Les populistes en route vers le pouvoir – Épisode 3 : le 21 avril 2002

On a parlé de « coup de tonnerre ». Ce qui s’est produit le soir du 21 avril 2002 reste et restera encore longtemps dans les annales. Soir d’horreur, de déception immense, de peur, de dégoût, de colère pour certains ; soir de liesse, de « divine surprise » et de victoire pour d’autres.

Ce soir-là, pour la deuxième fois de l’histoire de la Ve République, il n’y a pas de candidat de gauche qualifié pour le second tour de l’élection présidentielle. Mais à la différence du second tour de 1969, qui avait opposé Georges Pompidou et Alain Poher, ce second tour verra s’opposer un candidat de droite, Jacques Chirac, président sortant, à un candidat d’extrême-droite, Jean-Marie Le Pen, leader du Front National depuis sa création en 1972.

 Quelques mois avant le scrutin, dans l’optique d’un duel classique Chirac/Jospin, les chances de l’emporter du candidat socialiste étaient fortes. Des chances réduites à néant par l’élimination brutale de Lionel Jospin au soir du 1er tour, pour quelques 200 000 voix… 194 600 voix qui ont manquées au Premier ministre en exercice pour accéder au 2nd tour, et peut-être à la présidence de la République !

Il est bien sûr impossible de refaire l’histoire, de rejouer le match, cependant, on peut s’interroger sur cet impensable échec. 

N’était-ce qu’un accident de parcours, Jospin n’a-t-il été qu’une victime des circonstances ?

Ou bien cette élimination ne pouvait-elle être évitée, et devait se produire ?

 Nous ne nous contenterons pas d’étudier les éléments propres au PS, et à la campagne de Lionel Jospin, il faudra également nous pencher sur le contexte politique français, mais également sur les autres forces politiques en jeu, afin de voir si l’échec de Jospin en 2002 n’était qu’un accident, ou bien le signe d’une grave crise de la démocratie française.

 

Résultats de recherche d'images pour « jospin 2002 »
A la surprise générale, Lionel Jospin ne sera pas au 2nd tour des élections de 2002

 Prologue: Un FN moribond, un RPR fatigué, une gauche qui se prend une droite.

 
Un FN moribond.

6 juillet 1998, bureau exécutif du FN.
Jean-Marie Le Pen, chef historique du parti  est en attente d’un jugement, qui pourrait le rendre inéligible, rendant ainsi impossible sa candidature en tête de la liste FN pour les élections européennes de juin 1999. Au cas où il serait déclaré inéligible, pour avoir molesté  la candidate socialiste Annette Peulvast-Bergeal lors d’un déplacement à Mantes-la-Jolie où il était venu soutenir sa fille Marie-Caroline en campagne pour les législatives de 1997, Jean-Marie Le Pen annonce son souhait de voir son épouse, Jany Le Pen, en tête de liste.
Réponse de Bruno Mégret, alors numéro 2 du Front, dans une interview au journal le Parisien, accordée le 24 août à Toulon,  alors que s’ouvre l’université d’été du parti: « La candidature de Mme Le Pen n’est pas une bonne idée. Lorsque le chef est empêché, c’est son second qui  le supplée. »
Les graines de la crise sont semées, et elles ne vont pas tarder à germer !

16 octobre 1998, Nîmes, Réunion des élus régionaux FN.
Jean-Marie Le Pen tire la première salve: il annonce la nomination de Jean-Jacques Susini, ancien responsable de l’OAS, à la tête de la fédération des Bouches-du-Rhône, celle de… Bruno Mégret !
Le 17 novembre, la cour d’appel de Versailles donne, sans le vouloir, un coup de pouce à Le Pen, en ramenant sa peine de deux à un an d’inéligibilité. Les rêves du « félon » Mégret  s’effondrent, tandis que son avenir au sein du FN apparaît délicat.
Deuxième salve lepéniste: le 4 décembre, lorsque deux fidèles de Mégret, Hubert Fayard et Nathalie Debaille sont exclus du FN.
Le lendemain, le Conseil national est en réunion au Paquebot, siège historique de Saint-Cloud. Le Pen est hué pour avoir prononcé l’exclusion des deux mégrétistes. La situation entre les deux camps est on ne peut plus tendue. Le 23 décembre, pas de trêve de Noël ! Bruno Mégret et ses lieutenants, Jean-Yves Le Gallou, Franck Timmermans, Serge Martinez, Philippe Olivier, Daniel Simonpieri sont exclus. Ils sont rejoints  par Yvan Blot le 24.
Un mois plus tard, les 23 et 24 janvier 1999, a lieu le premier congrès de ce qui s’appelle encore le Front National – Mouvement National (FN-MN) à Marignane, dont Simonpieri est maire. La scission est consommée.
Bruno Mégret laisse derrière lui un parti affaibli, à tel point que tout le monde, dans les sphères politique et journalistique, prévoit la mort imminente du FN, qui ne connaîtra pas le XXIe siècle. Car en partant, Mégret a emmené avec lui 140 des 275 conseillers régionaux, 3 des 8 conseillers généraux, 2 des 4 maires de villes de plus de 20 000 habitants,  14 des 44 membres du Bureau politique, 52 des 120 membres du Comité central, 57 des 97 secrétaires départementaux, et 1 député européen.  13 fédérations frontistes ne sont plus représentées au sein du Comité Central, leurs membres ayant déserté avec « le félon Mégret ».

L’extrême-droite se présente divisée aux européennes de 1999: résultat, elle est laminée. La liste FN recueille 5,70%, celle du MNR, nouveau nom du FN-MN, 3,28%.

 Les municipales de 2001 ne sont pas glorieuses. Le FN ne conserve qu’Orange, où Jacques Bompard est réélu dès le 1er tour. Sa femme, Marie-Claude Bompard échoue à prendre Bollène. Marie-France Stirbois est laminée à Nice, et son maintien au 2nd tour manque de faire basculer la ville à gauche.

Toulon repasse à droite, avec Hubert Falco, mais Jean-Marie Le Chevallier a quitté le FN depuis 2 ans.

Le MNR s’en sort mieux, puisqu’il conserve Marignane et Vitrolles, pour peu de temps cependant, puisque Catherine Mégret verra son élection invalidée, et la ville repassera à gauche lors d’une partielle en 2002.

Résultats de recherche d'images pour « jacques bompard »
Jacques Bompard, seul rescapé du flop du Front National aux municipales de 2001

Un RPR fatigué. Une UDF sur la fin.

Jacques Chirac a enfin réalisé son rêve, il s’est fait élire président de la République en 1995. Cependant, le rêve se transforme vite en cauchemar, quand deux ans plus tard, il choisit de dissoudre l’Assemblée Nationale. Le scrutin législatif anticipé donne en effet une majorité de gauche « plurielle » au Palais Bourbon. Et Lionel Jospin, premier secrétaire du PS, devient Premier Ministre.

A droite, le moral n’est pas bon. Un an plus tard, alors que certains présidents de conseils régionaux sont tentés de s’allier avec le FN pour conserver leurs majorités, les deux partis RPR et UDF sont tiraillés. Finalement, la stratégie d’alliance fait long feu. Les présidents réélus avec les voix du FN sont désavoués et exclus de leurs partis respectifs. Bernard Harang (Centre) laisse son siège au socialiste Michel Sapin. Jean-François Humbert (Franche-Comté), élu avec les voix FN les récuse, et est réélu avec l’aide des conseillers régionaux de gauche. Après quelques tergiversations, le Président de la région Aquitaine, Jacques Valade, se laisse battre par Alain Rousset. Techniquement, il avait la possibilité de se faire réélire, en ralliant sur son nom les 8 chasseurs de CPNT et les 9 frontistes.
En PACA, les partisans de Christian Estrosi, qui souhaitaient laisser la Présidence de région à… Jean-Marie Le Pen, échouent face à ceux de François Léotard. Résultat, le socialiste Michel Vauzelle est élu.
Quatre présidents UDF sont suspendus : Charles Baur (Picardie), Jean-Pierre Soisson (Bourgogne),  Charles Millon (Rhône-Alpes) et Jacques Blanc (Languedoc-Roussillon). Ils rejoignent pour la plupart Alain Madelin, qui fonde Démocratie Libérale, avec ceux qui, contrairement à François Bayrou, souhaitaient des alliances UDF-FN. Le Conseil d’Etat annulera l’élection de Charles Millon en décembre 1998, et en janvier 1999 lui succédera l’UDF Anne-Marie Comparini, élue avec les voix de la gauche.

En juin 1999, la liste RPR aux européennes est emmenée par Philippe Séguin et Nicolas Sarkozy. Elle est concurrencée par la liste du RPF (Rassemblement pour la France), menée par Charles Pasqua et Philippe de Villiers. Et l’UDF a tenu à présenter une liste indépendante, que conduit François Bayrou.
Le soir du premier et unique tour,  on fait grise mine à l’Etat-major du RPR. Et pour cause ! La liste Séguin-Sarkozy est annoncée avec un score très bas, talonnée par la liste Pasqua-Villiers. Au fur et à mesure que les résultats s’affinent, les derniers sourires disparaissent: la liste RPF est passée devant, elle devance désormais la liste RPR. Cette tendance ne s’inversera plus, les résultats définitifs donnent la liste RPF à 13,05% contre 12,82% à la liste RPR.

Toutefois, il est très vite confronté à de nombreux obstacles au sein du parti. Sous la pression, Philippe Séguin abandonne la direction du RPR en pleine campagne européenne en avril 1999.
Triste campagne pour le RPR en 1999

Une gauche qui se prend une droite.

