Les populistes en route vers le pouvoir Épisode 2.2 : De l’extrême-droite au populisme : 45 ans d’histoire politique européenne

2e partie : Histoire et état des lieux du national-populisme en Europe occidentale

On l’a vu dans la première partie de cet article, consacrée à l’extrême-droite française, c’est en France que les premières résurgences d’un courant national fort sont apparues. Le FN français, né en 1972, a même inspiré plusieurs partis européens. Certains de ces partis sont depuis devenus de solides partenaires pour le FN. Dans cette deuxième partie, nous allons partir pour un tour d’Europe des partis d’extrême-droite, et étudier leurs transformations en mouvements populistes, ainsi que leurs tentatives d’union au niveau européen.

Bien avant la France, c’est en Italie, pays de naissance du fascisme, qu’un des tous premiers partis d’extrême-droite a vu le jour. Nous sommes en 1946, il s’appelle Movimento Sociale Italiano, MSI. Il est fondé par Giorgio Almirante, ancien journaliste du quotidien fasciste Il Tevere, qui a accompagné Mussolini lors de l’aventure de la République de Salò. Le MSI se revendique fasciste, et veut s’adresser aux nostalgiques du régime déchu. Aux élections de 1948, il obtient 2% et six élus à la Chambre des députés, et 0,7% et un élu au Sénat de la République.

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Giorgio Almirante

Le parti, fasciste, se retrouve donc seul dans cette Italie devenue antifasciste, et ses membres remettent en cause la légitimité de ce nouveau régime démocratique.

Malgré son image de paria, le MSI va tenter très vite de conclure des alliances avec d’autres partis de droite. En 1951 et 1952 ont lieu les premières élections locales (elezioni amministrative). Dans la plupart des villes où il se présente seul, il obtient, dans le nord du pays, des résultats de l’ordre de 4 à 6%.

A Milan, ses listes obtiennent 50 454 voix, soit 6,5%, il décroche ainsi 4 sièges sur 80. A Turin, il obtient 18 610 voix, soit 4,05% et 2 élus sur 80. A Venise, 10 693 voix, soit 5,94% et 2 élus. A Gênes, 14 221 voix soit 3,33% et 2 élus. A Florence, 12 621 voix, soit 5,19% et 2 élus.

Mais c’est dans le sud qu’il obtient ses meilleurs scores. 18,5% à l’Aquila, devant le Parti Communiste. 16,9% à Pescara, 13,7% à Brindisi. Ces scores sont néanmoins insuffisants pour gouverner une ville.

En 1952, il obtient 142 825 voix à Rome et 8 des 80 sièges. Mais c’est encore le sud qui va lui offrir ses meilleurs scores. A Naples, le Parti National Monarchiste arrive en tête, avec 29,48% des voix. Il est suivi de la Démocratie chrétienne (23,87%) et du PCI (21,52%). Le MSI arrive en quatrième position, avec 11,79% et 15 élus sur 80. Une coalition avec le PNM et une autre formation monarchiste, le Fronte Nazionale Monarchico, qui a obtenu 1,29% et 1 élu, lui permet de gouverner la capitale du Mezzogiorno. Ce type de coalition est également formé à Bari (13,22% pour le MSI) et à Catane (18,32% pour le MSI), mais pas à Palerme, malgré les 18,82% du MSI. Rome, Naples, Bari, on voit déjà se dessiner les zones de forces du MSI : le Latium, la Campanie, et les Pouilles.

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Affiche du MSI

En 1956, une fraction plus radicale, menée par Pino Rauti, fonde le Centro Studi Ordine Nuovo (Centre d’études Ordre Nouveau), inspiré par les écrits de Julius Evola.

Le MSI, dans l’opposition, apporte toutefois un soutien discret – qui s’avère parfois indispensable – à la Démocratie chrétienne. En 1969, Giorgio Almirante en reprend la tête, ce qui provoque le retour de Pino Rauti, et une scission au sein du Centro Studi Ordine Nuovo, dont les plus extrêmes fondent Ordine Nuovo, un groupe extraparlementaire et violent. Le retour au bercail de Pino Rauti voit arriver, au sein du MSI, les thèses de la Nouvelle Droite française, née la même année, avec la fondation du Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne, ou GRECE, par Alain de Benoist.

Il obtient son meilleur score lors des élections générales de 1972. Peu avant les élections, Almirante a réussi à s’allier avec le Partito Democratico Italiano di Unità Monarchica. Les deux partis concourent ensemble sous l’étiquette Movimento Sociale Italiano – Destra Nazionale. Avec près de 2,9 millions de voix, il conquiert 56 sièges à la Camera dei deputati. Pour les élections au Sénat, il obtient près de 2,8 millions de voix, et 26 sièges. Il arrive en tête à Reggio de Calabre, et obtient ses meilleurs scores dans le Latium, en Campanie et en Sicile.

Paradoxalement, alors qu’il est à son apogée dans les années 70, avec un électorat consolidé, une base militante solide de plusieurs centaines de milliers de personnes, c’est aussi l’époque où il est le plus ostracisé de la vie politique italienne, en raison de la recrudescence de la violence, durant ces « années de plomb ».

A partir de la fin des années 1980, le parti, toujours dirigé par Almirante, entame doucement son déclin, tandis qu’en France et en Autriche, le FN et le FPÖ progressent fortement. Deux raisons à cela : en premier lieu, le MSI continue à se réclamer du fascisme, contrairement aux autres partis d’extrême-droite européens qui montent en puissance. En second lieu, le MSI n’adopte pas la posture viscéralement anti-immigration qu’ont adopté le FN ou les autres partis européens.

Malade, Giorgio Almirante abandonne la présidence du MSI en 1987, il a alors 73 ans. Son dauphin, secrétaire de l’organisation de jeunesse du MSI, le remplace. Son nom, Gianfranco Fini. Selon lui, Mussolini est « le plus grand homme d’État du vingtième siècle ».

A partir de 1989, le créneau xénophobe et sécuritaire est alors occupé par la Lega Nord (Ligue du Nord) de Umberto Bossi, issue de la fusion entre la Lega Lombarda et la Lega Veneta. Le parti mêle, à des velléités indépendantistes de la Padanie, région de la plaine du Pô, des fortes réclamations de fédéralisme notamment au niveau fiscal. Bossi menace ainsi le pouvoir romain d’une grève fiscale, si ses revendications n’étaient pas écoutées. Sur ses affiches, la Ligue proclame : « Roma ladrona, la Lega non perdona » (Rome voleurs, la Ligue ne pardonne pas). Elle utilise également, sur fond de carte de la botte italienne, une poule représentant la Padanie et pondant des œufs d’or récupérés par une femme représentant Rome, avec comme slogan : « Con la Lega Nord, contro Roma ladrona ».

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Le discours de Bossi est toujours très imagé, et surtout, émaillé d’expressions dialectales. Bossi, pour bien affirmer son appartenance au « Nord » ampute les mots de leur voyelle finale, pour faire plus couleur locale.

La haine du Mezzogiorno est assez répandue dans le nord de l’Italie. En mars 1990, des supporters de l’Inter de Milan déploient une banderole lors d’un match contre Naples, où l’on peut lire : « Hitler : con gli ebrei anche i napoletani », soit « Hitler : pas seulement les juifs, les Napolitains aussi ».

En 1992, le MSI fait encore élire 34 députés, dont Alessandra Mussolini, petite-fille de Benito. En 1993, elle est candidate à Naples, obtient 31% au premier tour, mais ne parvient pas à s’imposer face à la gauche au second ; elle s’incline avec 44,4%. De son côté, Gianfranco Fini mène la liste à Rome. Il obtient 35,78% au premier tour, puis 46,89% au second, face au candidat de gauche.

Le MSI remporte toutefois plusieurs communes moyennes, notamment dans le Latium (Latina, Chieti) et en Campanie (Bénevent), dont les sortants étaient DC.

De son côté, la Ligue du Nord remporte Novara, Pavie, Alessandria et surtout, l’emporte à Milan, dont le maire sortant était PSI. A Venise, cependant, la Ligue s’incline face à un candidat indépendant, et à Gênes face à une liste de gauche.

Le MSI profite donc de la disparition de la Démocratie Chrétienne. L’arrivée de Silvio Berlusconi sur la scène politique va également changer sa situation. Berlusconi, issu du monde des affaires, ne s’intéresse pas au passé fasciste du MSI, et son parti, Forza Italia, conclut une alliance avec celui de Fini, en vue des élections de 1994.

1994, une année importante en Italie, avec des élections au Parlement, et des élections européennes. Le MSI, qui se présente sur le nom « Alleanza Nazionale » et la Ligue du Nord, sont réunies sur la bannière du Pôle de la Liberté. Aux européennes, l’AN fait élire 11 députés, contre 6 à la LN.

En 1995, Gianfranco Fini change de stratégie lors du congrès de Fiuggi. Revenant sur l’orientation fasciste du mouvement, il le transforme en un parti de droite gouvernementale, en reprenant le nom Alliance Nationale. Pino Rauti et ses partisans, insatisfaits de cette modération, créent le Mouvement Social – Flamme tricolore. Signe que ce changement, impulsé par la proposition berlusconiste, et non pas à la demande des militants, passe mal.

Des membres d’AN intègrent le gouvernement Berlusconi (4 ministres et 1 Vice-président du Conseil), et Fini prend ses distances avec le fascisme : « J’ai dit et je répète que le fascisme a fait une erreur avec ses lois raciales de 1938. Elles ont eu d’horribles conséquences ».

