Les têtes de Turcs du nouveau sultan

Le 21 mars dernier Jean Claude Juncker et Donald Tusk ont reçu le président Erdogan à Bruxelles. Bien que l’Union Européenne ne puisse négliger ce partenaire politique, l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne n’est désormais plus d’actualité.

Les relations avec les USA, la question kurde au centre des désaccords. 

La rencontre tant attendue de ce mardi 16 mai entre le président des États-Unis et son homologue turc leur a demandé pour l’occasion de gérer deux dossiers difficiles : la place des kurdes de Syrie et l’affaire de Fethulla Gülen.

Pour leur premier tête à tête à Washington, les deux dirigeants ont tenté d’apaiser les tensions. Malgré tout, les sujets qui les opposent sont pléthoriques. En effet, la décision américaine d’armer les milices kurdes en Syrie à fait voir à Washington un allié majeur dans la bataille contre l’organisation de l’État Islamique de manière à pouvoir déloger les membres de l’organisation islamique de Raqqa qui est la capitale de Daech.

La question kurde est donc au centre des désaccords, d’autant plus que la Turquie campe sur ses positions et craint la naissance d’une région autonome kurde au Nord de la Syrie, elle s’oppose fermement à cette idée et soutient les rebelles anti-Assad de l’armée syrienne libre. Il répétait encore son avis il y a deux semaines lors du sommet annuel de « The Atlantic councail » qui se déroulait à Istanbul. Cependant ils ont cherché à faire bonne impression et ont permis de renforcer leur partenariat stratégique.

L’autre dossier sur Fethullah Güllen, l’ex allié d’Erdogan qui vit actuellement en exil en Pennsylvanie et est accusée d’avoir préparé la tentative de coup d’État du 15 juillet dernier est aussi épineux. Mais rappelons que Trump a été un des seuls chefs d’État a avoir félicité Erdogan après le référendum au sujet de l’augmentation de ses pouvoirs. Leur partenariat est stratégique et déterminant pour la stabilité du Moyen-Orient, surtout après les violents affrontements du mardi 16 mai dernier à Washington qui a fait 9 blessés et a affronté le service de sécurité du président Turc aux manifestants pro-kurdes.

Une évolution politique qui rend désormais impossible une entree dans l’Union  européenne 

Alors que l’entrée de la Turquie était une promesse vieille de la guerre froide, dans un contexte ou le pays avait un rôle géopolitique non négligeable, ce n’est qu’en 1987 que la Turquie déposa officiellement sa candidature.

Les nécessaires conditions pour entrer dans l’Union Européenne ont été revendiquées, soit la présence du pays sur le continent européen, le respect des valeurs de l’Union et leurs promotions. La longue attente fut justifiée par une partie du territoire partiellement présente sur le continent, une culture peu européenne, une faible séparation entre l’Eglise et l’Etat, une corruption omniprésente et une proximité dangereuse avec le Moyen Orient.

A l’heure actuelle, les têtes de Turc ont vu leur chance de rentrer dans l’UE s’amoindrir au point de devenir infime. Suite au putsch manqué en juillet 2016, le président a remporté le referendum impliquant un possible rétablissement de la peine de mort, une hyper-présidentialisation, une possibilité de gouverner par décret. Or, selon C. Juncker, « si la peine de mort est réintroduite en Turquie, cela entrainerait la fin des négociations. »

Des relations avec l’Allemagne et les Pays-Bas qui se détériorent

Un crise fait rage entre la Turquie et l’Allemagne (et plus largement les États de l’Union Européenne) à l’approche du référendum du 16 mai visant à renforcer les pouvoirs du président Erdogan.

Ankara accuse Berlin de ‘pratiques nazies’, ‘une limite a été franchie’ rétorque l’Allemagne. En effet, celle-ci a refusé de laisser participer des ministres turcs à des réunions électorales auprès de la diaspora sur son sol. Cette diaspora, la plus importante d’Europe, qui comporte 3 millions de personnes dont 1,4 millions d’électeurs inscrit sur les listes consulaires.

L’Allemagne a démontré une forte retenue face aux provocations, même si la vice présidente du parti conservateur (CDU) se demande si ‘Monsieur Erdogan a encore tous ses esprits ?‘ ; elle a par ailleurs demandé l’arrêt des subventions ‘en milliards d’euros’ prevus pour aider la Turquie à se rapprocher de l’UE.

Martin Schulz déclare également des propos ‘indignes d’un chef d’Etat’ et pense que la Turquie est en train d’évoluer vers un État autoritaire.

La Turquie dénonce également le tenue à Francfort d’une manifestation pro-Kurde proche du PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan). De plus, Ankara accuse Berlin de ‘soutenir les terroristes’, après l’annulation de meetings pro-Erdogan dans trois villes allemandes, qui n’aurait pas donné suite à 4500 dossiers sur des terroristes présumés, envoyés par l’administration turque.

Ces fortes tensions concernent aussi les Pays-Bas, ayant refusé eux aussi deux ministres en campagne.

La Turquie annonce la suspension ‘des rencontres au niveau ministériel et à haut niveau‘, ‘tant que les Pays-Bas n’auront pas réparé les torts commis‘. Ankara invite également que le parlement serait invité à se retirer du groupe d’amitié tuPco-neerlandais.

Enfin, le pays dirigé par Erdogan rappelle qu’il est un partenaire indispensable pour l’UE et évoque un ‘réexamen’ du pacte sur la lutte contre l’immigration signé en 2016, pour la gestion des flux de migrants vers l’Europe.

La question des kurdes est encore et toujours présente, l’Allemagne étant suspectée d’accueillir des militants de cette cause, recherchés pour le coup d’Etat manqué de juillet dernier. La politique menée en ce sens a fait exploser le nombre de demandes d’asile kurdes en Allemagne.

Chacun est donc en droit de se poser des questions sur la légitimité de la présidence Erdogan, qui semble s’éloigner de plus en plus des valeurs démocratiques d’un Etat de droit, et plus largement des valeurs si chères à l’Europe, énoncées dans l’article 2 du Traité de l’Union Européenne…

Mais la peur d’un flux ‘massif’ de migrants suffirait-elle à passer sous silence les agissements d’un tel gouvernement..?

Les têtes turques à la tête d’un Etat qui s’autoritarise ne peuvent désormais plus compter sur leur entrée dans l’union européenne. Alors que des dossiers délicats sont évoqués entre Ankara et Washington, le Sultan est en relation conflictuelle avec l’Allemagne, la Belgique, les Pays-Bas et le Danemark.

Article coécrit entre Louise HERVIEUX, Lucie PELE, Yann MOMPOINT et Mathieu VIDALENC

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s