Au PS, le vent est plutôt victorieux. Malgré la défaite de Lionel Jospin à la présidentielle de 1995, le moral est bon. En effet, le score de Jospin a finalement été fort bon (après la débâcle des législatives de 1993 et le quasi statu-quo des cantonales de 94): il réunit 47,36% face à Jacques Chirac. Inespéré !
De plus, les municipales de 95 n’ont pas été catastrophiques. Le PS a fait basculer Grenoble et Rouen, et a sauvé Clermont-Ferrand, le PCF a récupéré Nîmes. Voilà pour les villes de plus de 100 000 habitants. Concernant les villes moyennes, le PS a emporté Arles, Castres, Sarcelles, Bourg-en-Bresse, Tours et Digne; le PCF a quant à lui remis la main sur La Seyne sur Mer et La Ciotat.
Pas de quoi pavoiser quand même ! Car la gauche enregistre quelques sévères défaites, le PS perdant notamment Marseille, Albi, Avignon, Meaux, Valence, Laval ; et le PCF Le Havre, Bourges, Saint-Quentin, Tulle et Châlons-sur-Marne.
Mais les plus belles victoires de la gauche sont récentes. Les législatives de 1997, que personne (même pas le Président Chirac qui les a provoquées) ne prévoyaient. Les régionales de 1998, où le PS gagne l’Aquitaine, la Haute-Normandie, l’Ile-de-France, Midi-Pyrénées, Provence-Alpes-Côte d’Azur ainsi que la région Centre. Il dispose de la majorité relative dans trois hémicycles régionaux, en Picardie, Languedoc-Roussillon et Bourgogne, contraignant les Présidents de droite sortants à se compromettre, et à gouverner avec le FN. Enfin, la gauche fait jeu égal avec la droite (RPR-UDF seul, ou avec le FN) dans trois régions, Poitou-Charente, Rhône-Alpes et Franche Comté.
La droite n’a la majorité absolue que dans une seule région, les Pays-de-la-Loire, perdant cette majorité en Auvergne et en Basse-Normandie.
Suite au « vendredi noir » des régionales, le PS remporte une victoire fulgurante aux cantonales. Il fait basculer les présidences de 12 départements, l’Aisne, l’Allier, les Alpes-de-Haute-Provence, l’Ardèche, le Finistère, le Gers, la Meurthe-et-Moselle, le Nord, le Puy-de-Dôme, les Pyrénées-Orientales, la Haute-Saône et l’Essonne.
Les européennes de juin 1999 sont plutôt positives, la liste PS emmenée par François Hollande atteint presque 22%, soit 7 points de plus que Michel Rocard en 1994. Les Verts, membres de la coalition gouvernementale, font une percée à 9,72%; le PCF sauve les meubles avec 6,78%; et la liste d’union LO-LCR dépasse les 5%.

Autant dire que le PS et ses leaders abordent avec confiance la prochaine échéance – et dernière avant le scrutin présidentiel de 2002 – échéance double puisqu’on votera pour les municipales et les cantonales en mars 2001.
Certains, comme Laurent Fabius, prévoient même une vague rose, d’autant plus qu’à la fin février 2001, le gouvernement tire un bilan positif de sa politique anti-chômage, qui a permis à un  million de personnes de retrouver un emploi, depuis 1997.

11 mars 2001, Premier tour des élections municipales

Jean-Claude Gayssot (PCF) et Dominique Voynet (Les Verts), ministres du gouvernement Jospin sont éliminés dès le premier tour à Béziers et à Dole. Et cette élimination brutale n’est que le premier signe des résultats du second tour.
Le PS perd ainsi Strasbourg où Catherine Trautmann est battue par l’UDF Fabienne Keller; Blois, où le ministre Jack Lang est battu de 37 voix par un jeune centriste, Nicolas Perruchot;  Orléans, où Jean-Pierre Sueur est battu  par le RPR Serge Grouard.
Jean-François Picheral (Aix-en-Provence), Walter Amsallem (Beauvais), André Godin (Bourg-en-Bresse), Georges Lemoine (Chartres), Bernard Charles (Cahors), Jean-Yves Gateaud (Châteauroux), Yvette Roudy (Lisieux), Roland Garrigues (Montauban), Bernard Poignant (Quimper), Yvon Robert (Rouen), Jean-Pierre Bouquet (Vitry-le-François) perdent leurs mairies.
Laure Déroche rate la succession de Jean Auroux à Roanne, ville gérée par les socialistes depuis 1977. Michel Brémont échoue à conserver Saint-Brieuc, ville du PSU Yves le Foll de 1965 à 1983, qui s’offre au centriste Bruno Joncour.  Idem à Vienne, où la succession de Louis Mermaz ne se fait pas.
Les ministres partis à la conquête de villes de droite échouent, plus ou moins lamentablement Élisabeth Guigou en Avignon pour les plus, Pierre Moscovici à Montbéliard pour les moins.

Cependant, le gain de Paris et de Lyon suffira pour transformer cette vraie défaite en quasi-victoire. D’autant plus que le PS a fait chuter quelques fiefs de droite, en prenant Agen, Ajaccio, Auxerre, Dijon et Le Puy-en-Velay. La secrétaire d’État aux Personnes âges, Dominique Gillot reprend Eragny, ancien fief communiste passé à droite en 95. Le PS n’a jamais été aussi prêt de conquérir Nice, avec Patrick Mottard.
Autre motif de satisfaction, l’excellent résultat obtenu lors des élections cantonales. Le PS gagne la présidence en Corse-du-Sud, dans la  Creuse, dans l’Eure, en Isère et en Vaucluse.

Résultats de recherche d'images pour « Dominique Gillot »
Dominique Gillot

Et au lieu de tenir compte de cet avertissement, pourtant sérieux, les dirigeants socialistes choisissent de se rengorger  et de se féliciter de la prise de Paris, de Lyon et de quelques conseils généraux. Pourtant, une telle défaite, notamment de ministres en exercice, aurait du alerter les dirigeants socialistes, de sorte qu’ils tentent de redresser la barre.

 A l’aube de l’élection présidentielle de 2002, les principaux partis français ne semblent pas au mieux de leur forme. Le PS et ses alliés semblent en perte de vitesse, usés par 5 ans de pouvoir. Plus intéressant, l’opposition RPR-UDF n’est pas non plus en parfaite santé. L’UDF semble appelée à disparaître, le RPR est profondément divisé.

Quant au FN, il est considéré comme politiquement mort. Les 5% que les sondages attribuent à Jean-Marie Le Pen semblent être un grand maximum : c’est peu ou proue le score de la liste FN aux européennes de 1999.

Pourtant, durant les quelques semaines qui précèdent le premier tour, une mécanique va se mettre en place, qui amènera au résultat qu’on connaît. Tentons d’en examiner quelques rouages.

 

Chapitre 1: De l’insécurité omniprésente

Le top de départ a semble-t-il été donné par le Président Chirac, lors de son entretien du 14 juillet 2001. Le thème de cet entretien avait été déterminé au préalable en juin 2001, avec l’aide de Jean-Marc Lech, président de l’Institut IPSOS, et de Pierre Giacometti. En effet, les sondeurs ont déterminé que l’insécurité était la principale préoccupation des Français (58%), devant le chômage (50) et l’avenir des retraites (31%). Mais à l’époque, ces mêmes sondages montrent que Jospin est jugé plus crédible que Chirac. Pour l’équipe communication du Président, il s’agit maintenant d’inverser les tendances. Mais une chose est sûre, la campagne se jouera sur l’insécurité ! Il faut faire peur, il faut que la ruralité, pourtant bien peu exposée aux problèmes d’insécurité, ait peur, pour qu’elle vote Chirac. Il faut que les citadins aient l’impression que la délinquance explose, qu’ils ne sont pas protégés, pour qu’ils se retrouvent derrière un Président protecteur, contre toutes les sortes d’insécurité, qu’elle soit physique, sociale, économique. Si l’insécurité traditionnelle est un thème de prédilection pour la droite, faire du chômage ou des retraites des insécurités est une brillante idée. Elle permet ainsi à la droite d’englober des thèmes traditionnellement plus portés par la gauche.

 

Une série d’événements, à l’échelle internationale et sur le plan national, viendra confirmer l’importance primordiale de la question sécurité dans la campagne qui s’annonce. Tout d’abord, les attentats du 11 Septembre 2001, qui installe la crainte d’une attaque terroriste islamique, et lie encore plus insécurité et immigration dans les esprits.

La réaction du Ministre de l’Intérieur, Daniel Vaillant, ne se fait pas attendre. Il impose une série de mesure liberticide – mais n’ayant tout de même rien à voir avec le Patriot Act mis en place dans l’Amérique de Bush – avec entre autres, l’autorisation pour les policiers de procéder à l’ouverture des coffres des voitures.

Le PS n’est pas en reste, et programme une journée de rencontre nationale sur la sécurité à Evry, et dont l’organisation est confiée à Julien Dray, le Monsieur sécurité du PS, auteur de « Etat de violence » en 1999. Journée dont le slogan était « Mieux prévenir, mieux punir ».

Le but affiché est de montrer que le gouvernement ne baisse pas les bras sur les questions de sécurité, et également qu’on sait également parler de sécurité à gauche, que le sujet n’est pas tabou.

Néanmoins, c’est une autre affaire, en France cette fois, qui viendra enrayer la machine, que Daniel Vaillant pensait avoir bien huilée.

