Seconde lettre pour ma fille

Alice,

Il y a quelques mois, je te suppliais de t’opposer de toute force à cette socialisation précoce voulant faire de toi un être faible puisque appartenant à la gent féminine. Aujourd’hui, bien plus, je te prie de te battre pour affirmer ta différence et t’opposer à ce conformisme imposé par la société. Depuis notre plus tendre enfance, la société nous impose des normes et valeurs et l’expression même infime de notre différence rime bien souvent avec stigmatisation. L’accumulation de divers stigmates liés au choix de ton genre, de ton style v stimentaire, de ton orientation sexuelle, de ton appartenance ethnique et religieuse ou encore de ton milieu social pourront être de véritables handicaps durant ta vie tant au niveau personnel que professionnel. La société attend de toi que tu sois conforme et que les diverses institutions, plus ou moins disciplinaires, auxquelles tu auras à faire face aient comme finalité un « dressage [de ton] corps » (M.Foucault)  afin que tu sois « dans la norme ».

Et si cela ne te convenait pas ? Et si tu étais différente ? Et si nous étions différentes ? Si ce n’était qu’une façade en vue de coller au mieux à la définition éphémère de la normalité ? En tentant d’entrer dans la norme, tu te rendras très rapidement compte que ce n’est peut-être pas ce dont tu rêves ni ce qui te rendras heureuse. Toutefois affirmer ta singularité signifierait un regard incessamment différent presque impossible à surmonter. A ton âge j’en étais convaincue, le jeu n’en valait pas la chandelle. Et si c’était toi qui avais raison ? Et si c’est eux qui avaient tort ? Eux, qui de part leurs regards, leurs murmures et même leurs pensées t’anéantissent au point que tu rêverais de te rapprocher un temps soit peu de  leurs critères.

Non, tu ne seras pas uniquement discriminée en tant que femme mais bien plus en tant que « femme déviante ». Bien sûr, tu devras comprendre que la « normalité » et la « déviance » ne sont que des variables relatives, éphémères temporellement et spatialement. Toutefois, le contrôle social sera parfois tellement fort que tu seras très certainement tentée de te rapprocher au mieux de cette norme. Mais à quel prix ? Pour t’intégrer considères-tu qu’il soit nécessaire de t’amputer d’une partie de ton identité ? L’affirmation de ta singularité et de ta différence c’est ce qui fera ta force et ton épanouissement. Si tu ne corresponds pas aux critères de conformité qui ont été érigés à ta place par la société, ose l’anticonformisme mais surtout n’oublie jamais que « Le conformisme commence à la définition » (Georges Braque).

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Photo de couverture :  © Deavita

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