Une société d’indifférents ?

Dépitée, lessivée, il était inutile de continuer. Seule, assise par terre, une pochette encore remplie à mes côtés, les réponses négatives n’avaient cessé. Si Brel tenta un minimum de me réconforter, je ne pouvais que penser à cette vie future dans laquelle pour un emploi je ne devais cesser de mendier. Ce n’était actuellement qu’une ébauche de ce qui, plus tard, m’attendait. C’est alors que je la vis, cette femme, qui peut-être, comme moi, avait cherché auprès de boutiques et cafés, sa pochette à la main, cumulant les réponses négatives, voire pire, une absence constante de réponses.

En lui tendant ce pain au chocolat, j’aurais aimé tenter de comprendre comment elle en était  arrivée à se rabaisser à la mendicité, mais surtout comment elle pouvait supporter toute cette indifférence. Mais je me tu de peur de poser cette question intrusive car j’en étais convaincue, j’avais peur de sa réponse. La peur même infime que la nécessité de braver les aléas de la vie, en vain, m’amène à devenir comme elle, seule assise par terre, ignorée.  Je suis alors restée sur les marches, écrivant, regardant cette femme au loin supplier ce don infime , cette  moindre reconnaissance : un sourire, un regard, un mot mais quelle infamie que l’ignorance.

Le pas plus ou moins vif, chacun de nous passons fréquemment auprès de cet homme ou de cette femme, seul assis par terre, le regard vide. Notre pas s’en va rapidement car nous ne voulons pas affronter le regard de cet être humain et lui faire comprendre que nous ne pouvons pas lui donner. Nous ne pourrions le regarder dans les yeux sans penser à cette société capitaliste qui le laisse mourir de faim tout en prônant l’hyper-consommation et le gaspillage. Cette société hypocrite qui paradoxalement stigmatise la nécessaire assistance des plus démunis. Cette personne qui n’a certainement pas eu des chances égales aux nôtres, nous ne lui donnons rien, voir pire, nous passons notre chemin dans une indifférence  la plus totale. Nous passons notre chemins en l’ignorant alors que nous devrions être révoltés au plus profond de nos êtres qu’un tel malheur puisse être vécu.

 » Les mauvais coups, les lâchetés, quelle importance ? Laisse moi te dire, laisse moi te dire et te redire ce que tu sais. Ce qui détruit le monde c’est l’indifférence […] l’indifférence elle te tue à petit coup, l’indifférence […] un peu de haine, un peu d’amour, mais quelque chose«  nous aurait murmuré Becaud. Cette indifférence peut à moindre échelle être totalement dévastatrice, les Sans Domiciles Fixes la vivent incessamment au quotidien.   Nous baissons le regard et avançons et par ce comportement nous sommes en partie responsable de cette misère puisque la société telle qu’elle est n’est pas remise en question avec toute la misère qu’elle produit. Car oui, ils sont plus de 2000 à mourir, chaque année, sous nos yeux, dans une indifférence quasi-générale. Sans rempart contre l’indifférence, ces personnes sont seules et ignorées.

 

Une réflexion sur “Une société d’indifférents ?

  1. A reblogué ceci sur Boycottet a ajouté:
    et de savoir que nous tous sommes candidats malgré nous … ça jette un gros froid … mais ce ne sera pas de leurs fautes, juste la votre pour avoir été indifférents … ce qui est acquis est éphémère, avec le temps chacun de nous l’ apprend a ses dépends … a bon entendeur !

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s