Nous sommes au Plessis-Trévise, commune du Val-de-Marne, le 16 octobre 2001. Un cambriolage tourne mal, deux policiers sont abattus par les malfrats. Immédiatement, les principaux syndicats de policiers réagissent, qu’il s’agisse du SNOP (Syndicat National des Officiers de Police), d’Alliance, de Synergie, ou de l’Unsa-police. Tous expriment leur indignation, et surtout leur mécontentement.

Daniel Vaillant réagit lui aussi très vite. Il faut en effet empêcher que le mécontentement des policiers s’entende trop, car cela amènerait inéluctablement à ce que l’on se penche sur le bilan sécurité du gouvernement. Et Vaillant veut à tout prix l’éviter.

Mais les syndicats n’abandonnent pas, d’autant plus que le 7 novembre, deux policiers sont blessés par balles à Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis.

Lors de leurs manifestations, les policiers réclament notamment l’abrogation de la Loi sur la présomption d’innocence, portée par la Garde des Seaux, Élisabeth Guigou. « Loi Guigou, loi voyou », peut-on entendre dans les cortèges. Ils dénoncent également le manque de moyens, et le désintérêt que porte le gouvernement aux questions de sécurité.

 

Résultats de recherche d'images pour « loi guigou »
Loi Guigou ; une loi qui passe mal

Le thème de l’insécurité a largement été relayé par les médias, et principalement les Journaux Télévisés des grandes chaînes, TF1, France 2 et France 3.

Nul doute que l’invasion des sujets liés à l’insécurité dans les 13h et les 20h a eu une influence non négligeable sur le résultat du premier tour de l’élection présidentielle. Pour preuve, le traitement médiatique d’un fait divers, à deux jours du 1er tour, l’Affaire Paul Voise. Nous sommes cette fois à Orléans. Le 18 avril 2002, un septuagénaire qui vivait dans un taudis, Paul Voise, est agressé par deux jeunes, qui voulaient le racketter. Après l’avoir roué de coups, les jeunes ont mis le feu à son pavillon, le vieil homme n’a plus rien. TF1 y consacre un reportage dès le soir du 19 avril, montrant le visage tuméfié de ce vieil homme attachant, qui pourrait être le père, le grand-père de millions de Français. Ce qui est somme toute un fait divers comme on en voit tant, va alors être traité de manière extraordinaire, érigé comme le signe d’une dégradation de la situation sécuritaire de la France. Ainsi, Claire Chazal, qui présente le Journal de 20 heures de TF1, juge le phénomène « inquiétant ». L’emploi d’un tel qualificatif est intéressant, il témoigne du message que veut faire passer la chaîne : ce fait divers n’est qu’une première étape, la suite va être bien pire, et surtout, elle est inéluctable. Comme si l’affaire Paul Voise n’était que le premier d’une série de crimes, menant tout droit à la décadence de la France. Une décadence que seul dénonce… Jean-Marie Le Pen ! Le lendemain, TF1 remet ça. Cette fois, on voit Paul Voise sortir de l’hôpital, et constater les dégâts, notamment son pavillon brûlé. Et encore des larmes, des larmes pendant 2 minutes, et un gros plan sur le visage bonhomme du vieil homme, de quoi faire pleurer dans les chaumières. Un reportage qui se conclue sur les remerciements de l’agressé, pour l’aide que lui apportent ses voisins.

France 2 embraye dans la même direction, en consacrant à l’Affaire Paul Voise un long reportage, tourné par France 3 Centre, durant son JT de 13 heures. Le ton change, puisque Paul Voise est désormais un « miraculé », il a échappé à la mort…

 

On ne peut pas s’empêcher de voir dans l’affaire Paul Voise, et surtout sa mise en épingle par les médias, une opération de communication politique. Une opération orchestrée depuis Orléans, par Florent Montillot, adjoint au maire chargé de la sécurité, élu étiqueté DLC (Droite Libérale-Chrétienne, de Charles Millon), si l’on en croit le sociologue Jean-Marc Salmon. Cet homme a notamment alerté l’AFP, pris contact avec les rédactions des principaux médias, et organisé les tournages autour de l’affaire Paul Voise.

Daniel Vaillant ne découvrira l’affaire Paul Voise que le 20 avril au soir, trop tard pour réagir. Et le 23, le Ministre apprendra une autre information, qui ne sera pas dévoilée au public avant plusieurs semaines : Paul Voise a visiblement des penchants pédophiles. Là est peut-être la véritable raison de cette agression. Mais le 23 avril 2002, une telle information n’a plus d’importance. L’affaire Paul Voise a produit l’effet escompté !

 

Citons quelques chiffres, illustrant l’empressement médiatique autour des sujets sur l’insécurité, extraits d’une étude TNS Media Intelligence, et cités par Florence Amalou, dans Le Monde du 28 mai 2002. Entre le 1er Janvier  et le 5 Mai 2002, l’insécurité a été médiatisée deux fois plus que l’emploi, et cinq fois plus que le chômage. Dans les Journaux Télévisés, 18 766 sujets ont été consacrés à ces questions, soit plus de 900 par semaines !

Entre le 1er et le 21 avril, l’équipe de Daniel Schneidermann (Arrêt sur image) a étudié tout particulièrement les JT de TF1 : au total, 54 sujets ont traité de l’insécurité, dont seulement 5% parlaient de prévention, ce que Schneidermann appelle de « sujets positifs ».

Durant les trois semaines suivant le 21 avril, seulement 10 sujets ont traité de questions sécuritaires, mais avec 40% de « sujets positifs » !

 Quoi qu’il en soit, le 21 avril 2002 aura servi de leçon aux médias. J’en veux pour preuve le temps et l’espace consacrés aux voitures brûlées lors du 14 Juillet. En 2001, TF1 fait de ce sujet la une des JT de 13h et de 20H, le lendemain et le surlendemain. La chaîne y consacre trois reportages. En Juillet 2002, alors que le nombre de voiture brûlées est sensiblement le même, TFI n’y consacre qu’une dizaine de secondes, sans même diffuser un seul reportage !

 


Chapitre 2: Des manœuvres autour des parrainages


 Le Pen et ses éternelles chasses aux signatures

Jean-Marie Le Pen a toujours protesté contre le système des parrainages permettant de se présenter à l’élection présidentielle. À chaque élection, le même procédé: faire croire jusqu’au dernier moment que sa candidature sera empêchée, faute d’un nombre suffisant de paraphes. Et à chaque fois, le candidat frontiste déposait ses 500 et quelques signatures. Un spectacle invariablement joué à chaque scrutin.
Si ce système, mis en place en 1976 par Jean Lecanuet, alors Garde des  Sceaux de Valéry Giscard d’Estaing, a effectivement empêché Le Pen de se présenter en 1981 (il avait alors recueilli 464 signatures), il n’a pas empêché le candidat frontiste d’être présent lors des scrutins de 1988, 1995, 2002 et 2007, ni sa fille lors de celui de 2012.
En décembre 1987, la majorité RPR-UDF fera un immense cadeau à Jean-Marie le Pen, en étendant aux conseillers régionaux (1840 !) le « droit de participer à la présentation des candidats à la présidence de la République ». Le FN dispose de 137 élus régionaux, qui vont être un renfort considérable dans sa recherche des 500 signatures. À l’époque, seuls les communistes s’opposent à cet élargissement du collège des « parrains ». Les socialistes voteront le texte, sourds à l’appel d’un des leurs à ne pas voter « une loi qui permette à Jean-Marie Le Pen de se présenter à l’élection présidentielle ». Ce socialiste ? C’était Lionel Jospin ! Et c’est donc avec ses 614 parrainages que Le Pen pourra se présenter au premier tour de l’élection présidentielle, le 24 avril 1988. Il y recueillera 14,38%, une véritable percée !

Pour le scrutin de 2002, Le Pen déclenche la chasse aux parrainages très tôt, en juin 2000, en confiant à Martine Lehideux, fidèle parmi les fidèles, le soin de diriger une cellule dédiée. Au détriment de Carl Lang, pourtant habitué à côtoyer les fédérations  puisqu’il est le Secrétaire général du parti depuis Novembre 1999, et qu’il l’a déjà été de 1988 à 1995.
Car la scission mégrétiste a sérieusement entamé le matelas de parrainages auquel le Front pouvait légitimement prétendre au vu de ses élus. En 1995, ce matelas était de 284 élus (donc parrainages). Il n’est plus que de 150 en 2001. Soit 131 conseillers régionaux, 5 conseillers généraux (Marie-France Stirbois à Dreux-Ouest (28), Fernand Le Rachinel à Canisy (50), Pierre Descaves à Noyon (60), Eliane Guillet de la Brosse à Toulon-VI (83) et Jean-François Reveau à Paris-XVIIème arrondissement), 14 maires (Jacques Bompard à Orange, Marie-Christine Bignon à Chauffailles (71), les maires de Ambrief (02, M. Nicolas Bertin), Malouy (27, M. Pierre Brangeon), Silvarouvres (52, M. Guy Maitrot), Blanzée (55, M. Pierre Nau), Ivors (60, M. Jean Delacroix), Rennes-le-Château (11, M. Jean-François Lhulier), Bellefonds  (86, M. Jean-Marie Barraud-Ducheron), Gelucourt (57, M. Rémy Leclere), Beaulieu (61, M. Eric Quénardel), Domprix (54, M. Philippe Fischesser), Troisvilles (59, M. Gérard Cagnon), et Lizac (82, M. Guy Tauriac).
Le maire FN de Nolléval (76, Jacques Carré, élu depuis 1989) a rejoint le MNR. Tout comme les maires nouvellement élus de Lomont-sur-Crête (25, Claude Magnin), Monteplain (39, Luc Béjean), Senuc (08, Hervé Lahotte), et Prez (08, Patrick Demorgny).