Mais un discours n’est parfois pas suffisant, sa visite à Auschwitz, en 1999, est perturbée par des militants anarchistes polonais, et Fini termine sous les jets d’œufs.

En 2003, il rend visite à Ariel Sharon, en Israël. L’occasion de reparler du régime fasciste, en expliquant qu’il s’agissait « d’un chapitre honteux de l’histoire [du] peuple [italien] ». Il y affirme également que beaucoup d’Italiens avaient agi avec « paresse, indifférence, complicité et couardise », en ne s’opposant pas aux lois anti-juives, introduites en 1938 pour imiter l’Allemagne hitlérienne. En réponse, Alessandra Mussolini quitte l’AN, en expliquant que l’honneur de sa famille a été sali.

Intégrée au Peuple de la liberté, coalition berlusconiste, la droite populiste est affaiblie. La Ligue du Nord obtient toujours des succès locaux, notamment dans ses places-fortes de Lombardie et de Vénétie. De son côté, Gianfranco Fini est resté vice-président du Conseil jusqu’en 2006, tout en devenant Ministre des Affaires étrangères entre 2004 et 2006. Devenu président de la Chambre des députés en 2008 suite à la victoire de la coalition de droite, face à Romano Prodi, il cède la présidence de l’Alleanza Nazionale à Ignazio La Russa. En 2010, il prend la tête d’une fronde contre Berlusconi, et fait scission, en créant Futur et Liberté pour l’Italie (FLI), avant d’être battu en 2013. Il siégeait au Parlement italien depuis 30 ans. En décembre 2012, Ignazio La Russa quitte le Peuple de la liberté, pour fonder Fratelli d’Italia – Alleanza Nazionale. A ses côtés, on trouve notamment Giorgia Meloni, députée du Latium depuis 2006, et vice-présidente de la Chambre entre 2006 et 2008, année où elle est devenue ministre pour la Politique de la jeunesse au sein du Gouvernement Berlusconi. Fratelli d’Italia obtient 9 députés lors des élections de 2013, et Meloni en prend la tête en mars 2014. Le 16 juin 2016, lors de l’élection municipale de Rome, elle obtient 20,62% des voix, derrière le M5S et le PD, mais devant Forza Italia. Rome avait déjà été dirigée par un maire d’extrême-droite, entre 2008 et 2013, avec Gianni Alemanno, qui a depuis rejoint les rangs de Fratelli d’Italia. Comme Gianfranco Fini, Ignazio La Russa, Gianni Alemanno et Giorgia Meloni ont tous commencé la politique au MSI.

Du côté de la Ligue du Nord, les choses changent aussi. En 2013, Umberto Bossi est battu par Matteo Salvini. Salvini s’est engagé très jeune au sein de la Ligue. En 1997, il conduisait la liste des communistes padans, pour les élections officieuses organisées par la Ligue, dans le but d’élire le Parlement du Nord. Salvini, beaucoup plus radical que Bossi, préfère abandonner le combat fédéraliste, pour parler d’immigration, d’insécurité, d’islam, et d’Union Européenne. Avec, en but affiché, la conquête d’un nouvel électorat dans le sud.

Un changement de cap qui ne convient guère à Umberto Bossi, si l’on en croit une interview donnée le 13 mars 2017 au Corriere della Sera. Le Senatur y critique le passage d’une ligue « du nord » à une ligue étendue nationalement : « La Lega nazionale ? Una roba de cogl… » (La Ligue nationale ? Une idée de couillon). Il s’interroge : « Il problema è: che cosa vai lì a fare? A portare soldi? A promettere una nuova Cassa per il mezzogiorno? » (Le problème est : que va-t-il y faire ? Donner de l’argent ? Promettre une nouvelle Caisse du Midi1 ?). Au journaliste, qui lui suggère que le parti peut y gagner des voix, il rétorque : « Di voti non ne prenderà. Al Sud la gente non dice: guarda come è cambiata la Lega. Dirà: guarda che casino quando viene la Lega, meglio che se ne resti lassù. Ma non credo che Salvini vada a Napoli per i voti. Va per l’investitura. Gli han detto che non può candidarsi a premier con un partito territoriale. Così, può dire che la Lega è un partito nazionale » (Il ne prendra aucune voix. Au sud, le gens ne se disent pas « que la Ligue a changé ! ». Ils se disent « quel chaos avec la Ligue au pouvoir, restons-en là ». Je ne pense pas que Salvini aille à Naples pour les voix, il y va pour l’investiture. On lui a dit qu’il ne pouvait pas se présenter à la présidence du Conseil avec un parti territorial. Il peut ainsi dire que la Ligue est un parti national.)

Le journaliste insiste, et questionne : « Pourtant, le consensus atteint autour de la Ligue nationale semble avoir atteint des niveaux considérés jusqu’à peu inenvisageables ». Mais cela n’impressionne pas Bossi, qui répond : « A me pare abbastanza malridotta. Rischia di non salvarsi. Prima il Nord votava la Lega perché era il partito del Nord. La votava anche se non era d’accordo su qualche mia sortita, ma questa identità c’era. Ora, quale è? » (Elle me semble au contraire mal en point ; elle risque de ne plus pouvoir être sauvée. Jusqu’à présent le Nord votait pour la Ligue, parce qu’elle était le parti du Nord. Il votait pour elle même quand il ne soutenait pas quelques unes de mes positions, mais cette identité existait. Aujourd’hui, quelle est-elle ?)

Avant de conclure : « La Lega è nata per la libertà del Nord. Non diventerà un’altra cosa raccattando i voti di quattro fascistoni. Che tra l’altro sono voti che nessuno vuole e con cui non fai niente. » (La Ligue est née pour la liberté du Nord. Elle ne deviendra pas autre chose en récupérant les voix de quatre fascistes qui, soit dit en passant, sont des voix dont personne ne veut et qui ne permettent de rien faire).

Les choses ont le mérite d’être claires.

En Belgique, l’extrême-droite est divisée selon le même clivage qui oppose Wallonie et Flandre. De plus, l’extrême-droite flamande exacerbe cette division, en ciblant la Wallonie francophone.

En Wallonie, une difficulté se pose quand on veut étudier l’extrême-droite locale : son morcellement extrême, ainsi que les apparitions et disparitions multiples des divers mouvements. Toutefois, on peut évoquer le cas du du PFN, créé en 1983, et du FN belge, créé en 1985 par Daniel Féret.

Le PFN, qui porte le nom d’un parti dissident du FN français (voir article sur le Front National) va pourtant recevoir un soutien de poids, celui de Jean-Marie Le Pen. Le PFN défend des idées proches de la Nouvelle Droite, défend l’héritage du rexisme, et le suprémacisme blanc.

Après avoir absorbé le PFN en 1991, le FN doit encore faire face à un autre rival fondé en 1989 par des dissidents du PFN, et principalement implanté à Liège, AGIR.

Le FN obtient des scores anecdotiques dans divers élections locales en Wallonie et dans la région bruxelloise (4,02% et un premier élu, Hugues Walliers, président du FNJ, lors des communales de 1988 à Molenbeek, 3,3% et 2 élus régionaux lors de l’élection régionale bruxelloise de 1989), avant de connaître un premier succès, en juin 1994. Avec 175 732 voix et 7,9%, Daniel Féret est élu député européen. De plus, lors des élections communales du mois de septembre, le parti décroche 72 élus communaux. En mai 1995, le FN fait élire deux députés fédéraux, Marguerite Bastien et Hugues Walliez. Marguerite Bastien quitte le FN dès le mois de septembre, et crée un nouveau Front National. Suite à une décision de la Conférence des présidents de groupes de la Chambre qui la prive de l’utilisation de ce nom, elle fonde le Front Nouveau de Belgique.

En mai 2003, le FN fait élire deux sénateurs, puis un seul en juin 2007, Michel Delacroix. Quand, en septembre, Daniel Féret est exclu du parti, Delacroix le remplace à sa tête. Sa présidence ne dure pas : la divulgation d’une vidéo privée le montrant, poussant la chansonnette sur l’air de L’Eau vive, de Guy Béart, avec des paroles quelques peu modifiées : « Ma petite Juive est à Dachau, Elle est dans la chaux vive. Elle a quitté son ghetto, Pour être brûlée vive », l’oblige à démissionner.

Le FN sombre à nouveau dans les divisions, disparaît des écrans radars électoraux,puis disparaît complètement en 2012, sur fond d’interdiction de Marine Le Pen d’utiliser le nom et le logo « Front National ».

En Flandre, l’extrême-droite est avant-tout flamande, avant d’être belge. Le principal parti, le Vlaams Belang, dont une des figures est Filip Dewinter, a connu son moment de gloire en 2004, en devenant, avec 24,15% aux élections régionales pour le Parlement flamand, et 23,16% aux européennes, le deuxième parti de Flandre. Un score résultant d’un parcours débuté en 1978, mais non suivi d’effet à long terme, en raison de la concurrence de la N-VA, et de son charismatique leader, Bart de Wever. Entre 1989 et 2004, le VB a été mis au ban de la scène politique belge, par l’application, par tous les autres partis et par certains médias francophone d’un « cordon sanitaire ».

