Macron, ou le miroir aux alouettes

Miroir aux alouettes : Dispositif tournant, muni de petits miroirs réfléchissant les rayons du soleil, utilisé par les chasseurs pour attirer les alouettes et autres petits oiseaux (piège, leurre). Cette « chasse au miroir » fait encore partie des chasses traditionnelles pratiquées en France : posté avec un fusil, on attire les alouettes au moment de la migration avec un leurre tournant, le miroir aux alouettes.

Rarement, sinon jamais, dans l’histoire politique, un candidat n’aura bénéficié d’une telle exposition pendant des mois sans daigner exposer un programme (« le programme on s’en fout » s’est-il exclamé une fois à la radio). Il n’avait pas de programme mais un positionnement entretenu à coups de « une » de journaux et de magazines, et de sondages flatteurs confinant au matraquage.

Macron n’a cessé d’engranger des ralliements, tout à fait disparates, au point qu’il pourrait en cas d’échec se reconvertir en ouvrant un petit musée de l’opportunisme en politique.

Mais si l’ambiguïté en politique est bel et bien l’âme du centrisme, il lui en a fallu sortir, début mars. Macron est présenté comme le seul rempart à la droite et à l’extrême droite. Tous les sondages le disent– mais ceux qui ont de la mémoire en connaissent la fiabilité. Mais ce positionnement du « vote utile » sert de paravent à une série de mesures graves qui doivent être connues de tous ceux qui, parmi nos amis, penchent vers ce « vote utile » sans y regarder de trop près.

Au programme de Macron, la baisse des retraites, à commencer par celles des fonctionnaires.

Macron a annoncé (on a déjà entendu ça chez Sarkozy s’il vous en souvient) la fin de tous les régimes spéciaux de retraite. Au nom de « l ‘équité », il propose en particulier d’aligner le régime de la fonction publique (pensions) sur celui du privé. Traduisons-le. pour tous les fonctionnaires : infirmières, enseignants, agents, etc., cela représenterait une baisse allant jusqu’à 30% sur leurs pensions. De quoi pousser l’ensemble des retraites à la baisse, et favoriser (il n’a pas travaillé dans la haute finance pour rien) les fonds de pension privés. Chacun doit bien le mesurer.

Le pouvoir d’achat comme prétexte à la destruction de l’assurance-chômage

Autre leurre, le transfert des cotisations chômage sur la CSG, avec, selon Macron, un gain mirifique qu’il chiffre lui même à 20€  par mois pour les smicards. Bien moins que ce que gagneront les plus riches avec l’exonération du patrimoine financier de l’ISF !

Derrière il y a l’étatisation de l’Unedic, c’est-à-dire l’expulsion des organisations syndicales de sa gestion (adieu le statut d’intermittent du spectacle). Ce qui est en lien avec l’annonce par Macron d’une plus grande « rigueur » dans l’attribution des allocations chômage, coupées selon lui au deuxième refus d’une offre d’emploi « digne » (disposition déjà introduite en 2008 par le couple Sarkozy -Fillon). « Nous sortons réellement d’un système assurantiel où chacun se dit : « J’ai cotisé, j’ai droit à être indemnisé » (Macron, Les Echos)

Macron affirme – contre le revenu universel – qu’il est pour une société du travail («Je ne veux plus entendre qu’il est plus intéressant de ne pas travailler que de travailler » sic). Mais il propose d’augmenter les revenus de ceux qui s’enrichissent sans travailler (les gros actionnaires) et de durcir les conditions d’existence de ceux qui n’arrivent pas à trouver un travail stable !

Des destructions massives de postes de fonctionnaires contre les services publics

Macron annonce parmi les sources d’économies dans son programme la baisse du chômage à 7% d’ici 5 ans. Quel sérieux !  Comment prévoir ce que sera la croissance mondiale et sa structure d’ici 5 ans, alors qu’elle détermine largement ce qu’il advient du dit marché du travail en France ?

Mais par contre il est bien plus précis quant aux postes de fonctionnaires : il annonce 120 000 suppressions de postes. En fait, c’est plus que cela puisque dans le même temps il annonce près de 20 000 embauches sur 5 ans dans la police et dans l’Education nationale. On atteindrait donc près de 140 000 postes en moins sur 5 ans. Le nombre de suppressions atteintes sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy ! On peut aussi comprendre dans ce cadre sa volonté affichée de permettre aux établissements scolaires de recruter eux-mêmes leurs enseignants : il ne s’agirait plus de fonctionnaires mais de contractuels. L’extension du domaine de la précarité.