Sur les 354 maires non frontistes ayant parrainé la candidature Le Pen en 1995, il n’en reste plus que 173 toujours en place. En effet, il ne faut pas oublier qu’il y a eu deux élections municipales (en 1995 et en 2001), et que le paysage politique municipal en a été changé.

 

Cependant, il semblerait que le candidat frontiste n’a réuni ses 500 signatures que quelques jours avant la date limite de dépôt. Romain Rosso, journaliste à l’Express, relate en effet dans un article du 18 avril 2002, que le 11 Mars, il manquait encore 140 signatures. Mais avec les paroles non tenus, il en manque 210 deux jours plus tard, le 13 mars.

Le 14 mars, Martine Lehideux, dont le rôle a été réduit à déposer les signatures au greffe du Conseil Constitutionnel, en dépose 259. En comparaison, Bruno Mégret en dépose 337 !

Le 15 mars, il n’en manque plus que 166, mais c’est beaucoup pour un candidat comme Jean-Marie Le Pen, que beaucoup d’élus refusent de parrainer, de peur de représailles, ou par conviction politique.

Le 30 mars, ô miracle, seuls 16 petits paraphes manquent à l’appel !

Le 2 avril, le candidat frontiste a déposé 440 parrainages au Conseil Constitutionnel. Et quand, dans l’après-midi, Bruno Subtil appelle pour prévenir que « Monsieur Le Pen arrive avec 10 parrainages supplémentaires », le calcul est vite fait : 440 + 10 = 450, et à Yves Guéna, Président du Conseil Constitutionnel de tirer la conclusion : Le Pen ne sera pas candidat. Une conclusion qu’il transmettra immédiatement à l’Élysée. Pendant quelques heures, on pense alors que Le Pen est hors de course.

Mais lors de la conversation téléphonique, Bruno Subtil a semble-t-il été trop vague, puisqu’il voulait dire que Jean-Marie Le Pen disposait de 10 parrainages de plus que la limite des 500 !

Peut-on y voir un ultime coup de bluff, orchestré d’une main de maître ? C’est en tout cas l’avis de certains spécialistes.

 

« Parrainer Mégret, mais pas Pasqua », le mot d’ordre au RPR ?

Les barons du RPR ont-ils délibérément choisi les petits candidats de droite, « autorisés » à se présenter à l’élection présidentielle, en fonction de leur « utilité » ?

 La réponse est indéniablement oui ! Les élus RPR ont fait marcher leurs réseaux, pour alimenter les parrainages de Corinne Lepage (Cap21), d’Alain Madelin (Démocratie Libérale), de Jean Saint-Josse (Chasse, Pêche, Nature et Traditions) et de Christine Boutin (Forum des Républicains Sociaux). Les consignes du RPR étaient claires : priorité à Corinne Lepage et Christine Boutin, qui ne disposaient que de très peu d’élus locaux. Pour Alain Madelin (ex-UDF, comptant parmi ses membres des ténors comme Jean-Claude Gaudin, sénateur-maire de Marseille, et Hubert Falco, Président du Conseil Général du Var), ainsi que pour Jean Saint-Josse (qui pouvait s’appuyer sur un bon réseau de maires ruraux, proches des idées défendues par CPNT sans forcément y être encartés), il s’agissait d’avantage d’un « coup de pouce », au cas où une petite centaine de signatures venait à manquer.

Quel intérêt pour l’appareil RPR de multiplier des candidatures qui, à première vue, semblent concurrencer celle de Jacques Chirac ?

La réponse est simple, il s’agit de diviser pour mieux régner. Car ces petites candidatures gênent davantage d’autres candidats que Jacques Chirac… cela tient du fait que les électeurs traditionnels du RPR sont profondément légitimistes (contrairement aux électeurs du PS, qui peuvent voter écolo (on l’a vu lors des européennes de 2009), ou plus à gauche (présidentielle 2012)), et le risque de les voir s’égarer est infime. Cela sera confirmé par le score (très faible, il est vrai, surtout pour un président sortant) de Jacques Chirac le 21 avril, qui ne connaîtra pas l’érosion dont sera victime Lionel Jospin).

Ainsi, la candidature écologiste de droite de Corinne Lepage vise avant tout à dégonfler le score de François Bayrou. Plus le score du leader centriste sera bas (le but est de l’empêcher d’atteindre les 10%), et plus la phagocytose programmée de son mouvement en sera facilitée ! Car il ne faut pas oublier qu’entre les deux tours de l’élection présidentielle, sera lancée l’UMP, regroupant des anciens RPR, les trois quarts de l’UDF, derrière Philippe Douste-Blazy, mais également d’autres mouvements comme Démocratie Libérale, ou le Forum des Républicains Sociaux.

Et puis si Lepage peut piquer quelques milliers de voix à Noël Mamère, ça ne peut qu’être un plus !

La candidature d’Alain Madelin est de la même veine. Elle vise à capter un électorat centriste mais quand même très à droite (ultra libéral, prônant des alliances avec le FN… comme Alain Madelin, en fait !), qui ne se reconnaîtra pas dans François Bayrou (comme Alain Madelin, puisqu’il a justement créé Démocratie Libérale en opposition avec son ex patron).

 

Résultats de recherche d'images pour « Alain Madelin »
Alain Madelin

Concernant les candidatures de Saint-Josse et de Boutin, elles sont destinées à affaiblir… Jean-Marie Le Pen ! Quoi de mieux, en effet, qu’un candidat défendant la ruralité et les traditions françaises, avec un brin d’anti européisme, et qu’une candidate représentant la mouvance catholique intégriste (comme dirait Jospin, « marginale dans ses idées »), pour aller piétiner les plates-bandes du leader frontiste !

Dans cette même optique, une autre candidature a très certainement été poussée par l’appareil RPR… celle de Bruno Mégret ! En effet, comment imaginer que le leader d’un parti ne comptant que 140 conseillers régionaux, deux conseillers généraux (Dominique Michel à Toulon, Gérard Freulet à Mulhouse-Nord, 6 maires (les 5 cités en 3A, ainsi que Catherine Mégret à Vitrolles, puisse réunir facilement 500 parrainages ? Daniel Simonpieri à Marignane ne fera pas partie des parrains de Mégret, si l’on en croit la liste publiée au Journal Officiel.

Objectif : dégonfler le vote Le Pen, mesuré à 14/15% par les instituts de sondages. Bruno Mégret pourrait atteindre 3/4%, ce qui ferait redescendre Le Pen à des scores plus raisonnables. Et surtout, l’extrême droite façon Mégret est bien plus profitable pour la droite que l’extrême droite façon Le Pen, car elle n’hésitera pas, le soir du 1er tour, à appeler à voter Chirac, pour contrer Lionel Jospin. Cela n’a rien à voir avec un Jean-Marie Le Pen qui déclare à qui veut l’entendre que « Chirac, c’est pire que Jospin ».

 Quand on observe la liste des parrains de Bruno Mégret, publiée par le Journal Officiel, on est surpris de voir la concentration de l’origine des paraphes dans quelques départements, notamment en Lorraine, en Champagne-Ardenne et en Franche-Comté. Dans ces trois régions, le candidat du MNR a été parrainé par 168 élus, soit un tiers de ses signatures. Pourtant, ces régions ne sont pas parmi les plus peuplées. Il faut certainement y voir des habiles et parfois très voyantes manœuvres, orchestrés par des sénateurs, députés, ou président de Conseils généraux RPR.

A l’inverse, les signatures pour Jean-Marie Le Pen ne proviennent pas des départements où le FN est solidement implanté, et où la droite est aux commandes. Un parrainage en Alsace, deux en PACA, quatre en Languedoc-Roussillon. Il est évident que les ténors du RPR ont tout fait pour dissuader les élus ruraux non étiquetés de signer pour le candidat FN. Jean-Marc Salmon rapporte dans son ouvrage 21 avril 2002: contre-enquête sur le choc Le Pen, des propos tenus par Philippe Marini, Sénateur RPR de l’Oise, à un maire de son département « Tant qu’à signer pour l’extrême droite, signez plutôt pour Bruno Mégret »… Tout est dit !

On peut également penser que dans ces régions du grand Est (de la Champagne à la Provence), traditionnellement ancrées à droite, les élus RPR ont voulu se venger du FN, qui leur a fait perdre tant de sièges, dans des triangulaires dangereuses, notamment aux législatives de 1997, et aux cantonales de 1998 et 2001. Puisque le FN refuse de les laisser battre la gauche en duel, alors autant gêner au maximum l’accession de Jean-Marie Le Pen à la course présidentielle.

 Mais la stratégie mégrétiste a capoté. Tout d’abord, la candidature de Bruno Mégret n’a pas empêché celle de Jean-Marie Le Pen, en la privant de parrainages en nombre suffisant. De plus, alors que Bruno Mégret aurait du symboliser le ralliement de l’extrême droite à la droite, au lendemain du 1er tour, le voilà obligé d’appeler à voter Le Pen contre Chirac. Plus que Jospin, Mégret a perdu sur toute la ligne.

