Macron et Renzi, jumeaux maléfiques?

En ces jours animés de campagne électorale, l’envie de défendre, encore une fois, mon point de vue de futur abstentionniste ou de votant blanc au second tour m’est passée par l’esprit. Mais, sans doute désabusé par les leçons de morale incessantes de ces derniers jours, je me suis dit, mais pourquoi pas, au lieu de cela, comparer ce qui a pu se passer dans un autre pays qui m’est très cher, l’Italie, il y a encore très peu de temps, à ce qui pourrait se passer en France d’ici-peu? Le comparatif, je pense, peut être utile pour comprendre à quel point Macron est dangereux pour le futur des Français. Il faut, bien évidemment, garder à l’esprit que nous avons à faire à des régimes assez différents (semi-présidentiel pour la France, parlementaire pour l’Italie), néanmoins c’est plutôt une comparaison sur les hommes que je voudrais faire aujourd’hui. 

Comme vous avez pu le deviner par le titre, je vais comparer les deux hommes politiques influents que sont Emmanuel Macron et Matteo Renzi. Pour ceux dont la connaissance de la politique italienne est fragmentaire, petit rappel. Matteo Renzi, né en 1975, mène une carrière au sein de ce qui va devenir le Parti Démocrate italien dès son plus jeune âge. Il s’engage en 2006 aux côtés de Romano Prodi (économiste, ancien membre de la Commission Européenne) pour la campagne de ce dernier aux élections générales. Il devient ensuite maire de Florence en 2009, puis succède en février 2014, par un vote interne au Parti Démocrate (majoritaire à l’assemblée italienne) à Enrico Letta comme Président du Conseil italien, à seulement 39 ans, en devenant le plus jeune chef de gouvernement italien de l’Histoire. En décembre 2016, après la victoire du “Non” au référendum portant sur une réforme constitutionnelle par lui promue, il démissionne de son poste. Nul besoin ici de vous rappeler le parcours d’Emmanuel Macron, déjà bien assez retranscrit par la presse et les “journaux” people.

Une première similitude entre les deux “révolutionnaires” (Renzi étant surnommé “Il Rottamatore”, en italien “le démolisseur”) est donc leur jeune âge. Macron est en position de devenir Président de la République à 39 ans, même âge auquel Renzi a accédé au pouvoir en Italie. De par leur jeunesse, ils réclament vouloir abandonner la “vieille politique”, se départir des logiques “à l’ancienne”. Les qualificatifs présentés au début du paragraphe sont donc particulièrement révélateurs de la façon dont cherchent à se mettre en avant ces deux personnages. Leur volonté affichée de rénover la façon de faire de la politique, anciennement structurée autour des partis, se heurte, dans les deux cas, à quelques contradictions. Si Renzi vient tout juste de remporter les primaires du Parti Démocrate en Italie et reste donc affilié à un parti, Macron, malgré la création d’un mouvement soi disant “autonome”, est encore lié à de nombreux notables provenant de partis “à l’ancienne”, en particulier du Parti Socialiste.

Au-delà de cette première ressemblance, Macron et Renzi partagent également une idéologie. En effet, les deux se réclament du social-libéralisme, et se positionnent en “progressistes”. Tous les deux très europhiles, ils se positionnent comme les défenseurs de l’Europe, en particulier en montrant leur attachement à l’équilibre des comptes publics. Lors de son accession au gouvernement, Renzi promet entre autres de simplifier le fonctionnement de l’administration italienne en supprimant les provinces ou encore de réduire le taux d’imposition pour les ménages et les entreprises. De même, comme a pu le faire Macron en France à travers la Loi Travail, il réforme le Code du Travail, et il désengage l’État dans sa participation au budget des Postes ou de l’aviation civile. Macron et Renzi, en bons chantres du néolibéralisme, partagent également une vision assez étroite de l’écologie. Celle-ci vient après les intérêts économiques, la planète doit servir l’économie et non l’inverse. En effet, l’écologie occupe une place très marginale dans le programme électoral d’Emmanuel Macron et ses positions sur la question n’ont jamais été très claires: pour ce qui est de la construction de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes par exemple, il s’est à plusieurs reprises prononcé favorablement avant de nuancer son propos récemment lors d’une interview au WWF. Renzi, lui, a fait encore pire en mettant en place un plan appelé “Sblocca Italia” comprenant plusieurs mesures très dangereuses pour l’environnement, comme des opérations de forage pétrolier, à la fois sur la terre émergée et dans les mers. Ces mesures ont été vivement critiquées par des acteurs politiques ou encore par des ONG, notamment GreenPeace, et leur dangerosité a été pointée du doigt, sans pour autant que des concessions importantes soient faites de la part de l’ex-Premier Ministre italien.

Vous vous demandez donc à ce point: “Mais pourquoi nous fait-il cette comparaison?”. Si j’ai décidé de comparer ces deux hommes, c’est bien pour montrer en quoi, sous des faux couverts de modernité et de progressisme, ces personnages sont en réalité ni plus ni moins que des hommes politiques classiques, qui usent de cet argument de la jeunesse et de la modernité pour se faire élire. En tant que purs produit marketing destinés à faire vendre, ils proposent en réalité de détruire les avancées sociales jusqu’à présent acquises, à travers un discours creux, sans véritable fondement idéologique, qui cherche à plaire à tout le monde, et, par conséquent, qui ne satisfait pas grand monde parmi les citoyens. Cette pauvreté idéologique leur permet assez aisément de faire des alliances avec le camp à priori “adverse”: si Macron accueille “bénévolement” des hommes politiques de tous bords, Renzi n’a eu aucun problème à gouverner avec plusieurs ministres issus de l’opposition de droite au sein de son gouvernement. Renzi, à travers sa politique, n’a pas contribué à relancer la croissance en Italie et a, au contraire, accru le nombre de personnes en situation de forte précarité. On peut s’attendre légitimement à ce que Macron, avec une politique très ressemblante, arrive au même résultat, qu’on peut déjà apercevoir à travers les conséquences de la loi Travail. Si depuis l’arrivée de Renzi au pouvoir en 2014, le Mouvement Cinq Etoiles, parti non pas d’extrême-droite mais certainement anti-système et anti-UE, n’a cessé d’accroître ses scores électoraux, ce n’est pas un hasard. Un parallèle avec la montée du FN en France est donc clairement faisable. Il s’agirait donc de se rendre compte à présent que si ce type de parti est de plus en plus puissant, ce n’est pas à cause de la “stupidité” des citoyens, mais bien à cause d’un sentiment d’impuissance et d’injustice. Macron sera sans doute élu dans quelques jours, et nous penserons, encore une fois, avoir échappé au pire. Son programme restera le même, ses politiques ne changeront pas, et, tel que Renzi l’a fait en Italie, nul doute qu’il s’assoira encore une fois sur les intérêts du peuple, au profit de quelques multinationales. Peut-être Macron le fera-t-il plus discrètement que Renzi, mais les conséquences seront les mêmes: encore plus de division, encore plus d’injustice sociale, encore plus de dégradation de l’environnement, encore plus de démagogie. Quand est-ce que l’on arrêtera donc ce règne de l’encore plus? Sans doute quand l’encore plus ne sera plus possible. En attendant, bonne chance et bon vote (ou pas) dimanche.

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