Présidentielles en Iran : une manière de dire « non » aux mollahs

Le 19 mai dernier, le peuple iranien s’est prononcé lors des élections présidentielles. Les quelques 40 millions de votants ont réélu le chef de l’État sortant, Hassan Rohani, pour un second mandat avec une majorité absolue dès le premier tour. De cette façon, ils ont massivement exprimé leur hostilité à l’égard des conservateurs, que représentait le principal adversaire de Rohani durant la campagne, Ebrahim Raisi.

C’est la deuxième fois, avec les élections de 2013, que Rohani l’emporte sur les ultraconservateurs, lui-même étant considéré comme conservateur modéré. Durant son premier mandat, il s’est distingué par sa volonté de sortir l’Iran de son isolement. Il entame donc des discussions avec les grandes puissances dont les États-Unis, l’ennemi historique de son pays, et parvient en 2015 à un accord de limitation du programme nucléaire iranien à un usage civil encadré contre la levée des sanctions internationales qui pesaient sur l’économie du pays. Rohani est surnommé le « religieux diplomate » et on qualifie son programme de modéré et réformateur, puisqu’il représente le Parti de la modération et du développement.
Ebrahim Raisi représente, lui, les conservateurs religieux au sein de l’Association du clergé militant. Il réalise une importante carrière juridique qui est notamment marquée par sa responsabilité, en tant que procureur général adjoint, dans les exécutions massives d’opposants politiques en 1988 commandées par l’ayatollah Khomeiny. En 2016, il devient le président de la plus riche fondation religieuse du monde arabe, Astan Quds Razavi. Raisi possède les titres honorifiques d’ayatollah, c’est-à-dire de grand érudit de l’islam, et de sayyed, de descendant de Mahomet. Il est pressenti comme le plus probable successeur du Guide suprême et ses chances d’accéder au poste auraient été accrues si le peuple l’avait élu président.
D’autres candidats à la présidentielle se sont, pour la plupart, finalement désistés au profit de l’un ou l’autre des deux principaux. La campagne a donc été le théâtre d’un affrontement entre modération et extrémisme religieux, que beaucoup d’Iraniens rejettent pour ne pas subir un « retour en arrière ».

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Hassan Rohani, Président de l’Iran depuis 2013            ©  VAHID SALEMI, AP

Mais malgré la bonne volonté de Rohani de redresser le pays, la population souffre toujours d’une loi aux nombreux interdits qui cause le retard de ses acquis sociaux. La marge de manœuvre du président est, en effet, limitée par les puissants religieux qui détiennent réellement le pouvoir. « L’Église n’a pas de modèle de société à proposer » a dit l’ancien pape Jean-Paul II. On pourrait croire, ou du moins naïvement espérer, que par « L’Église », l’illustre personnage voulait désigner toute forme d’encadrement des croyances et pas simplement le clergé catholique. Mais les mollahs, c’est-à-dire les érudits musulmans, ont une toute autre vision de la société en Iran. D’après le journaliste et enseignant Antoine Sfeir, si l’on prend la seconde partie du Coran à la lettre, l’islam n’est pas compatible avec un régime républicain et démocratique. La prédication de Médine pose les fondements de l’État islamique tel qu’il devrait gouverner toutes sociétés musulmanes. L’imamat chiite, la branche de l’islam largement majoritaire et officielle en Iran, encadre non seulement la spiritualité mais aussi contrôle le pouvoir politique. Différentes institutions non-élues et, qui plus est religieuse, ont autorité sur le chef de l’État et le parlement. A leur tête, le Guide Suprême de la Révolution, l’ayatollah Ali Khameini, le véritable tout-puissant en Iran.
Ce système politique est issu de la révolution iranienne de 1979. Le chah, alors chef de L’État mis en poste par les États-Unis pour servir leurs intérêts économiques liés au pétrole, est renversé par une révolte populaire qui ne supporte pas son enrichissement sur le dos d’un peuple pauvre. Ce dernier porte au pouvoir l’ayatollah Khomeiny qui devient le premier Guide suprême. Qui d’autre qu’un fin connaisseur du Coran pouvait rendre à l’Iran sa souveraineté au sein d’une société plus traditionnelle dans les pays arabes ? Mais les religieux constituèrent rapidement un régime répressif, qui admet une loi en partie inspirée de la Charia. La vie publique est encadrée par des Gardiens de la Révolution qui s’assurent que les interdits ne sont pas bravés : consommation d’alcool, danses, relations sexuelles hors mariage, promener un chien, ou encore utiliser les réseaux sociaux. Les femmes subissent davantage cette constitution qui assure que leur vie vaut moins que celle des hommes et qui les contraint à porter le voile, notamment. En Iran, l’emprisonnement, la torture et même la peine de mort sont admis en cas de violation grave des lois.

C’est donc sous sa façade de « République islamique d’Iran » que se cache la vraie nature du régime politique en place, à savoir une théocratie. Le peuple possède bien le droit de vote, qu’il peut utiliser lors d’élections présidentielles et législatives, mais un filtrage des candidats est effectué au préalable par le Conseil des Gardiens, une institution composée pour moitié de mollahs qui doit aussi valider ou non les lois proposées par le parlement. Malgré la loi répressive, les Iraniens prennent des risques et l’illégalité règne la nuit dans les rues de Téhéran.
La réélection de Rohani montre un désir d’aller de l’avant et d’en finir définitivement avec l’isolement. Mais la modération du président ne suffit pas à accroitre les libertés individuelles du peuple qui subit l’oppression de l’obscurantisme religieux. Les élections présidentielles sont un premier pas vers la conquête d’une vie meilleure. Mais le chemin reste encore long. Et il sera tracé dans le sang.

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