Art Vs Cinéma

Quelle est la place de l’Art au cinéma ?

Un film n’est pas nécessairement une œuvre d’art. Regardez Batman v Superman de Zack Snyder puis Le Troisième Homme réalisé par Carol Reed en 1948, et vous comprendrez ce que je veux dire. La dimension artistique du cinéma s’est peu à peu effacée suite à la disparition du muet et du noir et blanc, mais aussi à cause de la mutation de notre société en société de consommation. Dans le cercle des réalisateurs reconnus aujourd’hui, les véritables artistes sont presque absents … même aux Oscars ou au festival de Cannes. Aujourd’hui, on dit qu’un film est bon lorsque l’on trouve l’histoire intéressante et que l’on ne s’ennuie pas. Mais non ! Le vrai cinéma, le cinéma artistique, ce n’est pas QU’un scénario !

Avis de recherche : l’Art de l’image a disparu

A l’époque du cinéma muet, qui a pris fin dans les années 1920, les réalisateurs de films se concentraient surtout autour de l’image. Elle jouait le rôle d’intermédiaire entre lui et le public. Le réalisateur était obligé de faire comprendre le sens de leur film à travers elle car la place laissée au dialogue, qui était alors écrit, était très restreinte. Depuis l’avènement du cinéma parlant, la place accordée au dialogue a explosé. Il est beaucoup plus facile de communiquer à travers les mots que par le biais d’une image. Résultat, de plus en plus de réalisateurs se sont enfermés autour de la construction du dialogue en laissant de côté l’importance de l’image pour communiquer avec le public.

Pour moi, une image au cinéma est artistique lorsque je peux l’imaginer, hors du film, dans une galerie d’art, exposée au même titre qu’une photographie. Si aucun des plans ne m’inspire un tel effet, je ne peux pas qualifier le film d’œuvre d’art. Beaucoup de réalisateurs aujourd’hui ont commencé à faire des films avant même de maîtriser les bases de l’esthétique et ne réussissent donc par à donner une véritable dimension artistique à leurs images … contrairement aux maîtres du 7ème Art tels que Friedrich Murnau, Fritz Lang, Alfred Hitchcock ou Orson Welles, par exemple. Ces derniers sont devenus les rois de l’esthétique en apprenant à maîtriser la magie de la lumière au travers du noir et blanc. Or, depuis l’avènement de la couleur au début du XXème siècle, les films noir et blanc ont commencé à disparaître. Leurs producteurs se sont faits de plus en plus rares car, influencés par le développement de la société de consommation, ils ont préféré miser sur les films en couleur pour leurs potentiels de vente plutôt que pour leur esthétique. Mais attention, je ne dis pas que seuls les films en noir et blanc ont des qualités artistiques, je dénonce juste le fait que les producteurs soient devenus aveuglés par l’argent et n’aient pas soutenu des films en noir et blanc de qualité parce qu’ils jugeaient qu’ils se vendraient moins facilement. Cette sélection arbitraire a eu de lourdes conséquences sur le cinéma et l’a complètement métamorphosé. Aujourd’hui, la majorité de nos réalisateurs sont nés avec la couleur. Contrairement aux maîtres du siècle dernier, ils n’ont donc jamais eu à pratiquer l’exercice du noir et blanc et appris à maîtriser la lumière. Nos réalisateurs, aujourd’hui, font souvent des films pour raconter une histoire au travers d’un dialogue en lui collant des images dénuées de langage cinématographique, loin de celles que je pourrais imaginer dans une de mes galeries d’art imaginaires … En bref : ils accordent beaucoup plus d’importance au scénario qu’au rendu visuel du film.

