I snap, therefore I am

Mes petits amours, fans et admirateurs secrets ❤,

Je ne passe pas inaperçue, vous devez déjà savoir qui je suis. Je vous dispense donc d’une piqûre de rappel. Aujourd’hui, j’ai choisis de philosopher sur notre destin et le « pourquoi » de l’existence. Certaines bonnes étoiles condamnent ceux qui empruntent leurs chemins à être sales et à se couvrir de poussière en faisant le ménage. D’autres se voient rangés au titre de potiche et passent leurs jours à encaisser des produits. J’appartiens, pour ma part, à la caste des privilégiés. Dieu m’a faite femme fatale, véritable reine de beauté. Les têtes se tournent au rythme de mes pas et seul un croisement de regard suffit pour retrouver un homme dans mes bras. Le démiurge a façonné ma beauté telle une œuvre d’art, je suis née pour être admirée … c’est pour cela que j’ébranle et cadence les journées de mes abonnés Snapchat en garnissant ma story de mes petits sourires effrontés. Voici, par exemple, comment s’est dessinée aujourd’hui ma journée :

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Love, kiss, j’vous , gros xoxo,

Maévane ou l’Aphrodite des réseaux sociaux


Cet article vous a bien fait rigoler ? Tant mieux ! On m’a toujours dit que le ridicule ne tue pas … j’espère donc que vous n’êtes littéralement pas mort de rire. Savez-vous quelle est la traduction québécoise du mot « selfie » ? Non ? La voici : « égoportrait« . Assez porteur de sens, n’est-ce pas ? Chers québécois, merci. Grâce à vous, je n’ai même pas besoin de définir ce que sont ces selfies (ou salsifis, comme le dirait mon ami Jean Lassalle).

Snapchat, Facebook, Instagram … si vous êtes désireux d’entretenir votre image, nombreuses sont les voies que vous pouvez emprunter.  L’ère du culte de la personnalité a atteint son apogée : désir est le maître mot de notre société, et le susciter notre dessein.  Mais qui sont-ils, ces petits cachottiers qui s’exposent avec tant d’assiduité au regard d’autrui ? Nos amis narcissiques ? … bien sûr. Mais à leurs côtés se trouvent aussi des femmes et des hommes transis par la peur de ne plaire à personne. Toutes les marques ayant pour effigie ces mannequins à la plastique de rêve envahissent notre quotidien, et les codes de la sensualité sont dressés par les publicités de parfums. Pour plaire, il faut être à l’image de leurs protagonistes. Pour plaire, il faut être beau … mais selon une liste de critères pré-définis.

Snapchat fait souvent l’objet de vives polémiques à propos de ses filtres car face à l’objectif, nous subissons un véritable lifting. Lissage de peau, éclaircissement des yeux, gonflage des pommettes … nombreuses sont les combines déployées pour obtenir une photographie à l’image de tous ces codes de la beauté. S’aimer au naturel est devenu un acte de résistance, et plaire sans vanter son image s’approche désormais de la prouesse. Lorsque vous prenez une photo de vous, attardez vous donc sur la dimension artistique que vous pouvez y apporter … plutôt que de passer des heures à choisir l’angle et le filtre qui vous rendront canon le temps d’un petit clic. N’oubliez jamais, mes amis (j’aime débuter mes phrases comme les hommes politiques), que la valeur ne trouve pas demeure dans l’éphémérité.

2 réflexions sur “I snap, therefore I am

  1. S’aimer est ce qu’il y a du plus naturel. Pratiquer le culte de son image revient à se voiler. S’aimer au fond du coeur ouvre des portes invisibles mais bien réelles, des portes essentielles pour parvenir à cette joie et cette paix intérieure tant convoitée, rarement dévoilées.

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