Tchétchénie : le génocide continue

On la croyait anéantie par la Résistance, détruite par les débarquements alliés, n’ayant plus de refuge, après avoir quitté les mentalités, que les livres d’histoires ou de témoignages.

 Et pourtant, soixante-douze ans plus tard, le Monstre s’est réveillé ; la démoniaque idée d’ériger des camps dans lesquels seraient exterminés quiconque aurait une couleur de peau, une religion, une orientation sexuelle ou une idéologie différente, et par conséquent serait un être inférieur à l’Humain, a trouvé une nouvelle demeure. Un nouvel abri dans lequel elle pourrait se tapir tranquillement, à la manière d’une ombre, tout en attendant que le Mal soit commis sous ses yeux : la mentalité du Président Tchétchène Ramzan Kadyrov et le gouvernement à la tête duquel il commet un nouveau crime contre l’Humanité. Le premier avril de cette année, alors que le reste du Monde en était aux plaisanteries et aux poissons de papier, le média russe indépendant « Novaïa Gazeta » publiait ce que les simples journaux d’information et l’État recouvraient d’un voile d’une opacité de honte et de mépris : plus d’une centaine de Tchétchènes LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres) ou étant supposés comme tel ont été arrêtés par l’armée et la police pour être ensuite déportés dans des camps homologues aux camps de concentration hitlériens et aux goulags staliniens. Ils auraient ensuite subi un interrogatoire les incitant à révéler le nom de leurs conjoints ou semblables. Au moins trois d’entre eux seraient morts.

 L’Occupation fait partie d’une période qui m’intéresse fortement depuis quelques années à présent, mais qui m’a également toujours apeurée. Il m’est déjà arrivé, à plusieurs reprises, d’imaginer un retour du « Nationalsozialismus » au pouvoir ; cette idée m’a toujours fait frémir. Et, pourtant, n’est-ce pas ce qui commence à arriver dans une Russie et des États-Unis dirigés par des mégalomanes obsédés par leurs forces armées, une Turquie à la tête de laquelle est fièrement placé un nouveau dictateur et, à présent, une Tchétchénie sous forme d’État Policier répressif ?

Ramzan Kadyrov, actuel président tchétchène

Il y a quelque temps à peine, voyant les tensions entre les dirigeants Donald Trump et Vladimir Poutine, je me disais : « La Guerre Froide n’est-elle donc pas achevée ? » ; à présent, je comprends que le Génocide non plus. Voyant que cette persécution n’arrache d’autre parole au gouvernement tchétchène qu’une phrase selon laquelle cette histoire de génocide est fausse, l’homosexualité « n’existant pas en Tchétchénie », j’imagine ne pas être le seul à me demander comment ces personnes peuvent  rester insensibles en lisant « Cours sans te retourner » d’Uri Orlev ou Le « Journal » d’Anne Franck ; en regardant « Monsieur Batignole » ou « Spielzeugland ». Ce que je dis là s’adresse aussi bien à Ramzan Kadyrov qu’à ceux qui, après avoir compris mon aversion pour le nazisme, n’ont pas trouvé plus drôle que de tendre le bras vers le haut, le fameux « Heil Hitler », ce geste qui ne servait qu’à diviniser un fou oppressif. Comme ces derniers ne m’ont jamais écouté, malgré mon insistance, c’est par écrit que je le leur dis : non, la deuxième guerre mondiale n’était pas faite de « J’ai glissé, chef ! », de passages secrets dans les prisons qui rendaient toute évasion évidente, ou de chance de tendre au hasard une clef à molette alors que c’était exactement ce qui nous était demandé en allemand par un officier SS comme dans La Septième Compagnie. Pas plus que les officiers sont tous des gros niais qui ronflent en dormant comme dans La grande vadrouille.

 Ce ne sont pas ces films que je critique ; pour être franc, je les aime beaucoup et j’ai bien sûr ri face à la faim incessante du soldat Tassin (Aldo Maccione), la niaiserie d’Augustin Bouvet (Bourvil) ou aux gaffes d’Adolfo Ramirez (Gérard Jugnot). Je critique l’idée que l’on se fait de la Deuxième Guerre Mondiale, car peut-être ces films en sont en partie la cause.

 Je reviens à présent sur le 21ème siècle et son affaire de la Tchétchénie ; il est donc inimaginable pour quiconque pense raisonnablement que, tant de décennies après le dernier camp de concentration, l’on ne puisse comprendre que non, l’homosexualité n’est pas une maladie contagieuse qui ne peut se détruire que par la mort et la haine. La fin de la guerre aurait pourtant dû le faire comprendre à tous. Les années qui s’enchaînent semblent ne rien changer ; l’Humain n’a finalement toujours pas évolué depuis la Préhistoire. Il a, certes, modernisé son équipement ; mais il n’en est pas de même pour sa mentalité qui, depuis 2,8 millions d’années environ, est restée la même. Depuis le début de leur existence, les Humains ne vivent que séparés en clans, sans accepter que ceux qui leur sont différents ou viennent d’une autre tribu les rejoignent.

 Si cet animal (car nous sommes une branche du monde animal, ce que nous oublions trop souvent) vit encore dans plusieurs milliers d’années, il est préférable que son idéologie se soit enfin développée. Sans cela, nous continuerons à chercher nos différences, et nous nous mènerions à notre propre perte. Comme le disait, il n’y a finalement pas si longtemps, Martin Luther King : « nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, ou nous mourrons tous ensemble comme des idiots. » 

Pour se renseigner sur l’évolution du cas des camps en Tchétchénie 

• https://www.amnesty.fr/discriminations/actualites/tchetchenie-des-homosexuels-enleves-tortures-ou

• https://www.amnesty.fr/dossiers/homophobie-en-tchetchenie

• https://www.amnesty.fr/discriminations/actualites/plus-dun-demi-million-de-personnes-se-sont-mobilisees

Image de couverture ©  mathiaswasik via Foter.com / CC BY-SA

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