Peut-on encore croire les médias traditionnels ?

Il est très compliqué de nos jours et à l’âge d’internet, de s’assurer qu’un média est sérieux, et il est tout aussi dur de trouver les bonnes sources pour vérifier une information. Mis à part les journaux académiques que personne ne lit, ou presque, trouver un média qui ne mérite aucune accusation de mensonge ou d’orientation trop prononcée pour avoir une analyse sérieuse est quasiment impossible

Le dernier exemple en date d’un média traditionnel énonçant clairement de fausses informations, c’était samedi soir dernier dans l’émission « On N’est Pas Couché« . Sur le service public, donc. En effet, si vous avez raté la séquence, Vanessa Burggraf, a relayé une « Fake-news » en interviewant l’ancienne ministre de l’éducation, Najat Vallaud-Belkacem. La journaliste de l’émission a affirmé que l’une des erreurs de l’ancienne ministre était la réforme de l’orthographe, et comme si ce mensonge ne suffisait pas, la forme était également dénuée de rigueur car Vanessa Burggraf a mentionné son expérience personnelle comme preuve indiscutable.

En effet, seule l’Académie Française a le pouvoir de faire des réformes  sur l’orthographe, et la dernière date de 1990 ; tous les changements sont de plus optionnels. En somme, si vous tenez tant à mettre des accents circonflexes, et bien vous pouvez toujours, mais c’est n’est plus une faute de ne plus le faire. Rien de bien révolutionnaire dans la façon dont on écrit, donc.

Cette fake news a été relayée principalement par des sites à tendance extrême droite. Une ministre d’origine maghrébine qui supposément participe à l’abaissement du niveau de la langue française, c’est la fausse information en parfait accord avec l’idéologie d’extrême droite. Alors, loin de moi l’idée de critiquer la personne de Vanessa Burggraf, j’ai même du respect pour sa carrière. Les critiques à son égard tournent trop souvent au sexisme basique, ce que je ne ferai jamais personnellement, mais la critique de son erreur est nécessaire. 

Le vrai problème, ce n’est pas que des gens sur internet, plus récemment sur les réseaux de la « fachosphère » pensent des intox : cela permet de les identifier facilement et ça les ridiculise, après tout, c’est pratique. Mais quand un média, du service public en plus, propage ce genre d’information, sans les corriger la seconde d’après, c’est un problème de société. D’autant plus que l’émission en question était enregistrée. 

Najat Vallaud-Belkacem a d’ailleurs très bien expliqué pourquoi par la suite. Elle a détaillé l’un des objectif du dernier quinquennat qui consistait à essayer de combattre les théories du complot sur internet, qui avait explosé en nombre notamment après les différents attentats. Lors d’une conférence, un adolescent a posé la question suivante à l’ancienne ministre, laquelle n’avait pas sur le coup la réponse : « Il ne faut pas croire tout ce qu’on entend sur internet, mais si même les médias classiques propagent des mensonges, comment se convaincre d’avoir plus confiance en eux que dans d’autres sources sur internet ? »

Et c’est ce problème dont il est question ici. Si même l’argent de nos impôts va à des médias qui racontent tout et n’importe quoi, tout en se réclamant honnêtes, rigoureux et sérieux, alors qui croire ? Les médias traditionnels, mais encore plus le service public, se doivent d’avoir une éthique et une rigueur sans faille.

Alors vous pensez peut être « D’accord, elle a menti, mais on l’a corrigée le jour d’après, encore et encore, et ce sont d’autres médias dits traditionnels qui l’ont fait. Donc à partir du moment où on a de la pluralité dans les médias, ce n’est pas très grave car ils se corriger entre eux. » Même si l’argument est bon, il est n’est pas convaincant. Le problème de l’information, c’est que ça se propage exactement comme une maladie, un virus pour être précis. Quand un virus se propage à grande vitesse dans une population, tout le monde est touché très rapidement si le virus est contagieux. Maintenant si on trouve le vaccin, et qu’on le diffuse également, on pourrait croire que la situation se réglera rapidement. Mais il suffit qu’un faible pourcentage de la population n’est pas eu accès au vaccin pour que le virus continue de se propager à la même vitesse vers d’autres personnes jusque là pas encore touchées.

C’est pareil pour l’information. Une fois qu’elle est diffusée à grande échelle, c’est impossible de corriger l’erreur pour toutes les personnes. Prenons un autre exemple: lors du grand débat de l’entre deux tours, Madame Le Pen, selon les décodeurs du Monde, a énoncé 19 mensonges, soit presque un mensonge pour 3 minutes de temps de parole. Mais vous pensez que la totalité des spectateurs du débat sont au courant ? Peut être la majorité, et ça serait déjà bien, mais pas un énorme pourcentage non plus.