La Belgique a également connu une figure incontournable de l’extrême-droite de l’après guerre, Léon Degrelle. Fondateur et chef du mouvement rexiste entre 1936 et 1945, engagé volontaire dans la division SS Wallonie, décoré le 20 février 1944 de la croix de fer de la main même du Führer. Exilé en Espagne, où il décède en 1994, Degrelle – par ailleurs parrain du PFN – déclare en 1977 : « Je suis plus que jamais hitlérien. D’abord parce qu’Hitler était un génie immense [qui] (…) a remonté un pays du néant vers une grandeur extraordinaire en quelques années ».

Le Royaume des Pays-Bas voisin n’a pas véritablement connu de parti d’extrême-droite traditionnel. Cependant, depuis près de deux décennies, le pays connaît une montée du populisme. Tout a commencé en novembre 2001, quand le parti Leefbaar Nederland confie sa tête de liste, en vue des élections générales de mai 2002 à Pim Fortuyn. Fortuyn n’a pas le profil d’un leader d’extrême-droite : il est universitaire, ouvertement homosexuel, et se défend d’être d’extrême-droite. Toutefois, ses thèmes de campagne sont tout à fait dans la veine du national-populisme : lutte contre l’Union Européenne, lutte contre l’immigration, lutte contre l’islamisation, et lutte contre l’insécurité, tout en faisant le lien entre les quatre. Pourtant, une interview accordée le 9 février 2002 au quotidien de Volkskrant remet en cause cette alliance. Sous le titre « De islam is een achterlijke cultuur » (L’islam est une culture méprisable), Pim Fortuyn s’en prend violemment aux musulmans présents dans le pays. Leefbaar Nederland lui retire sous soutien, mais sa section rotterdamoise refuse cette décision, et, en mars 2002, lui confie la tête de liste pour l’élection municipale. Plus grand port Européen et bastion du Parti travailliste, Rotterdam compte près de 600 000 habitants, dont 47% sont d’origine étrangère. On y recense 174 nationalités différentes. La liste Leefbaar Rotterdam – Rotterdam vivable, remporte un tiers des sièges, et s’empare de la municipalité. Dans la foulée de son éviction de Leefbaar Nederland, Fortuyn fonde son propre parti, éponyme, la Liste Pim Fortuyn, en vue des élections générales à venir, en mai 2002. Les sondages sont bons, jusqu’à le créditer de 17% des intentions de vote.

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Léon Degrelle

Un événement inattendu va faire basculer le scrutin, le 6 mai 2002, quelques jours avant le scrutin, Pim Fortuyn est assassiné en pleine rue, par un militant écologiste d’extrême-gauche, souhaitant protéger « les plus vulnérables » ciblés par le candidat Fortuyn. Son assassin a été libéré en 2014, après avoir purgé les deux-tiers de sa peine.

Les élections sont un véritable succès pour la liste fortuyniste, qui, avec plus de 1,6 millions de voix, décroche 26 des 150 sièges à la Tweede Kamer, obligeant le Premier Ministre sortant, Jan Peter Balkenende, à former une coalition avec la LPF et le VVD, parti libéral. De son côté, la liste Pays-Bas vivables ne remporte que deux sièges.

Privée de son chef, la LPF se déchire, provoquant la chute du gouvernement, et de nouvelles élections législatives, en janvier 2003. La LPF n’obtient que 5,7% des voix et 8 sièges, et est finalement exclue de la nouvelle coalition formée. Son électorat de 2002 s’est largement reporté sur des partis de gauche, et en particulier sur le PvdA, Parti travailliste.

A Rotterdam, où la LPF dirige la municipalité depuis 2002, un grand débat sur l’islam a été organisé, entre juin 2004 et 2005. A l’origine, ces travaux, qui ont vu participer près de 6000 personnes, avaient pour but la rédaction d’une charte citoyenne, pour améliorer les relations entre les communautés. Retoquée par la droite, la charte a été revue, et ont finalement été mis en place sept commandements. Dans ce « Code de Rotterdam », on peut y lire : « En public, nous parlons néerlandais, que ce soit à l’école, au travail, dans la rue ou dans les maisons de quartier », une mesure qui vise les 10% des habitants ne sachant pas, selon la mairie, parler le néerlandais, et rapidement reprise par la ministre libérale de l’intégration, Rita Verdonk, qui souhaite l’étendre à l’ensemble du royaume. Elle devra faire face à une levée de boucliers généralisée, y compris jusqu’au sein de son parti, le VVD.

Avec les six autres commandements, le profil du « bon Rotterdamois » est dessiné : il «s’implique activement dans la société et est fier d’être rotterdamois» (règle 1), il «rejette l’extrémisme et dénonce à la police tout signe de radicalisation» (règle 3), il « élève ses enfants dans le respect de la culture et des traditions néerlandaises » (règle 4), il « respecte l’égalité entre hommes et femmes » (règle 5), « accepte l’homosexualité » (règle 6), et « reconnaît la liberté de religion et la séparation de l’Eglise et de l’Etat » (règle 7).

Le chef de la LPF rotterdamoise, Marco Pastors, est finalement écarté par ses alliés chrétien-démocrates, peu avant les élections municipales de 2006, pour avoir dénoncé « les délinquants se servant de leur foi pour légitimer leurs actes », pointant du doigt le fait que « les voyous chrétiens [avaient] le mérite de s’attaquer à tout le monde, tandis que les musulmans [s’acharnaient] sur les infidèles ».

Le Code de Rotterdam est lui aussi recalé par le Conseil municipal, cinq jours avant l’élection municipale de 2006.

En 2004, un autre assassinat secoue le royaume, celui du réalisateur Théo Van Gogh, réalisateur provocant et polémiste, habitué aux diatribes contre le gouvernement, la Reine, l’opposition, les juifs et les chrétiens. Depuis l’assassinat de Pim Fortuyn, Van Gogh s’intéressait également aux musulmans. Seul Métro, quotidien gratuit, continuait à lui laisser une tribune, tous les autres journaux « respectables » y ayant renoncé. Son assassin, d’origine marocaine, lui a tiré dessus à plusieurs reprises, avant de le rattraper, de l’égorger – le décapitant presque – et de le poignarder , laissant sur lui un appel au dijhad, et une liste de prochaines cibles, sur laquelle figurait une députée libérale, Ayaan Hirsi Ali. Née en Somalie, Ayaan Hirsi Ali avait trouvé asile politique aux Pays-Bas en 1992. Naturalisée en 1997, elle a travaillé avec le Parti travailliste, avant de le quitter, sur fond de désaccord sur l’immigration. Ralliée au Parti Libéral, elle est élue députée en 2003. A partir de 2004, elle collabore avec Van Gogh, pour un projet de film dénonçant les violences faites aux femmes au nom de l’islam radical.

En septembre 2004, un député du VVD opposé à la ligne de son parti, quitte le groupe au sein duquel il siégeait, notamment aux côtés d’Ayaan Hirsi Ali, pour siéger seul à la Tweede Kamer, sous l’étiquette Groep Wilders. Son nom est Geert Wilders, et il n’a pas fini de faire parler de lui.

Aux côtés de la LPF, mais aussi d’autres partis, de gauche comme de droite, il s’oppose à la ratification du traité établissant une constitution pour l’Europe. Cette campagne est couronnée de succès, lors du référendum du 1er juin 2005, au cours duquel 61,54% des néerlandais rejettent cette ratification.

Lors des élections de 2006, Wilders se présente avec son nouveau parti, le Parti pour la Liberté (PVV). Il obtient un score intéressant et, avec 5,9% des voix, fait élire 9 députés. De son côté, la List Pim Fortuyn continue sa chute, avec seulement 0,2% des voix. Wilders a donc réussi à récupérer le créneau populiste, il ne le lâchera plus. C’est d’ailleurs une critique souvent formulée à l’encontre de celui qui compare le Coran à Mein Kampf : son engagement anti-islam ne serait dû qu’à son constat du vide dans le paysage politique sur ces sujets.

Le nouveau leader du populisme néerlandais est également la cible de menaces de mort, à tel point qu’il vit, ainsi que sa famille, sous une protection rapprochée et continue. Il figure d’ailleurs sur la liste noire d’al Quaïda.

Wilders a également une façon très particulière – et originale – de concevoir le monde politique. Ainsi, il n’est pas possible d’adhérer à son parti, le PVV, d’ailleurs en fait constitué de l’association Groep Wilder. Les finances du parti passent par la Fondation des amis de Geert Wilders, également présidée par lui. Wilders, qui considère que les partis politiques doivent rester indépendants vis à vis de l’Etat, ne touche donc aucune subvention publique, contrairement aux autres partis néerlandais comptant plus de mille membres. La subvention annuelle de 165 000€ par élu à la Chambre basse, permettant de rembourser les frais de fonctionnement des élus, est la seule partie publique du financement du PVV. Les élus, de leur côté, versent volontairement entre 200 et 300€ par mois au parti. La majeure partie du financement dépend donc de donateurs privés.

Toutefois, avec l’obligation légale de publier la liste des donations supérieures à 4 500€, on sait par exemple qu’entre le 1er janvier 2015 et le 22 février 2017, le parti a reçu 155 834€, de la part de trois entités, dont deux sont américaines. Le David Horowitz Freedom Center, basé à Sherman Oaks, en Californie, a été le plus généreux : 21 916€ le 23 janvier 2015, 44 284€ le 9 février, puis 42 084€ le 13 du même mois. Et enfin, 22 034€ le 9 septembre 2016, soit un total de 130 280€.