Ceux qui, à droite, plaidaient pour que les élus RPR ou non encartés abondent en faveur d’une candidature Mégret se consolent, en se disant que sans les 2% de Bruno Mégret, Jean-Marie Le Pen aurait talonné Jacques Chirac au 1er tour. Peut-être même l’aurait-il dépassé. Piètre consolation, tout de même !

  On comprend alors mieux pourquoi, alors qu’il disposait d’excellents réseaux, un autre candidat n’a toutefois pas pu se présenter. Sénateur des Hauts-de-Seine, ancien Ministre de l’Intérieur, cet homme, c’est Charles Pasqua. Au départ, Charles Pasqua apparaissait comme le candidat idéal, lui aussi pourrait désamorcer la bombe Le Pen. Mais au fur et à mesure que l’élection approche, Pasqua perd son intérêt, d’autant plus qu’il est rattrapé par les affaires en tout genre, de l’Angola gate au casino d’Annemasse. Rien ne va plus, et finalement, il manquera 22 signatures au président du RPF pour être le 17e candidat dans la course à la présidence de la République.

Un manque qui rend Philippe Marini perplexe. Le Sénateur de l’Oise confie en effet à Jean-Marc Salmon « avoir récolté une vingtaine de parrainages pour Charles Pasqua » (décidément, Marini collecte vraiment pour tout le monde !). Et pourtant, quand on cherche dans la liste des parrainages, on s’aperçoit que seuls 15 maires de l’Oise ont effectivement parrainé Pasqua. Alors, lui ont-ils fait faux bond ? Ou bien, l’ancien Ministre de l’Intérieur n’a-t-il tout simplement pas laissé quelques signatures dans les placards du Conseil Général des Hauts-de-Seine, qu’il présidait à l’époque ? Le mystère reste entier, mais les sondages de plus en plus mauvais ont peut-être tout simplement fait peur à Charles Pasqua, qui se voyait mal réduit à n’être qu’un « petit » candidat parmi tant d’autres.

 

Résultats de recherche d'images pour « charles pasqua »
Charles Pasqua

Il est pourtant certain, mathématiquement parlant, qu’une candidature de Charles Pasqua aurait privé Jean-Marie Le Pen de 2nd tour ! Et peut-être, par ricochet, Jacques Chirac d’un deuxième mandat !

 


Chapitre 3: De la gauche inconsciente du danger

 

 « Quitter Matignon, non ! », l’erreur de Lionel Jospin ?

Cela a-t-il été la plus grosse erreur de Lionel Jospin, celle de ne pas avoir quitté Matignon avant le scrutin présidentiel ?

Ils étaient pourtant nombreux, dans l’entourage du Premier Ministre, à le lui avoir conseillé. Tous avaient à l’esprit le « syndrome Matignon », malédiction qui semblait frapper les Premiers Ministres en exercice qui se présentaient à l’élection présidentielle. Jacques Chirac et Edouard Balladur en avaient fait les frais, en 1988 et 1995. Parmi eux, les ministres Pierre Moscovici, ou Dominique Strauss-Kahn, mais également ses conseillers, Manuel Valls et Stéphane Fouks en tête. Jacques Séguéla, le « Monsieur communication » de François Mitterrand, a même trouvé la date idéale, ce sera le 1er janvier 2001. Un départ en apothéose, alors que commence le nouveau millénaire. Mais ce dernier se heurtera plusieurs fois à un refus catégorique de Lionel Jospin.

Peu avant le 14 juillet 2001, Jacques Séguéla, convaincu du bien fondé d’un départ de Matignon, était revenu à la charge. Peine perdue, il n’arrivera pas à faire fléchir Lionel Jospin.

Le 14 juillet 2001, alors que Jacques Chirac a formulé des critiques acerbes à l’encontre de du gouvernement, dénonçant son « manque de volonté d’agir », notamment en matière de sécurité. A droite comme à gauche, presque tout le monde est convaincu que Lionel Jospin va saisir cette intervention du Chef de l’Etat, et s’en emparer pour rendre légitime son départ, mais également rendre impossible sa succession par un socialiste.

Ainsi, même l’ancien Président Valéry Giscard d’Estaing prend contact avec François Hollande, premier Secrétaire du PS, afin de sonder les intentions de Lionel Jospin. Et de suggérer à demi-mots que ce dernier quitte enfin Matignon. Ou à défaut, qu’il menace de le faire. Cette conversation, François Hollande ne manquera pas de la communiquer à Jospin. Mais celui-ci refusera une nouvelle fois, ne voulant pas « créer d’incident ».

 

Plusieurs raisons à ce refus : premièrement, Lionel Jospin refuse de trahir les électeurs qui l’ont porté au pouvoir pour un mandat de 5 ans. Deuxièmement, il refuse de surprendre Jacques Chirac, et de mener un combat qu’il considère comme déloyal. Enfin, dans l’hypothèse où il quitterait Matignon, il faudrait bien que le Président Chirac lui trouve un successeur. Parmi les potentiels premierministrables, figure en bonne place un rival de taille du Premier Ministre. Président de l’Assemblée Nationale jusqu’en 2000, il s’agit de Laurent Fabius. Un Fabius qui n’attend que ça pour candidater à l’investiture du PS, et concurrencer Jospin !

Pour toutes ces raisons, Lionel Jospin n’a aucun intérêt à quitter son poste à Matignon… D’après lui, en tous cas ! Car, qui sait, peut-être aurait-il pu, s’étant départi de ses habits de chef de gouvernement, rendre sa candidature plus solide…

Pour beaucoup d’observateurs, cet épisode du 14 juillet, et ce refus de Lionel Jospin de réagir face aux attaques du Président Chirac, ont permis de renverser la tendance. Jacques Chirac, alors qu’il avait été en situation d’infériorité depuis 1997, reprenait la main. Il la conservera jusqu’au soir de sa réélection !

 

Résultats de recherche d'images pour « lionel jospin premier ministre »
Garder Matignon : l’erreur de Jospin ?


Un candidat, deux candidats, …, cinq candidats !

Quelle mouche a donc bien pu piquer les dirigeants des cinq partis qui gouvernaient la France en 2001 ? Au lieu de se présenter unis, rassemblés derrière le Premier ministre,  ils ont choisi de partir en ordre dispersé. Ainsi, pas moins de cinq candidats se réclamant de la coalition sortante auront leur nom imprimé sur des bulletins pour le 21 avril 2002. Et aucun d’entre eux le 05 mai…
Lionel Jospin, premier ministre sortant, candidat pour le Parti Socialiste.
Noël Mamère, député-maire de Bègles, pour Les Verts.
Robert Hue, pour le Parti Communiste Français.
Christiane Taubira, députée de Guyane, pour le Parti Radical de Gauche
Jean-Pierre Chevènement, député-maire de Belfort pour le Mouvement Républicain et Citoyen.

A ces candidatures de la gauche parlementaire, s’ajoute les trois candidats de la « gauche de la gauche », Arlette Laguiller pour Lutte Ouvrière, Olivier Besancenot pour la Ligue Communiste Révolutionnaire et Daniel Gluckstein pour le Parti des Travailleurs.

Autant de candidats qui vont en plus faire d’excellents scores, mis à part Daniel Gluckstein, Robert Hue, et… Lionel Jospin !

Le score du « gouvernement » est de 32,45%. En comparaison, le score cumulé de ces mêmes partis était de 35,26% en 1995 (Jospin + Hue + Voynet). On est loin d’un « effondrement ».
Arlette Laguiller obtient 5,72%, elle totalisait 5,37% au premier tour de 1995. Il convient d’y ajouter les 4,25% d’Olivier Besancenot, le facteur de Neuilly.

Scores obtenus par différentes formations de gauche entre 1974 et 2002 :

 

1974

1981

1988

1995

2002

PS

43,24%

25,85%

34,11%

23,30%

16,18%

PCF

X

15,34%

6,76%

8,64%

3,37%

Les Verts

1,32%

3,87%

3,78%

3,32%

5,25%

Coalition gauche

44,56%

48,37%

44,65%

35,26%

32,45%

Gauche de la gauche

2,69%

2,30%

4,47%

5,30%

10,44%

Total Gauche

47,94%

50,67%

49,12%

40,56%

42,89%

Mais alors, laquelle de ces candidatures a handicapé celle de Lionel Jospin ?

 Celle de Chevènement ? Ce n’est pas évident, car avec un tel programme, le « Che » a sans doute mordu sur l’électorat de droite. Après tout, ne s’est-il pas entouré de souverainistes comme William Abitbol ?

Celle de Mamère ? Peut-être plus, car le candidat écologiste a obtenu un excellent score. Alors que Dominique Voynet totalisait 996 067 suffrages en 1995, le député-maire de Bègles en attire 1 495 774 sur son nom, soit 50,2% d’augmentation !

 

Cependant, la candidature de Christiane Taubira, au nom du PRG, est sans aucun doute celle qui aura coûté la qualification à Lionel Jospin. En effet, si les 660 447 électeurs de Taubira s’étaient portés sur Jospin, cela aurait largement compensé les 194 600 voix de déficit de Jospin par rapport à Le Pen.

Il est vrai qu’une bonne partie des voix de Christiane Taubira proviennent des DOM, où elle arrive largement en tête. Mais sans elle, il hautement probable que Jospin aurait terminé la course deuxième.

C’est d’autant plus triste qu’un an avant, alors que les leaders des partis formant la coalition étaient réunis autour d’une table, Jean-Michel Baylet, Président du PRG, avait annoncé son souhait de soutenir Lionel Jospin dès le 1er tour. Avant de se rétracter, ne voulant pas être le seul parti du gouvernement à ne pas être représenté à la présidentielle.