Au passage, Macron prétend inventer les « emplois francs » (de charges) pour les jeunes issus des cités, mais il semble ignorer que cette mesure a été déjà tentée, puis abandonnée, sous le quinquennat Hollande ! De l’art du jetage de poudre aux yeux…

Taxe d’habitation supprimée : Les communes saisies à la gorge

Un levier essentiel pour supprimer les postes dans la fonction publique territoriale, c’est l’annonce de la suppression de la taxe d’habitation pour près de 80% de ceux qui la payent.

Cette taxe rapporte globalement (avec de très importantes inégalités qu’il faudrait corriger) 10 milliards par an aux communes. Or Macron dans son interview aux Echos annonce qu’il va diminuer de 10 milliards les subventions de l’Etat (rarement versées en temps et heure) aux communes !

En les privant de l’une de leurs principales sources de financement, et en les rendant ainsi dépendantes de la compensation de cette taxe par l’Etat, il tiendrait le moyen de les prendre à la gorge, de les contraindre à diminuer (encore) la voilure. Et encore : comme le rappelait récemment Anne Hidalgo, à l’heure actuelle l’Etat ne verse déjà pas aux communes et collectivités territoriales l’intégralité ce qu’il s’est engagé à compense (comme pour le RSA, délégué aux départements). La fin programmée des 35 heures

Dernier point qui a une résonance particulière pour la gauche : la question des 35 heures. Ici, nouveau leurre : M.Macron ne toucherait pas à la durée légale du travail mais … permettrait qu’elle soit « modulée » entreprise par entreprise.  Autrement dit : elle existerait mais ne s’appliquerait pas. Il avait même proposé en novembre que « les jeunes » fassent des semaines plus longues que les salariés plus âgés avec cet aphorisme remarquable « quand on est jeune, 35 heures ce n’est pas long ». Et pour faire bonne mesure Macron propose de défiscaliser de nouveau (puisque Sarkozy l’avait déjà fait) les heures supplémentaires.

Tout ceci converge parfaitement : la droite au pouvoir a beaucoup parlé d’abroger les 35 heures, le candidat Fillon aussi se fixe cet objectif (sauf pour sa femme), Macron va dans le même sens alors que les gains immenses de productivité et l’automatisation, l’intelligence artificielle, etc. plaident au contraire pour un meilleur partage du travail.

« Ni de droite, ni de gauche » ? Bien au contraire !

Beaucoup de nos amis sont tentés, à cause des sondages, de voter Macron dès le premier tour pour éviter un second tour Fillon – Le Pen.  Mais, on le voit bien : Macron a un programme d’inspiration entièrement libérale, d’ailleurs salué par le Medef. En particulier Macron a dans son collimateur les réformes les plus marquantes réalisées par la gauche au pouvoir. Sa sortie sur les manifestants contre le mariage pour tous qui auraient été « humiliés » (sic) ne tombe vraiment pas du ciel.

Dans ce moment particulier où la configuration politique qui a prévalu les dernières décennies dans notre pays – et il n’est pas le seul – est en train d’imploser, ce dont les politiques menées depuis des années sont responsables, voter en fonction des sondages pour des solutions rétrogrades portées par un aventurier au beau sourire,  qui s’avérerait comme l’adversaire idéal pour Mme le Pen, quoique serinent les sondages, serait une erreur majeure : ce serait effectivement se faire pigeonner

Tribune envoyée par Olivier Cosmann

Une réflexion sur “Macron, ou le miroir aux alouettes

  1. A reblogué ceci sur Boycottet a ajouté:
    dans ce triste monde … dire la vérité devient un acte révolutionnaire !
    Dans ce moment particulier où la configuration politique qui a prévalu les dernières décennies dans notre pays – et il n’est pas le seul – est en train d’imploser, ce dont les politiques menées depuis des années sont responsables, voter en fonction des sondages pour des solutions rétrogrades portées par un aventurier au beau sourire, qui s’avérerait comme l’adversaire idéal pour Mme le Pen, quoique serinent les sondages, serait une erreur majeure : ce serait effectivement se faire pigeonner

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