De son côté, Fol Inc, basée à Buffalo, dans l’Etat de New York, a versé 6 854€ le 11 novembre 2016. Enfin, un particulier de Dordrecht a fait plusieurs dons de 4 500€, le 29 avril et le 12 juin 2015, puis le 18 août et le 16 décembre 2016.

Le PVV a également une façon inhabituelle de recruter ses candidats : Wilders publie des annonces, sélectionne les CV, et organise des entretiens. Les nouvelles recrues sont ensuite formées, mais ne sont pas encartées au parti.

En mai 2008, Wilders propose la tenue d’un référendum aux Pays-Bas et en Flandre, sur le rattachement de la région flamande, actuellement en Belgique, à son pays. Exploitant la crise politique secouant la Belgique, il explique que ce pays « ferait mieux d’arrêter d’exister ». Une proposition accueillie avec enthousiasme par le Vlaams Belang, parti d’extrême-droite flamand, qui milite pour l’indépendance de la Flandre, et par le groupe Voorpost, qui souhaite élargir cette union à la Flandre française.

En 2009, son parti caracole en tête des sondages pour le scrutin européen, habituellement intéressant pour les formations populistes. À l’issue du scrutin, il n’arrive qu’en deuxième position,et remporte 4 sièges.

Quelques mois plus tard, lors du scrutin législatif de 2010, il connaît une véritable montée en puissance, en obtenant 15,5% des voix, et 24 sièges à la Tweede Kamer, soit 15 de plus qu’en 2006. Il arrive en tête principalement autour de Maastricht. Le PVV, en position de force, fait figure d’arbitre. Finalement, il réussit à s’imposer : il ne participe pas au gouvernement mais lui apporte son soutien, et surtout, contribue à l’élaboration du programme commun. En avril 2012, il provoque la chute du gouvernement, suite à un désaccord au sujet du plan de rigueur prôné par le Premier ministre, Mark Rutte.

Car, à l’instar de Marine Le Pen en France, Wilders se veut le protecteur de l’Etat providence nééerlandais. En supprimant les aides aux immigrés, et en cessant de financer l’aide au développement et certains subventions culturelles, qu’il désigne comme des « passe-temps de gauche », Wilders promet, notamment lors de la campagne de 2017, de réinjecter 17,2 milliards d’euros dans l’Etat providence.

Eurosceptique, Wilders milite pour la sortie de la Roumanie et de la Bulgarie de l’Union européenne. En février 2012, le PVV a mis en ligne un site Internet, le Meldpunt Midden en Oost Europeanen, invitant les Néerlandais à dénoncer les migrants venus d’Europe de l’Est.

Sur le site, on peut notamment lire : « Deze massale arbeidsimmigratie leidt tot veel problemen; overlast, vervuiling, verdringing op de arbeidsmarkt en integratie- en huisvestingsproblemen. Voor veel mensen vormen deze zaken een serieus probleem. Klachten worden echter vaak niet gemeld, omdat men het idee heeft dat er toch niets mee wordt gedaan.

Heeft u overlast van MOE-landers? Of bent u uw baan kwijtgeraakt aan een Pool, Bulgaar, Roemeen of andere Midden- of Oost Europeaan? Wij willen het graag horen. De Partij voor de Vrijheid biedt u op deze website een platform om uw klachten te melden. Deze klachten zullen wij in kaart brengen en de resultaten daarvan aanbieden aan de minister van Sociale Zaken en Werkgelegenheid. », ce qui signifie : « Cette immigration de travail massive mène à beaucoup de problèmes : nuisance, pollution, changement du marché du travail, intégration, et problèmes de logement. Pour beaucoup de personnes, ces questions sont un problème sérieux. Les plaintes ne sont pas souvent rapportées, car les gens pensent que rien n’est fait.

Pâtissez-vous des ressortissants des pays de l’Europe centrale et orientale ? Avez-vous perdu votre travail à cause d’un polonais, d’un bulgare, d’un roumain ou d’un autre ressortissant de ces pays ? Nous voulons vous entendre. Le Parti pour la liberté, sur ce site web, vous offre une plate-forme pour rapporter vos plaintes. Ces plaintes seront suivies et les résultats présentés au Ministre des Affaires sociales et de l’Emploi ».

Résultat : 14 000 contributions enregistrées dès le jour du lancement. Marié à une ancienne diplomate hongroise, Wilders s’était également opposé à l’intégration de la Slovaquie au sein de l’UE.

En 2013, dans l’optique des européennes de 2014, il se rapproche de Marine Le Pen, pour former une alliance avec le FN, « devenu, à [ses] yeux, un parti sympathique ».

Le 19 mars 2014, dans le cadre de l’élection municipale à La Haye, il demande à ses militants, en meeting : « Willen jullie in deze stad en in Nederland meer of minder Marokkanen ? », « Voulez-vous plus ou moins de Marocains dans cette ville et aux Pays-Bas ? ». A la foule qui scande « Moins, moins », il répond « dan gaan we dat rege » « Nous allons nous en charger ! ». Condamné pour discrimination suite à ces propos, il critique le jugement, « complètement cinglé », et rendu par « trois juges qui haïssent le PVV ».

En juin 2016, quelques jours après le Brexit, Wilders présente une motion à la Tweede Kamer, demandant la tenue rapide d’un référendum sur le Nexit, la sortie des Pays-Bas de l’Union Européenne. Cette motion est largement repoussée, par 124 voix contre 14.

Bien avant Donald Trump, Wilders s’est fait connaître pour l’efficacité de son usage de Twitter : il maîtrise et apprécie particulièrement le format des 140 signes, qui lui permet de diffuser largement des messages chocs et percutants.

Accompagné de Nigel Farage, leader charismatique de l’UKIP, il assiste d’ailleurs à la cérémonie d’investiture de Donald Trump.

En mars 2017, Wilders publie, sur son compte Twitter, une affiche avec le slogan : « Islam of Vrijheid ? Dat is de enige keuze » (L’islam ou la liberté, c’est notre unique choix). Son programme de 11 points tient sur une feuille A4. En titre : « Nederland weer van ons ! », suivi, en introduction de « Miljoenen Nederlanders hebben schoon genoeg van de islamisering van ons land. Genoeg van de massa-immigratie en asiel, terreur, geweld en onveilgheid. Hier is ons plan : in plaats van het financieren van de hele wereld en mensen die we hier niet willen, geven we het geld uit aan de gewone Nederlander », ce qui signifie : « Des millions de citoyens néerlandais en ont assez de l’islamisation de notre pays. Assez de l’immigration massive et de l’asile, de la terreur, de la violence et de l’insécurité. Voici notre programme : au lieu de financer le monde entier et des gens dont nous ne voulons pas ici, nous allons dépenser l’argent pour les citoyens néerlandais ordinaires ».

Sont ensuite égrainés les 11 points, avant un paragraphe financier très succinct.

Aux côtés de mesures fortes pour « déislamiser » les Pays-Bas (point numéro 1), comme l’interdiction du Coran et la fermeture des mosquées, et rendre leur souveraineté aux Néerlandais, via le Nexit (point numéro 2) et la démocratie directe par référendums (point numéro 3), il promet également de ne pas augmenter l’âge de départ en retraite (point numéro 6), de réduire l’impôt sur le revenu (point numéro 10), et de supprimer les frais de santé (point numéro 4).

Malgré de bons sondages, tout au long de la campagne, le résultat ne sera pas au rendez-vous. Bien qu’augmentant son nombre de députés à la Chambre, le PVV ne fait pas la percée qu’il espérait.

Il a toutefois gagné une bataille de poids, comme l’avait déjà fait Pim Fortuyn en 2002 : les autres partis néerlandais, y compris le Parti travailliste, se sont emparés des thèmes de prédilection de Wilders, et ont affermi leurs positions sur ces questions.

La situation des Pays-Bas est alarmante et catastrophique, la moitié de la population urbaine est d’origine étrangère, mais néerlandais autochtones et allochtones vivent dos à dos. Le modèle communautariste des Pays-Bas a transformé l’un des pays les plus accueillants et tolérants d’Europe, en un pays où, d’après un sondage de 2004, 40% de la population souhaite que les étrangers ne se sentent plus chez eux aux Pays-Bas. Pourtant, le pays n’a jamais connu d’émeutes urbaines, ni d’affrontements raciaux, même dans les quartiers où, comme à Delfshaven, quartier de Rotterdam, 70% de la population est issue de l’immigration. De plus, le pays semble avoir toute les clés pour une intégration réussie : il ne faut que cinq ans de résidence pour obtenir le droit de participer aux scrutins locaux.

Partons désormais en Allemagne. Le pays du Reich censé durer mille ans a longtemps été rétif aux partis d’extrême-droite, même si leur présence aux élections remonte au début des années 50. Toutefois, dès les années 70, on a vu apparaître les premières résurgences de groupes néo-nazis, tandis que des petits partis d’extrême-droite se présentaient surtout lors d’élections locales.

