Pendant ce temps au Venezuela, la remise en cause d’un système

Alors que la France et ses médias sont occupés par l’élection présidentielle, un autre événement politique est très peu relayé: la révolte qui a lieu en ce moment-même au Venezuela, contre le Président socialiste Nicolas Maduro. Depuis le début des affrontements, le 1er avril, huit personnes ont déjà perdu la vie, dont la dernière en date dans la nuit de jeudi à vendredi. Des épisodes d’une rare violence ont lieu, avec des manifestants qui sont très déterminés et des forces de police qui n’hésitent pas à réprimer.

 Plusieurs facteurs peuvent être avancés pour expliquer l’importance et la violence de ces manifestations. Premièrement, le Président Nicolas Maduro a perdu la majorité au Parlement en 2015, ce qui a été à l’origine d’une instabilité politique croissante au sein du pays. L’opposition au Président, désormais majoritaire à l’Assemblée, réclame régulièrement la tenue d’élections anticipées, le mandat de Maduro se terminant en 2019, sans succès à chaque fois.

Si Nicolas Maduro, qui reprenait en 2013 le flambeau d’Hugo Chavez, qui avait redressé le pays grâce à des réformes sociales d’ampleur, se retrouve dans cette situation, c’est également en raison de la crise économique et sociale qui traverse le pays depuis quelques années déjà. En effet, l’ancien président avait pu entreprendre, grâce aux richesses liées à l’exploitation du pétrole, une politique sociale très ambitieuse. Il avait par exemple augmenté le salaire minimum à plusieurs reprises, fait grimper le revenu annuel par habitant de 4000 à 12 000 dollars (en 2009), entrepris la création d’un grand nombre de logements ou encore mis en place plusieurs missions d’éducation pour lutter contre l’analphabétisation. Or, le président actuel est confronté aux limites du modèle économique de son pays, basé sur la rente pétrolière. On ne peut affirmer avec certitude que le modèle social prôné par Maduro soit bon ou mauvais, mais ce qui est certain, c’est que les richesses liées à l’exploitation du pétrole n’étant plus suffisantes, le pays devrait désormais faire évoluer son modèle économique, commencer à se baser sur d’autres formes de richesses que celle-ci qui, par définition, est limitée dans le temps et très dépendante des flux du marché. Seulement alors il serait possible pour le Venezuela de continuer à mener la politique sociale ambitieuse qui le caractérise depuis une quinzaine d’années. 

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Le Président Maduro

Mais, au-delà du “ras-le-bol” provoqué par la situation économique qui se détériore de plus en plus, les manifestants dénoncent une escalade dans la répression de la part du gouvernement. Le Président ne voulant pas céder aux demandes de l’opposition, la police est de plus en plus mobilisée, et est parfois impliquée dans de véritables “combats de rue” avec des manifestants. Face à cette escalade de la violence, des réactions proviennent de toutes parts. L’opposition a notamment demandé aux manifestants d’effectuer une “marche du silence” ce samedi en réponse à ces représailles. L’ONU, ainsi que certaines ONG comme Amnesty International, se sont empressées de condamner les faits, et de demander une réduction des tensions entre les deux camps. Nicolas Maduro se défend en accusant les Etats-Unis d’être à l’origine d’un “coup d’Etat terroriste”, accusation immédiatement rejetée par les Etats-Unis.

La situation semble donc aujourd’hui de plus en plus compliquée et les manifestations risquent de continuer pendant quelques temps encore. Mais ce qui se passe actuellement au Venezuela doit permettre de nous rappeler que, en ce qui concerne un système politique, une société, rien n’est jamais acquis. En effet, on aurait pu croire qu’après des années d’instabilité et de conflits, le Venezuela avait enfin retrouvé une sorte de paix sociale. Or, on constate à présent que les tensions se font de plus en plus vives et que, selon un sondage réalisé par l’institut vénézuélien Venebarometro, environ 7 vénézuéliens sur 10 souhaitent le départ de Nicolas Maduro, le même qui était présenté comme l’héritier de Hugo Chavez et qui avait été élu en 2013 pour lui succéder. On ne peut prédire comment la situation évoluera, mais ces violences doivent faire réfléchir à la fragilité d’un système. Ce n’est pas parce qu’aujourd’hui un système fonctionne, que cela fonctionnera dans le futur. Ces heurts doivent nous servir d’avertissement, à nous et à tous les pays du monde, ils doivent nous rappeler que l’humain fait des erreurs de par sa nature-même d’être humain, et que c’est pour cela que rien n’est immuable, chez les gens mais aussi dans les systèmes économiques, politiques et sociaux. La France pourra se retrouver face à des enjeux similaires, d’ici quelques années. Et la question doit alors se poser: doit-on encore attendre qu’un système ne soit plus viable pour le changer, ou peut-on envisager de le faire en amont? 

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Des manifestations virulentes

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