, et grimpant jusqu’à 6,0% dans le Brandebourg, 6,2% en Thuringe, et 6,8% en Saxe.

Lors des européennes de 2014, le parti confirme sa percée, en faisant élire sept eurodéputés, dont Beatrix von Storch, dont on reparlera.

Mais ce sont les différentes élections régionales qui vont permettre à l’AfD de s’installer véritablement dans le paysage politique allemand.

En août 2014, la Saxe constitue le premier test électoral local pour l’AfD. Elle y est menée par une femme, Frauke Petry. Dans ce Land de l’ex Allemagne de l’Est, le NPD détient 8 élus sortants. Avec 9,74% des voix, Frauke Petry fait une percée importante, et décroche 14 élus. Dans le même temps, le NPD n’obtient que 4,95% des voix : passant sous le seuil des 5%, il disparaît du Landtag de Saxe.

Le 14 septembre 2014, deux Länder de l’ex Allemagne de l’Est, le Brandebourg et la Thuringe, sont appelés aux urnes. Là encore, l’AfD obtient des scores élevés, avec 12,16% dans le Brandebourg, 10,57% en Thuringe, et 11 sièges dans les deux Landtag.

2015 pourrait sembler une année moins électoralement intéressante pour l’AfD : seules les villes-États de Brême et de Hambourg, deux fiefs de la gauche allemande, voient leur parlement régional renouvelé. Mais ce sont surtout les deux premières élections régionales situées en dehors du périmètre de l’ex-RDA. Or, pour l’instant, sans connaître le même handicap géographique que Die Linke (lors des élections fédérales de 2013, Die Linke rassemblait 22,7% dans l’ex Allemagne de l’Est, contre seulement 5,6% dans l’ex Allemagne de l’Ouest, avec un score national de 8,56%), l’AfD semble mieux implantée dans l’est du pays, ce qui pourrait se révéler gênant à l’avenir, notamment lors des élections fédérales de septembre 2017.

Les leaders de l’AfD peuvent se rassurer : à Hambourg, la liste obtient 6,1% et 8 élus. A Brême, seul Land à être gouverné par le même parti, la SPD, depuis 1945, l’AfD obtient 5,5% et 4 sièges.

En juillet 2015, Bernd Lucke perd les rênes du parti qu’il a créé. Le nom de sa remplaçante : Frauke Petry. Elle représente l’aile droite du parti, et sa très large victoire pousse cinq des sept eurodéputés élus en 2014 à le quitter. Ne lui demeurent fidèles que Markus Pretzell – accessoirement époux de Frauke Petry – et Beatrix von Storch.

Deux femmes très différentes, mais représentant toutes deux la ligne dure du parti. Beatrix von Storch appartient à la maison d’Oldenburg, dont sont également issus la reine du Danemark, le roi de Norvège, et Philip Mountbatten, époux d’Elisabeth II du Royaume-Uni. Elle est avocate, et confiait, en septembre 2016, trouver Marine Le Pen « trop à gauche ». Frauke Petry est née et a grandi en RDA, avant de la quitter à la chute du mur de Berlin et de devenir chimiste.

Le 13 mars 2016, nouveau jour de vote, en Rhénanie-Palatinat, dans le Bade-Wurtemberg, et en Saxe-Anhalt. La percée de l’AfD est encore plus nette : avec respectivement 12,6%, 15,1% et 24,2%, l’AfD fait une entrée fracassante dans les trois Landtag. En Saxe-Anhalt, seul Land à n’avoir encore jamais été dirigé par la gauche, l’AfD atomise Die Linke et la SPD, les reléguant aux troisième et quatrième places.

La deuxième place, l’AfD la ravit également le 4 septembre, dans le Mecklembourg-Poméranie antérieure, en obtenant 20,85% devant la CDU à 19,06%. Puis, le 18 septembre, à Berlin fief de gauche, l’AfD talonne les Verts, et obtient 25 sièges à la chambre des députés de la capitale allemande.

