2017 : la mort des partis ?

« Les partis sont morts, vive les partis ! »  Tel a été l’écho planant sur la vie politique française dès le glas de la campagne présidentielle. Du candidat combustible au candidat déchet en passant par les candidats perdus, la bataille présidentielle avait saisi comme bouc émissaire le caractère apparemment désuet de nos partis politiques.

Bouleversement, cataclysme, séisme… Appelez ça comme vous voulez, l’année 2017 fut un moment sans précédent de la vie politique française. Le système politique français a implosé. Et c’est d’abord le système bi-partisan en place depuis 1981 qui s’est effondré. Les deux grands partis qui se partageaient le pouvoir depuis plus de 30 ans ont échoué.  Ni le Parti Socialiste ni Les Républicains n’ont réussi à placer leur candidat au second tour de l’élection présidentielle. Au-delà des seules organisations politiques, c’est le système des primaires, adopté par les deux partis qui est apparu comme un véritable machine à diviser.

Dans le cas du PS, la scission s’est opérée entre les néo-libéraux et ceux qui considéraient encore l’engagement à gauche comme une contestation de l’ordre établi On a ainsi vu un à un les ténors du parti, et les autres candidats à la primaire lâcher Benoit Hamon, le vainqueur. Manuel Valls, François de Rugy, Gérard Collomb et bien d’autres s’en sont allés rejoindre le jeune premier de l’élection. Macron, le « nouveau masque du vieux monde », reprenant les vieilles sauces néo-libérales pour assaisonner un discours fade et convenu. Allègement des cotisations patronale (entendez « cadeaux aux patrons et aux actionnaires »), baisse des indemnités pour les plus démunis, autant de positions qui courent après la « compétitivité de la France » dans un « monde ouvert ». En réalité, ces mêmes politiques menées en France depuis les années 1980 par les deux grands partis dominants. Elles n’ont conduit qu’ à creuser les inégalités jusqu’à l’aberration actuelle : la France n’a jamais compté autant de millionnaires et tout à la fois, jamais autant de personnes n’ont été en dessous du seuil de pauvreté. Et dans la rue, les mendiants affluent, toujours plus nombreux.

Du côté des Républicains, la scission a eu lieu symétriquement entre les pro et les anti-Fillon. Mais les raisons furent toutefois très différentes. Il s’agissait cette fois d’un problème de moralité. Le candidat désigné par la primaire s’est avéré avoir une part d’ombre. Est-ce qu’un homme politique qui a eu recours à des emplois fictifs, à l’avantage de membres de sa famille est légitime pour devenir président de la République ?  A cette question, beaucoup de membres et de sympathisants du parti Les Républicains ont répondu non, à juste titre, entrainant là encore une scission du parti. Elle était ici plus personnelle qu’idéologique, mais bien réelle.

Ainsi, les deux grands partis politiques français sont devenus des centrales à scission, par le biais des primaires.

Bien sûr, le système des primaires n’est pas le seul facteur de l’effondrement des deux partis traditionnels. Mais ce biais de sélection des candidats est une véritable machine à diviser. Comme l’a montré Alexis Corbière dans un remarquable ouvrage, les primaires sont un piège ? Elles conduisent à diluer les tendances au ein des partis et à faire choisir, non le ou la candidat-e qui représente la tendance dominante au sein du parti, mais celui ou celle qui apparait comme ayant le plus de chance de gagner. S’en suit inéluctablement une division, avant ou après l’élection.

S’ils veulent survivre, les partis doivent s’adapter à la nouvelle donne politique. Car l’heure semble être non plus aux partis mais aux mouvements. C’est-à-dire des organisations politiques réunissant des soutien autour d’’un projet politique précis et définis à l’avance non une vague affinité idéologique. Les mouvements laissent peu de place à la division, car ils limitent les tendances divergentes au sein d’une même mouvance. Les succès d’En marche et de la France Insoumise l’ont bien montré : les mouvements attirent par leur cohérence et leur unité.

Les partis traditionnels ont peut-être creusé leur propre tombe en voulant se donner plus de légitimité. L’avenir nous dira s’ils ont su renaitre de leurs cendres.

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