Lors des élections fédérales d’août 1949, le Deutsche Reichspartei (DRP, Parti impérial allemand) obtient plus de 391 000 voix, et fait ainsi élire 5 députés au Bundestag. En 1951, il fait son entrée au Landtag de Basse-Saxe, avec trois mandats. Le DRP revendique l’héritage de l’empire allemand, et se démarque de l’hitlérisme. Cela provoque une scission, et la création du Sozialistische Reichspartei (SRP, Parti socialiste du Reich). Nostalgique de l’époque hitlérienne, le parti obtient 11% lors de l’élection régionale du 6 mai 1951 en Basse-Saxe, ce qui lui permet de décrocher 16 élus sur 158. Le 7 octobre 1951, le SRP obtient 7,7% et 8 sièges, devançant le parti communiste. Il est cependant interdit par le Tribunal constitutionnel fédéral, en raison de ses positions favorables au nazisme, estimée anti-constitutionnelles. Les 16 députés de Basse-Saxe sont révoqués le 23 octobre 1952, puis, le 1er avril 1953, le résultat de l’élection de 1951 est recalculé, sans tenir compte des voix obtenues par le SRP, et une nouvelle répartition des sièges est effectuée.

Cette dissolution va faire revenir des membres plus radicaux au sein du DRP.

Mais dès le scrutin fédéral de 1953, il disparaît du Parlement. Sa tête de liste, Hans-Ulrich Rudel, était pilote dans la Luftwaffe, et militaire allemand le plus décoré de la Seconde guerre mondiale.

Durant les années 50, il se contente de faire de la figuration lors de la plupart des élections locales, ne remportant qu’un siège au Landtag de Rhénanie-Palatinat lors des élections de 1959. Au niveau fédéral, il obtient 1% des voix en 1957, puis seulement 0,8% lors du scrutin de 1961, et finit par disparaître définitivement en 1964.

Son successeur ne tarde pas à voir le jour. Il s’agit du Parti national-démocrate d’Allemagne (NPD), fondé le 28 novembre 1964. L’année suivante, il obtient 2% lors du scrutin fédéral, et monte même à 4,3% lors de celui de 1969, passant très près du seuil d’entrée au Bundestag. En 1968, il avait obtenu 9,8% dans le Bade-Wurtemberg, gagnant 12 élus. Il lui faudra ensuite attendre septembre 2004, pour être à nouveau représenté dans un Lantag, en l’occurrence celui de Saxe.

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Affiches du NPD

En 1971, un nouveau parti voit le jour, la Deutsche Volksunion, ou Union populaire allemande. Son fondateur, Gerhard Frey est un ancien du NPD. Homme d’affaires millionnaire, il est le rédacteur en chef du National-Zeitung, principal journal de la droite nationale, fort de 80 000 lecteurs hebdomadaires. Un an plus tard, il fonde le Freiheitlicher Rat (Conseil de la liberté), qui organise une Marche sur Bonn en avril 1972, pour protester contre l’Ost-politik du Chancelier Willy Brandt, et qui réunit près de 5000 membres.

En 1987, la DVU et le NPD, longtemps rivaux, concluent une alliance : un seul des deux partis se présentera aux élections et prendra sur sa liste des candidats de l’autre parti, plutôt que de voir s’affronter deux listes. Ainsi, la DVU concourra lors du scrutin européen de 1989, tandis que le NPD le fera l’année suivante, pour le scrutin fédéral. Le NPD a des militants, mais pas d’argent, la DVU a de l’argent, mais pas de militant : l’association des deux semble prometteuse.

En 1987, lors de l’élection municipale de Brême, la DVU obtient 3,4% dans le Land. Grâce à un meilleur score à Bremerhaven, elle fait son entrée au Bürgerschaft, une première pour un parti nationaliste, depuis 1968. Dans les semaines précédant cette élection locale, la DVU a dépensé deux millions de Mark, soit plus que la SPD et la CDU réunies. Gerhard Frey ne lésine pas sur les moyens, en vue des européennes de 1989, et dépense pas moins de 17 millions de Mark dans la campagne, faisant de celle-ci une des plus coûteuse campagne électorale de l’histoire allemande. Sont notamment organisées trois sessions de distribution nationale de propagande électorale, en porte-à-porte, permettant la diffusion de 70 millions d’exemplaires. Mais le succès n’est pas au rendez-vous, et la DVU est écrasée par un autre rival, Die Republikaner, avec seulement 1,6% contre 7,1%. Pourtant, la DVU qui revendiquait 18 600 membres en 1988, voit ses rangs grimper jusqu’à 25 000 en 1989.

En septembre 1991, la DVU fait une percée à Brême, et fait élire 6 de ses membres. En avril 92, sa liste écrase celle des Republikaner, lors du vote pour le Landtag de Schleswig-Holstein. Mais ces succès locaux s’arrêtent à Hambourg, en septembre 1993, lors d’un scrutin qui voit les Republikaner obtenir 4,8%, contre 2,8% à la DVU.

La DVU, criblée de dettes, ne participe d’ailleurs pas à l’élection fédérale de 1994. De plus, en 1991, le NPD change de dirigeant : à Martin Mußgnug succède Günter Decker, un ancien rival de Frey. Cette succession provoque un divorce entre la DVU et son ancien partenaire.

Frey tente donc de se rapprocher des Republikaner, malgré ses nombreuses attaques contre Schönhuber dans ses différents journaux. Ce rapprochement a une conséquence directe et brutale : Schönhuber est écarté de la direction de DR, et son poulain est battu par un putschiste, Rolf Schlierer.

Lors des européennes de 2014, le NPD fait élire son ancien dirigeant de 1996 à 2011, Udo Voigt dont le père était SA, au Parlement européen. Habitué aux dérapages, il a été condamné en 2004, pour avoir qualifié Adolf Hitler de « grand homme d’Etat ». En décembre 2007, interviewé par des journalistes iraniens, et devant les caméras de la chaîne de télévision publique ARD, il déclare « Sechs Millionen kann nicht stimmen. Es können maximal 340.000 in Auschwitz umgekommen sein. Dann sagen zwar die Juden immer: Auch wenn nur ein Jude umgekommen ist, weil er Jude ist, ist das ein Verbrechen. Aber es ist natürlich ein Unterschied, ob wir für sechs Millionen zahlen oder für 340.000. Und dann ist auch irgendwann die Einmaligkeit dieses großen Verbrechens – oder angeblich großen Verbrechens weg. » (Six millions de morts, cela ne peut pas être exact. Au maximum, 340.000 personnes sont mortes à Auschwitz. Ce que disent toujours les juifs, c’est ‘même si un seul juif était mort parce qu’il est juif, ce serait un crime’. Mais il y a une différence entre payer pour 6 millions (de morts) et pour 340.000″, a déclaré Udo Voigt dans une interview diffusée par la chaîne publique de télévision ARD. Désormais, l’unicité de ce grand crime, ou grand crime présumé, n’est plus.

Cet interview est également l’occasion de réclamer le retour à l’Allemagne des territoires perdus en 1945 « Pommern, Westpreußen, Ostpreußen, Schlesien, ob das Königsberg ist, ob das Danzig ist, ob das Breslau sind, das sind alles deutsche Städte für uns » (La Poméranie, la Prusse occidentale, la Prusse orientale, la Silésie, peu importe que ce soit Kaliningrad [aujourd’hui en Russie], Gdansk ou Wroclaw [Toutes deux en Pologne], toutes ces villes sont pour nous des villes allemandes).

Son bras droit, Sascha Rossmüller explique également avoir demandé une aide financière au président iranien, Mahmoud Ahmadinejad. L’Iran avait accueilli, en décembre 2006, un festival négationniste. Avant d’ajouter qu’Ahmadinejad serait un très bon allié pour la nouvelle Allemagne.

Le 25 mars 2008, Voigt est à nouveau inculpé, cette fois ci d’incitation à la haine raciale. En cause, des tracts du parti remontant à 2004. On y voyait un joueur de foot, tête exceptée – mais le joueur du Werder de brême, Patrick Owomoyela, de père nigérian et de mère allemande s’y était reconnu – accompagné d’un slogan : « Weiß, Nicht nur eine Trikot-Farbe ! Für eine echte NATIONAL-Mannschaft ! », c’est à dire : « Blanc, pas seulement une couleur de maillot (en rapport à la couleur de l’équipe nationale allemande) – Pour une véritable équipe nationale ». Owoyolema avait déposé plainte, et obtenu le retrait du tract. En 2008, le parti sort un nouveau tract. On peut y voir onze joueurs de foot stylisés, dont un seul a la tête représentée par un rond blanc, parmi les ronds noirs, marrons, rouges et jaunes. Là encore, le slogan ne laisse pas la place au doute : « Nationalelf 2010 ? » interroge le tract, c’est à dire « Le onze national en 2010 ? ». Le parquet de Berlin estime que ces tracts, affirmant que les joueurs non blancs sont indignes de représenter l’Allemagne, son une incitation à la haine, et inculpe Udo Voigt et deux autres responsables du parti. Voigt est condamné à un an de prison avec sursis, assorti d’une mise à l’épreuve, en mai 2014, un mois avant le scrutin européen.

En mars 2010, intervenant devant le Conseil de secteur de Berlin Treptow-Köpenick à l’occasion du 65e anniversaire de la libération du joug national-socialiste, Voigt avait saisi l’occasion pour rendre hommage à la Waffen-SS : « Im Gegensatz zu den Inhalten Ihres Antrages verneigen wir uns auch vor den tapferen Soldaten der deutschen Wehrmacht, des Heeres, der Luftwaffe, der Marine und der Waffen-SS, die bis zum letzten Tag ihrer Pflicht nachgekommen sind. », c’est à dire « Nous nous inclinons aussi devant les soldats courageux de la Wehrmacht, de l’armée de terre, de l’armée de l’air, de la marine et des Waffen-SS, qui ont accompli leur devoir jusqu’au dernier jour ».