Les Fake News, un problème toujours plus d’actualité ?

Il y a donc un vrai problème, et on peut se demander pourquoi il existe. L’explication est très simple au final. Prenons un autre exemple:les lives d’information de la BBC et les autres. Les audiences des lives de la BBC lors d’accidents ou d’attentats ne reflètent pas les audiences de la BBC le reste du temps car ce sont les rares dans ce genre de situation à vérifier les informations plusieurs fois. Les autres médias ne se donnent pas cette peine et donc plus de gens les regardent eux car ils  auront les informations plus rapidement.

Le problème est que les médias répondent eux aussi à des logiques capitalistes extrêmement basiques. Ils sont en compétition entre eux, la demande est élevée, et l’offre est la même entre tous. Seules la vitesse et l’exclusivité font la différence entre eux. Donc il est dans leur intérêt direct de ne pas vérifier toutes leurs informations pour les relayer plus rapidement que les autres, et ainsi avoir plus de personnes qui les regardent.

Dans des cas extrêmes, les médias classiques vont jusqu’à créer l’information elle-même. L’exemple du Wall Street Journal il y a quelques semaines est frappant. En effet le journal a “découvert” que des pubs sur Youtube étaient diffusées avant des vidéos à caractère principalement raciste. En conséquence, beaucoup d’annonceurs ont retiré leurs pubs de Youtube. Les revenus de la totalité des créateurs sur Youtube ont donc baissé de manière significative. Ce qui pose problème ici, c’est qu’en plus de relayer une information peu existentielle à la base, le Wall Street Journal a créé de toute pièce un problème et donc de l’information pour avoir un peu d’exclusivité et pour faire parler.  Mais même si ces logiques capitalistes font leur preuve dans certains domaines, car “compétition” est souvent égal à “efficacité”, pour l’information et la vérité c’est tout le contraire, car il n’y a très souvent qu’une vérité, et donc peu de place pour la compétition.

Il faut bien entendu plusieurs médias pour avoir plusieurs avis et point de vue sur un problème, mais pas pour avoir plusieurs faits. On se plaint de l’influence grandissante des sites complotistes, mais les gens n’ont plus confiance, parfois à juste titre, dans les médias dits traditionnels. Alors je ne dis pas que ce fait justifie que certains considèrent que les sites tel que “Agence Info Libre”, les conférences de François Asselineau et les médias dits plus traditionnels comme égaux ont raison, bien au contraire, mais on ne peut pas solidement les contredire tant qu’il restera des séquences comme celle de samedi soir dans On N’est Pas Couché.

 Je soupçonne les producteurs de l’émission d’avoir laissé la séquence car elle allait faire parler massivement sur les réseaux sociaux, ce qui est en soit de la publicité gratuite, à laquelle je participe maintenant. Et donc je me permets de contrebalancer cela en vous disant d’éviter de faire l’erreur de perdre votre temps devant cette émission et d’ouvrir un livre à la place.  Mais si la volonté de montrer la séquence et donc de relayer des idioties, est parfaitement assumée par les producteur de l’émission, alors c’est très grave puisque c’est payer nos impôts, et donc ce n’est pas seulement du gâchis mais une dépense dans un média qui ne fait pas son travail. Il est dommage que, à côté des émissions excellentes de France 2, on puisse trouver des images franchement médiocre, pour ne pas dire honteuses.

 Le vrai problème dans cette histoire est que l’éducation aux médias n’est pas automatique dans le système éducatif français. Et les gens, peu éduqués sur la question, ont tendance à être très binaires : soit c’est faux, soit c’est vrai, et ils font leur choix trop rapidement. Si vous voulez avoir des cours gratuit sur ce sujet, je vous conseille la chaîne Youtube d’Hygiène Mentale, qui apprend comment vérifier une information.

A la question peut-on croire les médias traditionnels, la réponse est bien évidement oui. Mais il faut cependant être conscient que des erreurs arrivent, et qu’il n’est pas toujours dans leur intérêt de faire un travail sérieux qui décrit la vérité des faits. Il faut donc faire attention, et même si les erreurs sont grosses parfois, ce n’est pas une excuse pour favoriser d’autres médias plus “dissidents” et encore moins pour aller écouter les conférence de François Asselineau.

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