Dix mois plus tard, un certain nombre de leaders socialistes tenteront d’obtenir le retrait de la députée guyanaise, sans succès, ils s’y sont pris trop tard.

 Résultat d’un tel foisonnement de candidats de gauche : 35% des sympathisants socialistes ont voté pour un autre candidat de gauche. 16% ont voté à l’extrême gauche, 7% pour Chevènement. En comparaison, seulement 21% des sympathisants PS avaient voté pour un autre candidat de gauche en 1995, ils étaient 15% en 1988.

Il est également intéressant de noter que seulement 5% de ces sympathisants ont fait le choix de voter Le Pen (ils étaient 7% en 1995, 6% en 1988), et 5% à voter pour la droite classique (7% en 1995, 3% en 1988).

On constate que ce qui a causé l’échec « mathématique » de Lionel Jospin, c’est uniquement le dispersement des voix de gauche, et plus particulièrement une infidélité des sympathisants socialistes. Ce n’est pas un glissement vers la droite, ou vers l’extrême droite !

Chapitre 4: Des sondages insondables

 

 

déc-00

févr-01

mars-01

mai-01

juin-01

sept-01

GLUCKSTEIN (PT)

LAGUILLER (LO)

6

6

6,5

6

7

7

BESANCENOT (LCR)

HUE (PCF)

6

7

5

5,5

6

6

JOSPIN (PS)

30

30

28

27

27

27

MAMERE (Verts)

5

5

5,5

7

3

2

TAUBIRA (PRG)

CHEVENEMENT (MDC)

6

3,5

3

5

6

9

LEPAGE (CAP21)

BAYROU (UDF)

6

5

5

6

5

5

CHIRAC (RPR-UMP)

22

24

27

26

26

26

MADELIN (DL)

6,5

6

5

5

5

5

BOUTIN (FRS)

1

0,5

PASQUA (RPF)

6

3,5

3,5

3

4

4

SAINT-JOSSE (CPNT)

LE PEN (FN)

5,5

8

8,5

8

10

7

MEGRET (MNR)

1

2

3

1,5

1,5

TOTAL

100,00

100,00

100,00

100,00

100,00

100,00

 

 

oct-01

nov-01

déc-01

janv-02

janv-02

févr-02

GLUCKSTEIN (PT)

LAGUILLER (LO)

6

7

7

7

7

6

BESANCENOT (LCR)

0,5

0

0,5

1

HUE (PCF)

6

6,5

6,5

6

6

6,5

JOSPIN (PS)

23

22

22

24

22

22,5

MAMERE (Verts)

5,5

6

7

6

6

6

TAUBIRA (PRG)

CHEVENEMENT (MDC)

8,5

8

9

9

9

11

LEPAGE (CAP21)

BAYROU (UDF)

5

4,5

3

3

4

4

CHIRAC (RPR-UMP)

27

27

27

27

27

24

MADELIN (DL)

5

5

5

4

4

5

BOUTIN (FRS)

PASQUA (RPF)

3

4

3

3

3,5

1,5

SAINT-JOSSE (CPNT)

LE PEN (FN)

11

9

8,5

9

9

11

MEGRET (MNR)

1

1,5

2

2

1,5

TOTAL

100,00

100,00

100,00

100,00

100,00

100,00

 

 

févr-02

févr-02

févr-02

mars-02

mars-02

mars-02

GLUCKSTEIN (PT)

LAGUILLER (LO)

6

7,5

7

9

9

9,5

BESANCENOT (LCR)

0,5

0,5

1

0,5

1

1

HUE (PCF)

6

6

5,5

5,5

5,5

5,5

JOSPIN (PS)

21,5

22

22,5

22

20

21

MAMERE (Verts)

7

5,5

6

5

6

6

TAUBIRA (PRG)

0

0,5

0,5

0,5

0,5

0,5

CHEVENEMENT (MDC)

10

10

10

7,5

7

6,5

LEPAGE (CAP21)

0,5

0,5

0,5

1

1

0,5

BAYROU (UDF)

3

3

3

4

4

4,5

CHIRAC (RPR-UMP)

26

24

24

23

24

23,5

MADELIN (DL)

3

4,5

3

4

4

4

BOUTIN (FRS)

0,5

1

1

1

1

1

PASQUA (RPF)

3

1,5

2

3

3

2,5

SAINT-JOSSE (CPNT)

3

2

2

1,5

2

3

LE PEN (FN)

9

11

11

11

11

10

MEGRET (MNR)

1

0,5

1

1,5

1

1

TOTAL

100,00

100,00

100,00

100,00

100,00

100,00

 

 

mars-02

mars-02

mars-02

avr-02

avr-02

avr-02

avr-02

1er Tour

GLUCKSTEIN (PT)

0

0

0

0,5

0,5

0,5

0,47

LAGUILLER (LO)

10

10

10

9

8

8

6,5

5,72

BESANCENOT (LCR)

1

0,5

1

0,5

2,5

2,5

4

4,25

HUE (PCF)

6

6

6

6

6

6

6

3,37

JOSPIN (PS)

21

21

20

19

19

18

18

16,18

MAMERE (Verts)

5,5

5

6

5

4,5

5

6

5,25

TAUBIRA (PRG)

0,5

0

0,5

1

1,5

1

1,5

2,32

CHEVENEMENT (MDC)

7,5

8

8,5

7

6

6

6,5

5,33

LEPAGE (CAP21)

1

0,5

0,5

1

1,5

1,5

1

1,88

BAYROU (UDF)

4

5

4,5

4

5

6

6

6,84

CHIRAC (RPR-UMP)

23

22

21

24

22

20

19,5

19,88

MADELIN (DL)

4

4

4

4

5

5

5

3;91

BOUTIN (FRS)

1

0,5

0,5

1,5

0,5

1,5

1,5

1,19

PASQUA (RPF)

1,5

3

2

X

SAINT-JOSSE (CPNT)

3

3

4

4

3

3,5

4

4,23

LE PEN (FN)

10

10

11

12

13

13

12,5

16,86

MEGRET (MNR)

1

1,5

0,5

2

2

2,5

1,5

2,34

TOTAL

100,00

100,00

100,00

100,00

100,00

100,00

100,00

96,11

Marge d’erreur : +/-3

23 : Chirac passe devant Jospin, il le restera jusqu’au bout.

19 : Avec la marge d’erreur de +/-3 points, Le Pen et Jospin sont pour la première fois à égalité.

18 : Toujours avec cette marge d’erreur, Le Pen peut dépasser Jospin.

  

Résultats de recherche d'images pour « sondages présidentielles 2002 »
Les estimations du 1er tour des Présidentielles

Personne ne l’avait vu venir, pas un sondage ne l’avait laissé présager. C’est ce que l’on nous fait croire depuis maintenant 10 ans. Mais, quand on regarde de l’intérieur les Etats-majors du PS et du RPR de l’époque, on voit que la question avait été abordée, que certains avaient tenté d’alerter au sujet du risque Le Pen, sans avoir été entendus…

 

Dans son ouvrage, Jean-Marc Salmon relate un événement mystérieux, parvenu le 15 avril, soit une semaine avant le 1er tour. Un fax anonyme est adressé à une dizaine de rédactions. Le titre est sans équivoque : « Jospin et Le Pen à égalité ». Salmon en reproduit le contenu : « 17,5% pour Jospin, 13% pour Le Pen. Historiquement, les sondages ont toujours été minorés de quatre points. Les deux hommes sont dans un mouchoir. Jean-Marie Le Pen peut être présent au second tour. C’est le scoop de ce lundi. Rendez-en compte, svp, MM les journalistes. »

On ne sait toujours pas qui a rédigé et envoyé ce fax. Toujours est-il que les journalistes en question n’en ont pas vraiment « rendu compte ».

 

Gérard Le Gall, le Monsieur sondages de la campagne Jospin a à de maintes reprises, tenté d’alerter sur le risque de voir Jean-Marie Le Pen terminer deuxième. Il évoque tout d’abord le score de Le Pen, mesuré dans les sondages, qui s’annonce historiquement haut. Il fait également remarquer que les courbes des scores des deux candidats se rapprochent dangereusement. Mais personne ne va s’imaginer qu’elles pourraient se croiser !

Le Gall a bien compris que Le Pen, mesuré à 15%, n’a toujours pas fait le plein des voix d’extrême droite. Il se souvient qu’en 1995, Le Pen et Villiers avaient obtenu près de 19 % tous les deux. Et en 2002,Villiers ne se présente pas. Reste à savoir si Mégret sera suffisant pour affaiblir Le Pen.

 

Le Monsieur sondage du camp adverse, le député de Dordogne Frédéric de Saint-Sernin a lui aussi sérieusement envisagé la question. Ainsi, Jean-Marc Salmon relate une réunion de campagne à l’Elysée, datant du 17 avril 2002. Pour un des conseillers du Président, l’important « est de franchir la barre des 20% ». Jérôme Monod, conseiller politique rétorque que l’important, c’est surtout « d’arriver en tête », quelque soit le score. Et à Frédéric de Saint-Sernin de glisser timidement « l’important, c’est d’être au second tour ». Inutile de préciser que cette intervention a surpris tout le monde.