En août 2011, avant les élections berlinoises, il apparaît sur une affiche du parti. On le voit, à moto, avec comme slogan « Gas geben ! », que l’on peut traduire par « Plein gaz ». Cette affiche sera notamment placardée devant le musée juif de Berlin.

En 2011, Voigt est battu par un de ses rival, Holger Apfel. Mais le nouveau président du NPD ne fait pas long feu, soupçonné d’être homosexuel, il est remplacé en décembre 2013 par Udo Pastörs, nettement plus radical.

Le NPD compte environ 7 000 membres, a des comités régionaux dans l’ensemble des Länder, mais également un mouvement jeune, nommé Jungen Nationaldemokraten, ainsi qu’une organisation pour les femmes, la Ring Nationaler Frauen. Sous la présidence de Voigt, le parti a triplé ses effectifs. Toutefois, il connaît de graves problèmes financiers. Ainsi, le 15 mai 2009, le tribunal administratif de Berlin a confirmé sa condamnation à une amende de 1,27 millions d’euros, pour des irrégularités dans sa comptabilité, datant de 2007. Cette amende, tout d’abord de 2,5 millions d’euros, avait été infligée par le Bundestag, un mois auparavant. Ce n’est pas la première fois qu’une telle condamnation est prononcée, le tribunal administratif de Berlin avait déjà condamné le NPD à rembourser 870 000 euros de fonds publics, à cause de fausses attestations de dons remontant aux années 1997/1999. Pour l’avocat du parti, les coûts mensuels du NPD sont de 110 000 euros, et le parti ne gagne que 30 000 euros par mois grâce aux cotisations et aux dons. Ainsi, le priver de fonds publics semble le faire courir à sa perte. L’assèchement financier serait-il la solution trouvée par l’Etat allemand pour supprimer le NPD, après deux tentatives d’interdiction ?

La première tentative, en 2003, faisait suite à un attentat à la bombe perpétré à Düsseldorf en juillet 2000, et jamais élucidé. Il avait fait dix morts, dont six étaient de confession juive. Le NPD, à l’instar des deux autres partis d’extrême-droite, n’avait rien d’apparemment très menaçant, avec ses 6 500 membres revendiqués en 2000. Toutefois, le chancelier social-démocrate Gerhard Schröder l’avait pris pour cible prioritaire, en raison de ses liens avec les mouvements skinheads, par le biais de son organisation jeune. En effet, entre 1990 et 2000, les agressions commises par des skinheads avaient fait une centaine de victimes, pour la plupart étrangères. En janvier et en mars 2001, le Bundestag et le Bundesrat, et le Gouvernement allemand, avaient déposé un recours visant à l’interdiction du NPD, une première depuis les interdictions de 1952 et 1956. Au cours des travaux de la Cour de Karlsruhe, des révélations avaient dévoilé la présence d’indicateurs des services de renseignement allemands, infiltrés au sein du NPD, et en premier lieu, un des témoins clés, un des pontes du parti, Wolfgang Franz, 36 ans de service pour les renseignements intérieurs du Land de Rhénanie du nord-Westphalie. Finalement, pas moins de dix témoins se sont révélés être des informateurs, ce qui a poussé la Cour de Karlsruhe a déclarer le vice de procédure.

C’est à nouveau une vague de meurtres racistes, commis par la NSU dont on reparlera, qui est à l’origine de la nouvelle demande, déposée en 2013 par le Bundesrat. Une demande repoussée à l’unanimité le 17 janvier dernier. La deuxième chambre de la cour constitutionnelle, tout en reconnaissant que le NPD a des objectifs anticonstitutionnels, n’estimant pas qu’il existe suffisamment d’éléments laissant penser que son action puisse être un jour couronnée de succès.

Le NPD est particulièrement actif en ex-RDA, auprès des jeunes, tout d’abord, en se substituant à des services publics défaillants, mais également, via son organisation féminine, dans les associations de parents d’élèves.

Le nazisme n’a pas laissé le même traumatisme partout, et c’est en Autriche, pays de naissance de Hitler, et annexé en 1938 dans la « Grande Allemagne », que l’extrême-droite connaît ses meilleurs succès.

Le 25 mars 1949 est créée la Fédération des Indépendants (Verband der Unabhängigen, VdU). Sous cette application qui semble anodine, on retrouve des anciens partisans du nazisme. Aux élections de 1949, le parti obtient 11,7%, et 16 des 165 sièges du Conseil national. Entre 1949 et 1945, le corps électoral autrichien est passé de 3,4 millions d’électeurs à 4,3 millions. Une grande majorité de ces 900 000 nouveaux électeurs est constituée d’anciens prisonniers de guerre, de rapatriés expulsés de pays voisins, mais aussi de 482 000 anciens nazis, qui n’avaient pas eu le droit de voter en 1945, mais qui avaient été amnistiés en avril 48.

En 1953, il n’obtient que 10,9% et perd deux sièges. Gangrenée par les conflits internes, entre une tendance libérale et une tendance nationaliste allemande, la VdU finit par disparaître en 1956, et est absorbée par le nouveau FPÖ, Parti de la Liberté d’Autriche.

Petit parti, le FPÖ devient tout de même un partenaire politique important, notamment quand Bruno Kreisky, chef des socialistes autrichiens et chancelier depuis 1970, fait adopter, le 11 mai 1983, un accord de gouvernement entre son parti et le FPÖ. Le SPÖ a perdu la majorité absolue lors des élections du 24 avril 83, et ne dispose que de 90 sièges sur 183, les 12 élus du FPÖ sont donc essentiels. Friedrich Peter, président du FPÖ, est censé devenir 3e vice-président du Parlement. Son parcours n’est pourtant un secret pour personne : engagé volontaire à 18 ans dans la SS, il appartenait à la première brigade d’infanterie SS, chargée notamment d’exterminer les populations juives et tsiganes de la région de Minsk. Ses informations ont été révélées dès 1975, par Simon Wiesenthal, au moment où Kreisky envisageait déjà un soutien du FPÖ à un éventuel gouvernement minoritaire du SPÖ. Le chancelier avait répliqué en défendant bec et ongle Friedrich Peter, et en accusant Simon Wiesenthal de mentir, et d’avoir été en lien avec la Gestapo pendant la Seconde guerre mondiale. Une position saluée par le Deutsche National und Soldaten Zeitung, journal néo-nazi allemand.

Le FPÖ de l’époque est dominé par son courant libéral, mais ce vernis ne tarde pas à se craqueler. En janvier 1985, à Graz, le ministre de la Défense, Friedhelm Frischenschlager reçoit Walter Reder, ancien officier SS. Condamné en 1951 à la prison à vie, pour son rôle dans le massacre de Marzabotto, durant lequel, entre le 29 septembre et le 5 octobre 1944, entre 770 et 1830 civils italiens avaient été assassinés, il avait vu sa peine réduite et venait d’être libéré et de rentrer en Autriche.

En septembre 1986, lors du congrès d’Innsbruck, le courant national-allemand reprend la présidence du FPÖ, avec l’élection de Jorg Haider qui, sans appartenir au courant national allemand, a pour but de rediriger le parti vers des positions plus fermes. Nationaliste, son programme est également libéral – farouchement opposé à la bureaucratie, qu’elle soit viennoise ou bruxelloise, favorable à une flat tax et à une baisse des impôts – sans oublier le côté social, avec notamment des mesures d’amélioration du système éducatif, et l’augmentation des aides aux plus démunis.

Engagé en Carinthie, Haider en devient gouverneur en 1988, il va faire de ce Land son laboratoire pendant trois ans. Le 13 juin 1991, lors d’un discours devant le Parlement de Carinthie, il déclare « Na, das hat’s im Dritten Reich nicht gegeben, weil im Dritten Reich haben sie ordentliche Beschäftigungspolitik gemacht, was nicht einmal Ihre Regierung in Wien zusammenbringt. Das muss man auch einmal sagen. » (Cela ne serait pas arrivé sous le Troisième Reich, car le Troisième Reich, ils ont mené une politique de l’emploi correcte, ce que n’arrive pas à faire votre gouvernement à Vienne. Il faut le dire aussi, parfois.)

Suite à ces propos, il est forcé à démissionner de ses fonctions de gouverneur.

Le 19 décembre 1995, interrogé par l’ORF, il explique : « Die Waffen-SS war Teil der Wehrmacht und es kommt ihr daher alle Ehre und Anerkennung zu. » (La Waffen-SS était une partie de l’Armée allemande, et par conséquent, elle mérite les honneurs et la reconnaissance de l’armée dans la vie publique).

Haider retrouve la Carinthie en 1999, soutenu par les conservateurs de l’ÖVP. Le 12 novembre 1999, il se rend à Vicence, en Italie, pour un meeting commun avec Umberto Bossi,leader de la Lega Nord. Il y proclame « Es lebe Padania », « vive la Padanie ».

A Trévise, Haider est également le bienvenu. En 1997, le maire, Giancarlo Gentilini, a fait enlever les bancs publics près de la gare, dans les parcs et dans d’autre endroits, car des migrants s’y étaient installés. Si, à Trieste, le maire de la ville se contente, pour le recevoir, de respecter le protocole, le président de la région autonome du Frioul-Vénétie julienne, proche de Berlusconi, apprécie beaucoup son collègue de Carinthie. Les deux régions ont d’ailleurs passé un grand nombre d’accords de coopération régionale. Plus au nord, Haider est également admiré par Pius Leitner, chef des Freiheitlichen, les libéraux, parti de droite populiste qui défend les intérêts des germanophones dans le Trentin-Haut Adige.

