Combattre le mal par le mal ?

Sans aucun bruit, quelques minutes avant vingt heures, les grandes chaînes de télévisions s’apprêtaient à nous révéler les candidats sélectionnés pour le second tour de la présidence de la République. En haleine, chose inédite pour un premier tour, le décompte paraissait interminable. Cette campagne particulière rompait avec le bipartisme traditionnel puisque quatre candidats se battaient pour les deux premières places. Contrairement aux élections de 2002 ce fut avec peu de surprise que nous vîmes apparaître le visage annoncé de Marine Le Pen, visage incarnant tant de haine, de stigmatisation et de rejet, dont les ambitions ne font que s’amuser de la misère des pauvres gens en proposant un programme stigmatisant et déniant la réalité des faits.

Pour affronter tant de haine, les français ont finalement opté pour un candidat issu du système, triste incarnation du libéralisme, de la finance et porteur de nombreux conflits d’intérêts. Pourtant, les politiques libérales présentées dans le programme plus que flou et ambiguë du candidat, expliquent par leurs conséquences la montée du Front National. Ainsi, l’ascension de Marine le Pen s’explique par diverses variables : les mesures de dédiabolisation, l’immigration extra-européenne mais elle est également liée aux conséquences sociales des politiques néolibérales. Celles-ci ont ainsi impliqué ces dernières années une détérioration de nombreux services publics et une précarité accrue des travailleurs. Au second tour, en votant contre Marine Le Pen nous sommes donc paradoxalement contraints, comme en 2002, à voter en faveur des politiques néolibérales, qui par leurs conséquences expliquent en partie la montée du Front National.

Ainsi, sociologiquement, les électeurs du Front National sont majoritairement des employés, des ouvriers et des jeunes précaires. Ce 23 avril, selon un sondage IPSOS, Marine Le Pen a obtenu l’adhésion de 32% des employés et 37% des ouvriers. Le sondage démontre également que la candidate a obtenu « un meilleur score auprès ce ceux qui ont l’impression d’exercer une profession en déclin » (30%). Ont également voté pour Marine Le Pen « 43% des électeurs  qui s’en sortent très difficilement avec les revenus du ménage » et « 32% des foyers dont le revenu mensuel est inférieur à 1250 euros par mois ».

Nul besoin de davantage pour en conclure que le vote pour cette femme représente un vote de souffrance. D’individus qui, face au dogme néolibéral incessamment défendu depuis 1983, ne connaissent qu’une accentuation de précarité et de pauvreté. En proposant de continuer dans ce sens le candidat du mouvement En Marche, qui en 2016 désirait « aller plus loin que la loi El Khomri », ne fait que rendre plus précaire les ouvriers et salariés et croissant le sentiment grandement légitime d’injustice sociale. Un rapport de l’OCDE de 2015 pointait, dans ce sens, le bilan des politiques néolibérales en France, concluant que la France est le pays de l’OCDE dans lequel les inégalités entre les plus riches et les plus pauvres se sont le plus creusées depuis 30 ans.

Bien plus qu’un vote de souffrance et de rejet d’un système qui engendre de façon croissante de la précarité, le vote Front National incarne également un vote entaché de peur, la peur fictive de « l’étranger » qui viendrait concurrencer l’ouvrier « Français » sur le marché du travail. En s’appuyant sur ces souffrances, la candidate prône un repli identitaire et fait faussement croire que l’immigré rivalise de manière déloyale avec le travailleur français qui se doit d’affronter des situations de plus en plus répandues de chômage et de précarité avec le développement des contrats en CDD et en intérim.

Le candidat de l’oligarchie et de la finance est, quant à lui, sans surprise soutenu par l’ex présidente du MEDEF Laurence Parisot qui voit en Emmanuel Macron « un puissant renouvellement ». Par ses propositions principales, le candidat s’acharne à vouloir rendre modernes des idées issues du vieux dogme libéral prônant une réduction des dépenses publiques, une exonération des cotisations sociales sur les heures supplémentaires, la fin des régimes spéciaux des fonctionnaires ou encore une amplitude d’action croissante accordée aux chefs d’établissements incluant une autonomie dans le recrutement. Un candidat au service des puissants qui ne fera qu’augmenter les inégalités, la précarité et le vote en faveur du Front National. Le front républicain, impliquant un vote par dépit pour Emmanuel Macron, ne fait donc que reporter l’échéance en donnant une aura et une puissance croissante au discours de l’extrême droite française. Cela cache d’un voile léger et éphémère un problème existant depuis l’émergence des politiques libérales et ne permettant en rien de lutter contre la montée du Front National sur le long terme. Pour ce faire, il est primordial d’entamer de nombreuses politiques de lutte contre la misère et la précarité en rompant définitivement avec le dogme néolibéral.

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