La série d’élections régionales s’achève en mars 2017, avec la Sarre. L’AfD y obtient un score peu élevé, 6,17% et trois sièges, mais il semble évident qu’elle fera son entrée au Bundestag en septembre prochain, réussissant là où toutes les formations d’extrême-droite ont échoué depuis les dernières décennies.

Pari Frauke Petry : presque gagné !

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Frauke Petry, gagnante du populisme allemand

Partons maintenant en Hongrie. Dans ce pays d’Europe centrale, la grandeur des temps passés, et de la « Grande Hongrie » rend nostalgique une bonne partie de la population. Si le Fidesz, parti du Premier ministre Viktor Orban, mériterait à lui seul un article, c’est à un autre parti que nous allons nous intéresser, le Jobbik, ou Mouvement pour une meilleure Hongrie. Contrairement aux partis précédemment évoqué, le Jobbik ne cherche pas vraiment à ne pas apparaître comme un parti d’extrême-droite. La nécessité de se distinguer du Fidesz, également populiste, mais au pouvoir, explique peut-être ce choix. Antisémite, anti-rom, exaltant les valeurs chrétiennes, le Jobbik a été fondé en 2003. Il n’a cependant obtenu du succès qu’en 2009, lors des élections européennes. Il était alors emmené par une femme, brillante avocate, militante des droits des femmes, Krisztina Morvai. Encore une fois, Krisztina Morvai ne ressemble pas à l’idée qu’on peut se faire d’un tribun d’extrême-droite radicale. Et grâce à elle, le parti décolle : avec près de 15% des voix, il décroche trois eurodéputés, soit seulement un de moins que l’opposition socialiste. Les législatives de 2010 lui permettent de confirmer ce premier succès, et d’envoyer 47 députés sur les 386 que compte la Diète. Quatre ans plus tard, le Jobbik reste derrière le Fidesz et les socialistes, mais dépasse les 20%. Réforme électorale oblige, il n’obtient alors que 23 des 199 sièges. Il faut attendre les européennes de la même année pour observer une véritable montée en puissance du Jobbik. Contrairement aux élections législatives, il est à nouveau conduit par Krisztina Morvai. Si les 20% ne sont, cette fois, pas franchis, le Jobbik s’impose comme la deuxième force électorale du pays, laminant les socialistes, avec 14,67% contre 10,9%.

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Krisztina Morvai, petite nouvelle du Jobbik

Ces mêmes élections européennes sont un succès pour les formations populistes dans toute l’Europe. A tel point que Marine Le Pen a beaucoup travaillé pour former un groupe à Strasbourg. Elle a fini par y parvenir, en juin 2015, avec la mise en place du groupe Europe des nations et des libertés, qui réunit les eurodéputés FN, ceux du FPÖ autrichien, du Vlaams Belang belge, de la Lega Nord italienne, et du PVV du néerlandais Geert Wilders. Absents, toutefois, les partisans de Pia Kjærsgaard, qui siègent dans le groupe Conservateurs et réformistes européens, aux côtés des Vrais Finlandais, du parti Droit et Justice qui gouverne en Pologne, et des Conservateurs britanniques. Absents, également, les élus de l’UKIP, qui ont préféré former leur groupe, Europe de la liberté et de la démocratie directe, avec les Démocrates de Suède, le Mouvement 5 étoiles de l’italien Beppe Grillo, et Beatrix von Storch de l’AfD. Absents, enfin, les élus du Jobbik, qui siègent parmi les non-inscrits, aux côtés d’Aube dorée, et de trois eurodéputés français, Jean-Marie Le Pen, Bruno Gollnisch, et Aymeric Chauprade, tous trois élus sur des listes FN en 2014.

L’union des populistes européens ne semble donc pas encore pour demain. Mais cela sera traité dans un prochain épisode.

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