Sur le plan national, lors du scrutin de novembre 1999, le FPÖ crée la surprise, en arrivant en deuxième place, devant le SPÖ. Et, après une longue période de tractations, une coalition de droite, réunissant l’ÖVP et le FPÖ est mise en place. Le bras-droit de Haider, Susanne Riess-Passer devient vice-Chancelière et ministre de la Fonction publique Le parti obtient six ministères sur onze, à celui occupé par Susanne Riess-Passer, viennent s’ajouter ceux des Finances, de la Justice, de la Défense nationale, de la Sécurité sociale et des Transports. En réponse, les quatorze autres pays de l’Union européenne, présidée par le Portugal, avaient, dès le 31 janvier 2000, préparé un arsenal de mesures de rétorsion : suspension des contacts bilatéraux officiels avec l’Autriche, réception cantonnée au niveau technique des ambassadeurs autrichiens, refus du soutien aux candidats autrichiens dans les organisations internationales. Des mesures effectivement mises en œuvre après la formation du gouvernement de coalition noir-bleu, le 3 février 2000. De leur côté, Israël et les Etats-Unis rappellent leurs ambassadeurs.

En juin 2000, la Présidence portugaise de l’UE propose le maintien des sanctions contre l’Autriche, dans l’attente d’un rapport présenté par trois personnalités, désignées par le président de la Cour européenne des droits de l’Homme, afin de surveiller l’attitude du gouvernement autrichien vis à vis des exigences européennes, notamment concernant l’immigration, les droits des minorités et les réfugiés.

Dans La Padania, organe de presse de la Ligue du Nord, on s’insurge face à ces sanctions : l’Union européenne n’a pas à s’immiscer dans les affaires politiques de ses Etats membres. De l’autre côté des Alpes, on se souvient des menaces énoncées en 1994, lors de la victoire de Berlusconi, alliés à la Lega et à l’Alleanza Nazionale.

Le 23 février 2001, en pleine campagne municipale à Vienne, Haider attaque le maire SPÖ Michael Haüpl : « Der Häupl hat einen Wahlkampfstrategen, der heißt Stanley Greenberg den hat er sich von der Ostküste einfliegen lassen! Liebe Freunde, ihr habt die Wahl, zwischen Spin-Doctor Greenberg von der Ostküste oder dem Wienerherz zu entscheiden. Wir brauchen keine Zurufe von der Ostküste. Jetzt ist einmal genug ! » (Häupl a un conseiller pour sa campagne qui s’appelle Stanley Greenberg. Il l’a fait venir de la Côte est. Chers amis, vous avez le choix de voter pour le stratège Greenberg de la Côte Est, ou pour de véritables Viennois. Nous n’avons pas besoin de gens de la Côte Est, nous en avons déjà assez !). Par l’appellation « Côte Est », l’extrême-droite désigne New York et le lobby juif américain.

Brouillé avec son ex-bras droit devenue vice-Chancelière, voulant rétablir son autorité sur le parti, en dégageant les partisans du pangermanisme, et voyant d’un mauvais œil la montée du vice-président du FPÖ, Heinz-Christian Strache, Haider quitte le parti en 2005, pour fonder le BZÖ. Les six ministres de son ancienne formation l’accompagnent, tandis que Strache devient président du FPÖ. Divisée, l’extrême-droite obtient tout de même 29 sièges lors des élections de 2006, 21 au FPÖ et 8 au BZÖ, un score plus élevé qu’en 2002 (18 sièges), mais bien loin des 52 sièges conquis en 1999. Une grande coalition, réunissant ÖVP et SPÖ est mise en place, tenant ainsi le FPÖ et son rival à l’écart.

En octobre 2007, le FPÖ lance une pétition réclamant un référendum contre l’intégration de la Turquie dans l’UE. Dans un pays où jusqu’à 80% de la population se dit opposée à cette entrée, le sujet fait l’unanimité, écologistes exceptés. L’annonce, en juin 2008, par les dirigeants du SPÖ qu’ils sont favorables au recours au référendum sur des questions ayant trait à l’avenir de l’Europe, et notamment sur l’intégration de la Turquie dans l’UE, provoque la rupture de la coalition ; des élections législatives anticipées sont convoquées le 28 septembre 2008. Les deux partis frères, mais désormais éloignés – Haider a adopté une ligne résolument tranchée et prône désormais un rapprochement avec l’ÖVP – profitent de la baisse des deux partis sortants, en gagnant 14 sièges chacun. Le FPÖ remporte 35 sièges et le BZÖ 21. Ce dernier arrive en tête dans tous les districts de Carinthie, tandis que le FPÖ est distancé partout dans le pays.

Dans la nuit du 10 au 11 octobre 2008, Haider, fortement alcoolisé, roule à 142 km/h sur une route limitée à 70, et trouve la mort dans un accident. L’Autriche, sous le choc, pleure à chaudes larmes son fils disparu. Quelques jours plus tard, invité par l’ORF, radio publique autrichienne, Stefan Petzer, qui assure l’intérim, révèle entretenir une relation avec Haider depuis plusieurs années. Une dispute entre les deux amants est également à l’origine de cette consommation excessive d’alcool d’Haider, dans les heures précédant le drame. La réponse du BZÖ ne se fait pas attendre : Petzer est remplacé, à la tête du groupe parlementaire, par Josef Buchner.

En octobre 2013, le BZÖ place, à sa tête, Gerald Grosz. Grosz avait conclu, en mai de la même année, un « partenariat enregistré », une union réservée aux couples homosexuels, en Autriche. Et quelques mois avant de prendre la tête du parti, il soutenait l’adoption pour les couples gays. Qui aurait cru qu’un jour, un parti aussi à droite, pourrait avoir à sa tête un dirigeant ouvertement homosexuel ? Preuve que là aussi, tout peut changer ?

Du côté du FPÖ, les choses évoluent également, du moins, les têtes. Après Barbara Rosenkranz, candidate du parti à l’élection présidentielle de 2010, qui défendait l’abrogation des lois interdisant la propagande nazie, au nom de la liberté d’expression, le nouveau héraut du populisme autrichien s’appelle Norbert Hofer. Issu de l’aile libérale du FPÖ, Hofer, candidat à l’élection présidentielle du printemps 2016, mène une campagne axée contre l’islam et l’immigration. Sur ses affiches, on peut lire « So wahr mir Gott helfe », « avec l’aide de Dieu ». À l’issue du 1er tour, Hofer fait la course en tête, ayant obtenu 35,05%. Son adversaire écologiste pour le second tour n’a lui rassemblé que 21,34%. Pourtant, il l’emporte au second tour, avec seulement 50,35% face à 49,65 à Hofer, pourtant majoritaire en terme de Länder remportés. Son Land d’origine, le Burgenland, lui offre son meilleur score, avec 63%. Viennent ensuite la Carinthie (58,1%), la Styrie (56,2%), Salzbourg (52,8%) et la Basse-Autriche (52,6%). Il n’obtient que 36,7% à Vienne.

Mais ce second tour est annulé, et, le 4 décembre 2016, les Autrichiens retournent aux urnes. L’écart est cette fois plus important, et toujours en faveur du candidat écologiste, qui l’emporte avec 53,8% des voix. Hofer n’est plus majoritaire que dans le Burgenland (58,1%), en Carinthie (56,6%) et en Styrie (52,7%).

L’Autriche ne sera donc pas le premier pays européen à avoir un président issu de la droite populiste.

On pourrait également évoquer le cas de la Suisse, et des quatre pays scandinaves, Danemark, Norvège, Suède et Finlande. En Suisse, l’UDC bénéficie du système de concordance, propre à la Confédération, et participe au gouvernement depuis sa création, en 1971. Entre 1971 et 1995, le parti ne décroche pas de la quatrième place, lors des scrutins successifs au Conseil national. Mais, sous l’impulsion de son président, Christoph Blocher, le parti devient le premier parti de Suisse lors du scrutin de 1999, une position incontestée depuis. Loin de s’éroder, l’UDC a même obtenu le meilleur score de son histoire, lors des élections de 2015, avec près de 30% des voix, et 65 élus sur les 200 du Conseil national. Blocher, soutien actif du régime d’Apartheid quand il était en place en Afrique du Sud, considère le Front National comme « un parti de gauche ». L’homme est un provocateur, et ce goût pour la provocation se retrouve jusque sur les affiches du parti. Ainsi, on se souvient de celle, placardée en 2007, où des moutons blancs chassaient un mouton noir d’un drapeau suisse symbolisant le territoire de la Confédération. Sur une autre, des corbeaux noirs de jais, viennent picorer la Suisse, comme une évocation du proverbe espagnol « Cria cuervos, te sacaran los ojos / élève des corbeaux, ils te crèveront les yeux ». En 2015, lors de la campagne pour les élections fédérales, l’UDC jeune réalise une affiche choc : on peut y voir une jeune femme blonde, habillée aux couleurs de la Suisse, et ligotée. Derrière elle, un djihadiste barbu s’apprête la décapiter. Mais, sur son bras, on peut voir un brassard « UE » bleu et jaune, et en fond, un drapeau européen. Le slogan : « Gardez la tête sur les épaules, votez UDC ».