 

Les autres candidats de la gauche plurielle voient en l’hypothèse d’un Le Pen au second tour une simple opération de communication, visant à favoriser le « vote utile » (c’est-à-dire le vote Jospin). Ainsi, en  conférence de presse, Robert Hue déclare qu’il faut « dégonfler l’opération Le Pen, qui ne sera pas au second tour ». Lors de son dernier meeting, Noël Mamère enfonce le clou « Ne vous laissez pas berner. Faire croire que Jospin peut ne pas être au second tour, c’est prendre les Français pour des imbéciles ! »…

 

Pourtant, les sondeurs avaient bien imaginé cette hypothèse, sans cependant la relayer. Ainsi, une semaine avant le premier tour, l’institut CSA convainc la rédaction de France 3 de réaliser une silhouette à l’effigie de Jean-Marie Le Pen. On ne sait jamais.

Cette prudence sera de mise pour les autres chaînes !

 

On se souvient également de l’interview de Lionel Jospin par un journaliste de Canal+. La vidéo reste en effet dans les annales, et permet de retranscrire la conversation entre les deux hommes :

–          Imaginez  juste une minute que vous ne soyez pas au second tour…

–          Oui ?

–          Vous votez pour qui ?

Rire jaune du Premier ministre.

–          Non ! J’ai une imagination normale, mais tempérée par la raison, donc…

–          C’est impossible ?

–          Ne disons pas cela. Mais… ça me paraît assez peu vraisemblable. Bon ! Donc on peut passer à la question suivante ?, conclut Lionel Jospin, visiblement gêné.

 

  

Chapitre 5 : Des erreurs de campagne

 La principale erreur de Lionel Jospin est d’avoir sous-estimé son principal adversaire, Jacques Chirac, et d’avoir centré sa campagne en opposition au Président sortant. Il a fait une campagne de second tour, homme contre homme. En effet, la gauche se rassemblera logiquement sur sa candidature au second tour. Bayrou ne mouillera pas la chemise pour faire réélire Chirac, et encore moins Le Pen ! C’est gagné ! Encore faut-il se qualifier…

 Il faut dire que les sondages d’opinion validaient une telle stratégie. Ainsi, en Février, 67% des personnes interrogées jugent Jospin « honnête », et 57% le jugent « crédible ». Cette constatation est également valable à droite, puisque 62% des électeurs de droite le jugent « honnête », et 48% « crédible » (pointe à 57% chez les sympathisants UDF !). Chirac est jugé « pas honnête » par 54% des personnes interrogées (29% chez les électeurs de droite, ce pourcentage est non négligeable), et 50% le jugent « pas honnête ».

Ce même sondage aurait du alerter les équipes du candidat PS. En effet, quand on interroge les français sur les défauts du Premier Ministre, il apparaît comme étant « distant » et « autoritaire ». Il aurait fallu une réelle campagne de communication, afin de changer l’image de Lionel Jospin. Peut-être manquait-il également d’étoffe présidentielle ? 48% seulement des interrogés estiment qu’il a l’étoffe d’un présidentiable. Le score du Président sortant est de… 75% !

 

Une telle campagne n’a pas permis au candidat Jospin de capter la part de l’électorat désintéressé par la politique, contrairement à Jacques Chirac.

 

2002

Pas du tout intéressés par la politique :

Peu intéressés par la politique :

Assez intéressés par la politique :

Très intéressés par la politique :

Jospin

13%

14%

17%

21%

Chirac

24%

22%

18%

12%

L’électorat le moins intéressé par la politique s’est donc largement reporté sur Jacques Chirac. Cela veut dire que, sans suivre la campagne, ces électeurs ont préféré toutes choses égales par ailleurs Jacques Chirac à Lionel Jospin.

 

 Chapitre 6 : Du 21 avril 2002

 

La journée de vote démarre normalement. Comme d’habitude, les premières estimations sont attendues pour 18h45, ou plus tard 19h.

A 17h, les premiers sondages de l’institut CSA, qui n’ont qu’une valeur symbolique et sont très peu significatifs, placent Chirac dans une fourchette de 18/20%, suivi par Jospin à 17/19%. Loin derrière, arrive Le Pen à 13/15%.

A 18h, c’est au tour d’IPSOS de produire son habituel sondage « sortie des urnes ». Le résultat est similaire, les fourchettes de Chirac et de Jospin sont toutes deux décalées d’un demi-point de hausse.

Dès 18h35, la Sofres a des premiers chiffres, basés sur des bureaux fermant à 18 heures. Et surprise, Le Pen est devant Jospin !

A 18h45, la tendance est confirmée, et Gérard Le Gall est prévenu par téléphone. « 1, Jacques Chirac. 2, Jean-Marie Le Pen. 3, Lionel Jospin. ».

La différence entre les deux candidats est alors de 2 points !

Cette différence se réduit, de telle sorte qu’elle n’est plus que de 0,7% quand,  19h10, Lionel Jospin apprend la terrible nouvelle. Il manque alors les résultats des grandes villes, où on vote encore pendant 50 bonnes minutes. Suffisant pour renverser cette tendance, que tout le monde, mis à part les initiés, ignore complètement.

 Au FN, une clameur s’élève à l’annonce des résultats, à 20h. Jean-Marie Le Pen est au second tour de l’élection présidentielle.

 

Résultats de recherche d'images pour « élections présidentielles 2002 »
Résultats du premier tour des présidentielles de 2002

Intéressons nous aux chiffres de ce premier tour.

 Tout d’abord, l’abstention atteint un niveau record, plus de 28% !

 Ensuite, le score cumulé des candidats PS et RPR est très faible. Il était de 53,7% en 1988 ; de 43,7% en 1995 (malgré le score de Balladur) ; il n’est plus que de 35,3% au soir du 1er Tour.

 

Trois candidats obtiennent des scores anormalement bas.

En premier lieu, Jacques Chirac, qui obtient le plus mauvais score d’un président sortant, 19,88%. Il n’a progressé que de 440 000 suffrages entre 1981 et 2002. Mais en 1981, il était le 2e candidat de droite, derrière Valéry Giscard d’Estaing. Il a ainsi perdu 428 450 voix par rapport à 1995, soit 7% de son score de 1995.

Et surtout, il n’obtient que 194 116 voix de plus que le total cumulé des scores de Le Pen et Mégret. Une bonne partie de l’électorat de droite a déserté, et est partie voter à l’extrême-droite. On peu même faire l’hypothèse que les 2 points de Bruno Mégret ont davantage handicapé Jacques Chirac que Bruno Mégret !

 Ensuite, vient Lionel Jospin. En 7 ans, le Premier Ministre perd 2 229 514 voix, soit un tiers de son score de 1995 ! On l’a vu, un tiers de ces voix éparpillées est allée vers d’autres candidats de gauche, 10% sont allées nourrir Le Pen et Chirac, le reste s’étant abstenu (soit 57% !)

 Enfin, la 3e victime du 21 Avril est sans conteste Robert Hue. Il passe de 2 598 720 voix en 1995 à 960 458 en 2002. Il perd 63% de ses voix de 1995 !

 Dans le même temps, on constate une quasi invariance du score de Jean-Marie Le Pen, quand on raisonne en pourcentage d’inscrits : 11,47% en 1988 (14,39% des exprimés) ; 11,40% en 1995 (15% des exprimés) ; et 11,66% en 2002 (16,86% des exprimés).

Par rapport à 1995, Le Pen ne gagne que 259 220 voix (5,7% de son score de 1995).

 Quand on se base sur les résultats de 1988, les résultats sont de la même veine.

Le PS perd 5 484 295 voix, soit 54,3% !

Chirac augmente son score de 3,6% ; en gagnant 210 448 suffrages.

La hausse de Jean-Marie est de 10,3%, à peu près également répartie sur 1988/95 et 1995/2002.

En effet, Le Pen a gagné 4,6% entre 1995 et 1988, et 5,7% entre 2002 et 1995.

 

Mais l’augmentation de 1995 a une importance capitale : pour la première fois, le candidat frontiste arrive premier dans certains départements. En 1988, il dépassait les 20% dans 8 départements : Alpes-Maritimes (24,23%), Bouches-du-Rhône (26,39% ; il talonne alors François Mitterrand, qui n’obtient que 26,96% dans ce département qui plaçait pourtant Georges Marchais en tête au 1er Tour de la présidentielle de 1981 !), Gard (20,58%), Pyrénées-Orientales (20,52%), Bas-Rhin (21,93%), Haut-Rhin (22,15%), Var (25,08%) et Vaucluse (23,15%). Il était de plus le premier candidat de droite, derrière Mitterrand mais devant Chirac ou Barre, dans 11 départements : Moselle, Bas-Rhin, Haut-Rhin, Val-d’Oise, Seine-Saint-Denis, Gard, Hérault, Pyrénées-Orientales, Vaucluse, Bouches-du-Rhône et Var.

 

En 1995, il est en tête dans 7 départements (Var, Bouches-du-Rhône, Vaucluse, Loire, Haut-Rhin, Bas-Rhin et Moselle), c’est la première fois de toute l’histoire électorale française.

Il est également le premier candidat de droite, derrière Lionel Jospin mais devant Jacques Chirac ou Edouard Balladur dans 12 départements : Nord, Oise, Ardennes, Meurthe-et-Moselle, Vosges, Haute-Marne, Territoire de Belfort, Ain, Gard, Hérault, Pyrénées-Orientales et Alpes-Maritimes.  Il dépasse les 20% des exprimés dans 11 départements : Alpes-Maritimes (22,48%), Bouches-du-Rhône (21,43%), Gard (20,28%), Loire (21,09%), Haute-Marne (20,35%), Moselle (23,82%), Oise (20,48%), Bas-Rhin (25,83%), Haut-Rhin (24,80%), Var (22,35%à et Vaucluse (23,12%).