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Image type au cinéma aujourd’hui : banal, standard, aucun coup de génie (issue de Lion, Garth Davis. Le sujet de l’histoire est tout de même intéressant)

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Image d’un maître du 7e art : jeu de couleurs et de lumière, remarquez le « brouillard » sur Kim Novak et son ombre sur la porte (issue de Vertigo, Hitchcock)

Recette pour devenir maître du 7e Art

Pour moi, un réalisateur doit tout d’abord être un bon photographe. Il doit être capable de penser et communiquer en image, de maîtriser la lumière pour sculpter ses sujets, et doit posséder un sens aigu de la beauté. Un réalisateur doit être aussi un bon metteur en scène pour savoir diriger ses acteurs, et un bon monteur, chef d’orchestre du film, maître du rythme. Regardez la scène de la douche dans Psycho d’Alfred Hitchcock et vous comprendrez à quel point la maîtrise du montage est importante au cinéma. Enfin, un réalisateur doit être un bon conteur d’histoire. Les histoires racontées au cinéma sont parfois assez lassantes, même celles des grands réalisateurs. D’ailleurs, pour ma part, je regarde davantage les films du siècle dernier pour les talents de photographes, de metteurs en scène et de monteurs des réalisateurs que pour ce qu’ils racontent.

Aujourd’hui, nous sommes donc face à un véritable challenge. Celui de trouver des réalisateurs à la fois photographe, metteur en scène, monteur et conteur. Un film est un chef d’œuvre artistique lorsqu’il satisfait le plaisir de la vue, mais quand il pique aussi notre intérêt et nous fait oublier le temps qui passe. Un chef d’œuvre artistique accroche notre regard pour nous emmener avec lui en voyage. Il nous prend au tripes, et dépasse les limites de notre raison pour toucher notre cœur. L’Art est le résultat d’une harmonie parfaite entre ce que l’artiste veut exprimer et la forme qu’il lui donne. Au cinéma, il ne faut donc ni négliger l’idée que l’on veut exprimer et que l’on expose au travers du scénario, ni la forme, que l’on développe par le biais de l’image.

La référence : Citizen Kane, Orson Welles

On ne peut pas comprendre quelle est la place de l’Art au cinéma sans avoir vu certains films du siècle dernier … comme Citizen Kane d’Orson Welles, sorti en 1941, THE movie à voir dans sa vie. Je ne suis pas particulièrement fan de l’histoire, mais rien que pour le plaisir des yeux je serais prête à le revoir … encore et encore. Ce film dramatique américain raconte une partie de la vie de Charles Foster Kane, dont le personnage est directement inspiré de William Randolph Hearst. Ce dernier a d’ailleurs essayé d’interdire le film à sa sortie suite à un mystérieux problème de « clitoris ». Je suis désolée, Mesdames et Messieurs, mais je n’ai pas plus d’informations concernant ce sujet fort intéressant. Plus sérieusement maintenant, je vous conseille tout d’abord de (re)regarder Psycho d’Alfred Hitchcock avant de voir Citizen Kane. C’est une œuvre intemporelle qui suicitera sûrement votre intérêt et vous donnera même envie, je l’espère, de regarder d’autres films de la même époque. Pour apprécier Citizen Kane, il faut avoir vu d’autres films avant pour comprendre les innovations cinématographiques, musicales et narratives qui le composent. Et puis apprendre à apprécier le cinéma, c’est comme apprendre à apprécier du bon vin. Le palais, ça s’éduque !

The End

Je vous laisse avec quelques images de Citizen Kane, film aux jeux de lumière incroyables. Cette lumière est une pièce maîtresse du langage cinématographique du réalisateur, et sa maîtrise lui donne une place légitime auprès du cercle des Artistes. Voici aussi un clip composé pour The Union Forever des White Stripes, https://www.youtube.com/watch?v=IMNXJPkRxIM, avec quelques images de notre Citizen Kane, film préféré de Jack White. Et si vous voulez des conseils pour trouver un film à regarder, n’hésitez pas à poster un commentaire ou à m’envoyer un message !

« Le cinéma, c’est l’écriture moderne dont l’encre est la lumière. »  Jean Cocteau
Référence tableau : The Art Cinema In The 80s, JGART

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