Parmi les succès de l’UDC, l’on peut évoquer la victoire du non au référendum sur l’adhésion de la Suisse à l’Espace Economique Européen, en 1992, mais également l’initiative populaire contre la construction des minarets (2009), celle pour le renvoi des étrangers criminels (2010) et celle contre l’immigration de masse, adoptée de justesse en 2014. Le 16 avril 2017, Walter Wobmann, conseiller national UDC de Soleure, a confié au journal Le Matin son souhait de faire interdire la distribution du Coran. Il s’est déjà illustré, en septembre 2016, pour avoir fait voter par 88 voix contre 87, une initiative parlementaire visant à interdire la burqa sur le territoire helvétique.

Au Danemark et en Norvège, sous l’impulsion de deux femmes, Pia Kjærsgaard et Siv Jensen, les partis populistes sont installés confortablement sur la scène politique et sont devenus incontournables. En Suède, avec les Démocrates suédois, et en Finlande, avec les Vrais Finlandais, le populisme gagne du terrain, sans atteindre le niveau des pays voisins.

En Europe occidentale, trois pays font figure d’exception : l’Espagne, le Portugal, le Royaume-Uni. L’extrême-droite et le national-populisme y ont été ou y sont encore totalement absents, ou réduits à la portion congrue. En Espagne, cette situation s’explique facilement : à la chute du franquisme a été créée, par d’anciens partisans du régime, l’Alianza Popular, qui a fusionné avec d’autres partis en 1989, pour donner le Partido Popular devenu ainsi le parti de toute la droite, y compris la plus extrême. Il faut toutefois évoquer Blas Piñar, même si le mouvement qu’il a créé, Fuerza Nueva, n’a pas marqué par sa longévité. En 1966, Blas Piñar lance une revue, qui porte déjà le nom Fuerza Nueva. Le parti ne naît que dix ans plus tard, le 19 octobre 1976, avec comme but, l’entretien de l’héritage de la « croisade » franquiste de 1936, et du règne du Caudillo, disparu le 20 novembre 1975. Le 15 juin 1977 ont lieu les premières élections depuis la fin de l’époque franquiste. Fuerza Nueva s’y présente en coalition, sous le nom de Alianza Nacional 18 de Julio – en hommage au coup d’État du 18 juillet 1936 à l’origine de la Guerre d’Espagne – aux côtés des Círculos Doctrinales José Antonio – du nom du fondateur de la Phalange, José Antonio Primo de Rivera – et de l’Agrupación de Juventudes Tradicionalistas. Le résultat final n’est pas brillant : 67 336 voix, soit 0,37% seulement, et aucun élu. Toutefois, la coalition dépasse ses rivales phalangistes.

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Blas Pinar

Fuerza Nueva, tout comme d’autres organisations franquistes telles que la Falange Española de las Juntas de Ofensiva Nacional Sindicalista (FE de las JONS) issue de la fusion, en 1934, de la Phalange et de la JONS, appelle à voter « Non » au référendum du 6 décembre 1978, sur la nouvelle Constitution pour l’Espagne. Mais le « Oui » l’emporte largement, avec 91,81% des voix.

Lors des élections de mars 1979, les trois partis renouvellent l’expérience de la coalition. Réunis sous le nom Unión Nacional, avec comme nouveaux partenaires la FE de las JONS, la Comunión Tradicionalista et la Confederación Nacional de Combatientes, ils obtiennent 378 964 voix et décroche un élu, Blas Piñar, élu dans la Communauté de Madrid avec 110 730 voix et 4,8%. Le 29 avril 79, les Cercles doctrinaux José Antonio rejoignent la Phalange de la Jons.

En octobre 1982 a lieu un raz-de-marée de gauche : le PSOE obtient 48,11% des voix ; Fuerza Nueva doit se contenter, avec ses 108 746 suffrages, de 0,52%, perdant ainsi son unique siège. Elle est dissoute le 20 novembre 1982.

En 1986, Piñar crée un nouveau parti, le Frente Nacional, avec le soutien du FN français et du MSI italien. Le FN espagnol ne connaît pas le même succès que son homologue et homonyme français, et disparaît en 1993.

De son côté, la FE de la JONS continue son chemin. Dans les années 80, elle obtient entre 0,12 et 0,22% des voix aux différents scrutins, puis, dans les années 90, 0,03% (législatives de 1993) et 0,06% (européennes de 1994). Les années 2000 ne sont guère mieux, et les années 2010 lui offrent à la fois le pire score de son histoire (0,01% aux législatives de 2011) et une remontée relative (0,14% aux européennes de 2014).

A Paris, le Cercle Franco-Espagnol, fondé en 1982 par Olivier Grimaldi, ancien d’Ordre Nouveau et membre du PFN français, donne chaque année une messe de requiem à la mémoire du Caudillo et de José Antonio Primo de Rivera, tous deux décédés un 20 novembre, à 39 ans d’intervalle. Dans quelle église ? À Saint-Nicolas-du-Chardonnet, bien entendu.

Au Portugal, le Parti National Rénovateur n’a pas dépassé les 0,5% lors des élections de 2015, malgré la crise économique qui ravage le pays depuis 2008. Pour ses militants, la faute incombe aux médias, qui ostracisent le parti. Ou alors, à la chute du salazarisme, en 1974, qui a déplacé la scène politique portugaise vers la gauche : même les deux partis de droite sont des « centristes ». Le parti s’est beaucoup inspiré du FN français, on le voit par son logotype, une flamme bleue et rouge – bien loin du drapeau vert et rouge du pays, au moins le FN belge a décliné le logo avec ses propres couleurs – et par son slogan, « Portugal aos Portugueses », « Le Portugal aux Portugais ».

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Vers un Portugal identitaire ?

Terminons par le Royaume-Uni. Là, l’extrême-droite a longtemps été groupusculaire, proche des milieux skinheads et adepte de la violence. On peut citer trois mouvements principaux, l’English Defence League, le British National Party, et le groupe Blood and Honor. Fondé en 1993, le UKIP (United Kingdom Independence Party) a mis de longues années avant de percer, d’abord grâce aux scrutins européens. En 1994, pour son premier test électoral, il obtient 1%, avec 150 251 voix, un score insuffisant pour faire son entrée au Parlement européen. Lors des élections générales de 1997, il ne conserve que les deux-tiers de sa base électorale, avec 105 722 voix, mais elles ne représentent plus que 0,3% des suffrages. Dès le scrutin européen de 1999, le parti passe à près de 700 000 voix, et fait élire 3 députés européens. Pourtant, lors des élections générales de 2001, il régresse à 390 563 voix.

Même phénomène, mais amplifié, entre les européennes de 2004 (2,65 millions de voix et 12 députés européens) et les générales de 2005 (environ 605 000 voix). En 2009, s’il n’obtient plus que 2,5 millions de voix, il conquiert cependant un siège supplémentaire. Mais, encore une fois, il ne transforme pas l’essai l’année suivante. Toutefois, avec 919 000 voix, il obtient un score inédit lors d’une élection générale.

Enfin, comme dans beaucoup d’autres pays européens, les européennes de 2014 sont un franc succès pour l’UKIP : 4,3 millions de voix, et 24 des 73 députés européens britanniques, le voilà devenu le premier parti du royaume. Pour la première fois, le parti explose son compteur de votes lors du scrutin général de 2015. Mais, suffrage majoritaire oblige, malgré ses 12,6%, et sa troisième place, il n’obtient qu’un seul député à la Chambre des Communes, Douglas Carswell, réélu à Clacton, dans l’Essex. En 2010, il avait été élu sous l’étiquette du Parti Conservateur, avant d’être réélu sous l’étiquette UKIP lors d’une élection partielle organisée en 2014.

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UKIP : un parti qui fait de plus en plus de bruit

La plus grande victoire de l’UKIP lui a été offerte par le Premier ministre conservateur, David Cameron, par sa promesse de janvier 2013, quant à l’organisation d’un référendum sur le Brexit, raison d’être du parti de Nigel Farage. Organisé le 23 juin 2016, le référendum voit la victoire du oui, avec 51,89% des votes.

Carswell a à nouveau quitté l’UKIP le 25 mars 2017, expliquant « I switched to UKIP because I desperately wanted us to leave the EU. Now we can be certain that that is going to happen, I have decided that I will be leaving UKIP » (J’avais rejoint l’UKIP car je voulais désespérément que nous quittions l’UE. Maintenant, nous pouvons être certains que cela va arriver, j’ai décidé de quitter l’UKIP).

Cette défection illustre les difficultés que risque de connaître l’UKIP pour subsister lors des prochaines élections générales : à quoi peut donc servir un parti, dont le principal but a été atteint ?

Ce sera aux électrices et aux électeurs britanniques de trancher, réponse en 2020.

Depuis les européennes de 2014, l’extrême-droite ou les partis national-populistes qui lui ont succédé, sont en position de force en Europe occidentale. Pourtant, pays scandinaves et Suisse mis à part, ils n’ont pas encore accédé au pouvoir, même si certains, comme le FPÖ autrichien, en sont passé très près.

Mais, ailleurs en Europe, la droite nationale et conservatrice a le vent en poupe, c’est notamment le cas en Hongrie et en Pologne, mais ce sera le sujet de notre prochain épisode.

En attendant, Marine Le Pen va tenter sa chance dans quelques jours, peut-être parviendra-t-elle à faire entrer la France dans le club des pays gouvernés par un parti populiste ?

1La Cassa del Mezzogiorno est un fonds créé en 1950 pour aider le sud de l’Italie

 Crédits Photos : © Hervé Pinel pour MyEurope 

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