Ces détails permettent d’établir des zones très favorables au lepénisme, ou Jean-Marie Le Pen s’est implanté entre 1995 et 1988, et qui vont « contaminer » les départements voisins.

La première zone recoupe la plupart de la région PACA, avec les départements des Alpes-Maritimes, du Var, des Bouches-du-Rhône et du Vaucluse. Il est intéressant de noter qu’en 1965, le candidat d’extrême droite Tixier-Vignancourt dépassait les 12% dans les Alpes-Maritimes, presque 6 fois plus que son score national !

La seconde zone se trouve dans la région voisine du Languedoc-Roussillon, avec deux pôles, le Gard/Hérault, et les Pyrénées-Orientales.

Enfin, la dernière zone est située dans l’est de la France, en Alsace-Moselle.

 

En 1995, des nouvelles zones apparaissent, notamment dans le nord (Nord, Oise, Ardennes), elles sont pour la plupart rurales : Vosges, Haute-Marne, Loire, Ain (mais présence d’une partie de la banlieue Lyonnaise au sud-ouest du département).

 La performance réalisée par Le Pen en 2002 consiste tout simplement à avoir réuni ces zones, pour faire un « corridor » frontiste, du de Dunkerque à Nice et à Perpignan, en passant par Strasbourg et Lyon.

 Ainsi, il arrive en tête dans 7 des 8 départements de la région Rhône-Alpes, y compris les fiefs socialistes de l’Isère et de la Drôme. Il arrive également en tête dans les 4 départements franc-comtois, y compris dans le Territoire de Belfort de Chevènement. En Lorraine, seule le fief socialiste de Meurthe-et-Moselle résiste à la poussée lepéniste. Mais au profit de Jacques Chirac, et pas de Lionel Jospin ! Cette poussée est également significative en Nord-Pas-de-Calais, également fief de la gauche. Le Pen s’implante également en Haute-Normandie.

 

Plus étonnantes sont ces deux taches brunes dans le Sud-ouest de la France, qui correspond au Lot-et-Garonne et au Tarn-et-Garonne. Le Lot-et-Garonne, département centriste, modéré, dont le conseil général a basculé mécaniquement à droite en 1972, quand son président Jean François-Poncet a refusé le programme commun (Comme Paul Alduy à Perpignan, ou Kléber Lousteau dans le Loir-et-Cher). Pourtant, Le Pen y arrive en tête le soir du 21 avril 2002, avec 18,91%, soit 1,45% de plus que Chirac, et 3,17% de plus que Lionel Jospin ! La faute à qui ? Au candidat des chasseurs, Jean Saint-Josse, qui obtient 9,26% des suffrages !

 Le Tarn-et-Garonne est un département de tradition radicale, il est un des derniers à être dirigé par le PRG. En effet, le conseil général du Tarn-et-Garonne a pour Président Jean-Michel Baylet, président du PRG. La percée de Le Pen y est encore plus forte, puisque le leader frontiste y obtient 20,12% ! Soit 2,46% de plus que Chirac, et surtout ; 4,48% de plus que Jospin ! Et toujours le même quatrième homme, Jean Saint-Josse, qui pointe à 8,42% !

 Jean-Marie Le Pen obtient un score supérieur à son score national dans un nombre important de départements : la totalité des départements des régions Alsace, Lorraine, Champagne-Ardenne, Franche-Comté, les trois quarts des départements bourguignons, les deux tiers des départements picards, la moitié des départements de la région Centre. Ainsi que dans la quasi-totalité des départements des régions Rhône-Alpes, PACA et Languedoc-Roussillon.

Epilogue: De la Chambre « retrouvée » et du PS à terre

 Après ce séisme politique, l’issue des législatives à venir est incertain. La gauche pensait sérieusement pouvoir les gagner, même en cas de victoire de Jacques Chirac face à Lionel Jospin. Cependant, le résultat du 1er Tour n’a-t-il pas montré la volonté des Français de rejeter la cohabitation ?

 

En mai 2002, trois hypothèses pouvaient être faites.

 

La première hypothèse consistait en une reprise en main des électeurs de gauche qui, en se remobilisant, pouvaient limiter les dégâts. La gauche pouvait ainsi espérer 270 à 280 sièges, contre 297 à 307 sièges pour la droite. Un avertissement pour Jacques Chirac, en lui signifiant que malgré ses 82%, il devrait composer avec une forte opposition de gauche à l’Assemblée Nationale. La gauche tenait bon en Bretagne, dans le Sud-Ouest, en Picardie et en Auvergne. Elle résistait parfaitement en Languedoc-Roussillon et dans les Bouches-du-Rhône, grâce à des triangulaires avec le FN. Son principal point de reflux serait concentré dans les régions Centre, Bourgogne et Franche-Comté. Un reflux s’expliquant en partie par l’excellent résultat de la gauche obtenue dans ces régions en 1997. Le PS y a donc plus à perdre qu’autre part.

 

 

Hypothèse 1 : la gauche se remobilise après la gifle présidentielle, l’extrême droite obtient un bon score, et provoque de nombreuses triangulaires.

 

La deuxième hypothèse était l’inverse de la première. Désespérée par l’échec de Jospin, le peuple de gauche ne se mobilise pas, laissant la droite remporter une victoire assez nette. Le reflux de la gauche se fait principalement en Bretagne, en Aquitaine, en Rhône-Alpes, en Picardie, et dans le Nord-Pas de Calais. Encore une fois, les sièges du Languedoc-Roussillon et des Bouches-du-Rhône sont épargnés, grâce au maintien de candidats FN solidement implantés.

 

Enfin, la 3ème hypothèse était plus équilibrée, la gauche réussissant à mobiliser ses électeurs, la droite bénéficiant de bons reports de l’extrême droite. La gauche sauve quelques sièges, dans l’Oise, en Haute-Saône, à Belfort (Chevènement !), dans la Drôme, en Isère, à Cherbourg (Bernard Cazeneuve) et à Caen, et reflue principalement dans le Sud-Ouest et en Bretagne.

 

Mais la gauche n’a pas résisté, et une vague bleue a déferlé sur la France !

La droite obtient ainsi 398 sièges, dont 358 à la seule UMP. Le PS perd 115 sièges, et ne conserve que 140 députés. Le PCF n’a plus que 21 députés, contre 34 en 1997. Les Verts sont laminés, et ne sont plus que 3. Le MDC de Chevènement disparaît de l’Assemblée, le Che est sévèrement battu à Belfort.

 

Un département symbolise tout à fait l’ampleur de la vague de 2002 : le Lot. En 1993, lors de la débâche du PS, il avait réussi à conserver les deux sièges de ce département. En 2002, il en perd un, celui de Cahors, un an après que Bernard Charles a perdu la mairie.

 

Après ce piteux résultat, la gauche, et principalement le PS, a un pied à terre. Il faut que le Parti Socialiste, maintenant dans l’opposition, se reconstruise, si il veut se remettre de ce double échec. Malheureusement, les gouvernements de droite, en cristallisant le mécontentement général des Français et en offrant des victoires de manière continue au PS (régionales et cantonales de 2004) vont faire que les dirigeants socialistes choisiront de se reposer sur leurs lauriers, sans tirer les leçons de l’épisode de 2002. On peut certainement expliquer ainsi l’échec de Ségolène Royal en 2007, alors qu’en toute logique, le PS aurait du remporter ce scrutin.

 

 

L’échec de Lionel Jospin est davantage du aux circonstances. D’abord, à l’émiettement des voix de gauches entre différents candidats. Ce n’est pas Le Pen qui était anormalement haut, c’est bien Jospin qui était bien trop bas.

Cependant, quand l’extrême droite dépasse 19% à une élection présidentielle, est-ce simplement l’expression d’une idéologie extrémiste ? Ou alors faut-il y voir un cri de désespoir, un avertissement du peuple à ses dirigeants « Ecoutez-nous, regardez-nous, comprenez-nous ! »

 

Dans un cas, comme dans l’autre, les 15 ans qui nous séparent de 2002 n’ont pas entamé le socle du vote FN.

Après un reflux considérable en 2007, qui s’explique par l’habile jeu du candidat Nicolas Sarkozy, mêlant un discours très à droite sur les valeurs, ou des thèmes comme l’insécurité, l’immigration, à un discours très à gauche, notamment sur l’économie, le FN est devenu un parti incontournable, et ce, dès 2012.

Cela colle parfaitement à cette phrase de Jean-Marie Le Pen « Je suis socialement de gauche, économiquement de droite, et nationalement de France ».

Sarkozy a su s’adapter pour capter au mieux le vote Le Pen.

 

En 2012, Marine Le Pen a parfaitement repris le flambeau de son père, et le FN a fait élire 2 députés, auxquels vient s’ajouter Jacques Bompard, qui après un passage chez Philippe de Villiers s’est retrouvé dans son propre parti, avec son épouse, qu’il a nommé Ligue du Sud. Un beau succès pour le parti frontiste, qui n’avait plus eu accès au Palais Bourbon depuis bien longtemps.

 

Le PS, lui, n’a tiré aucun enseignement de l’épisode de 2002. Et, contrairement à 2002,la présidentielle de 2017 pourrait bien signer son arrêt de mort. Le pari de Jean-Luc Mélenchon, celui d’une « pasokisation » du PS (du nom du PASOK, parti socialiste grec, supplanté par Syriza), semble d’ors et déjà remporté.

Crédits Photos : © AbacaPress

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s