Les Etats et le Changement Climatique en 3 escales

Le retrait de Donald  Trump des Accords de Paris sur le climat marque d’abord un choix symbolique. En effet, la date à laquelle les Etats Unis pourront se retirer de manière effective des accords est le 4 Novembre 2020. Donc techniquement, rien ne change pour le moment ;  il s’agit surtout d’une perte de temps. Ensuitel’Accord étant uniquement basé sur la volonté de chaque Etat à respecter les cibles qu’ils auront eux mêmes choisies, il n’est finalement pas révolutionnaire.

Mais un petit pas dans la bonne direction vaut mieux qu’un énorme pas en arrière, comme Donald Trump viens de le faire. Cela marque un choix extrêmement réaliste de la part des Etats Unis.

En effet, le choix de Donald Trump ouvre une voie pour gérer le changement climatique sur la scène politique internationale que l’on pouvait penser fermée. Son choix est en parfait accord avec une idéologie majeure des Relations Internationales : le Réalisme. Il ne s’agit pas d’une idéologie qui s’occupe plus du réel et des faits qu’une autre, mais d’une idéologie avec pour idée principale que l’Etat est l’unique acteur à avoir un réel impact sur la politique internationale. Son objectif premier est de survivre, et il agira donc toujours de façon à ce que les conséquences de ses actes soient dans ses intérêts.  

Alors malgré le fait que cette façon de voir les Relations Internationales ait perdu beaucoup d’influence, c’est bien l’idéologie prônée par Donald Trump quand il dit qu’il veut défendre les habitants de Pittsburgh, et non de Paris, et qu’il ne veut pas de l’accord car il mettrait, selon lui,  l’économie américaine en péril.

Un choix réaliste en Relations Internationales, c’est un choix qui garantit les intérêts de son propre Etat, et non celui des autres. Le calcul est relativement simple, il a été posé par Nayyar en 2002 : l’ordre de préférence d’un Etat lors d’un accord entre plusieurs Etats est le suivant :

1 : Notre Etat ne contribue pas mais les autres oui

2 : Notre Etat contribue et tous les autres aussi et tout le monde y gagne

3 : Aucun Etat ne contribue et tout le monde y perd un peu

4 : Notre Etat contribue mais aucun autre Etat ne contribue

Et la logique est la suivante : même si tout le monde préfère le numéro 2 au 3, l’espoir d’atteindre le 1 et la peur du 4 mène souvent au 3.

Là où Donald Trump a, d’un point de vue réaliste, réussi son coup, c’est que tous les Etats sauf la Syrie et le Nicaragua sont dans l’Accord de Paris. Et donc les bénéfices supposés de l’Accord, c’est à dire maintenir l’augmentation de la température moyenne du globe en dessous de 2°C, seront aussi gagnés par la population américaine, sans que l’Etat américain n’ait eu à faire des efforts.

Alors même si, comme beaucoup de personnes, je ne suis pas un réaliste, il faut admettre que pour une partie du pouvoir américain, c’est à dire les différents lobby des énergies fossiles, c’est un très bon coup.

Et même si d’un point de vue réaliste, c’est un fabuleux coup, c’est bien sûr un réel problème car le choix de se retirer est motivé par les idées climatosceptiques de la droite américaine. La franche droite voit dans les conséquences politiques du fait d’admettre le changement climatique comme un problème majeur, un cheval de Troie qui cache en lui la fin du capitalisme et vise à le remplacer par du socialisme écologique.

Après tout, si l’on veut réduire les causes du changement climatique, ne faut-il pas redistribuer les richesses, augmenter les taxes et augmenter l’intervention de l’Etat dans l’économie ? Combattre le changement climatique passe forcément par des réformes de gauche à un moment donné. Seuls les Etats Unis, au moins pendant les 4 prochaines années, auront donc cette politique internationale clairement contre le fait d’agir pour réduire le changement climatique.

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Le Président des USA Donald Trump a affirmé sa volonté de quitter les Accords de Paris

Mais qu’en est-il du reste des Etats ? Du fait que dans environ une dizaine d’années, il coûtera moins cher de construire des panneaux photovoltaïques que de garder les centrales à charbon ouvertes, les Etats ont commencé à réfléchir sérieusement à ce que chacun doit faire pour assurer la transition énergétique. Le marché des énergies renouvelables sur les 25 prochaines années est estimé à 8 trillions de dollars, pas étonnant que même la Chine s’y intéresse de près.

Nous avons donc eu les accords de Paris. Alors bien sûr, c’est une bonne chose que la quasi-totalité des Etats aient compris qu’il s’agissait d’un problème majeur. Mais le fait que l’Accord soit basé sur la volonté des Etats et ne soit pas contraignant pose un problème. Si demain chaque Etat décide que la lutte contre le changement climatique n’est plus sa priorité alors le peu d’efforts fait retardera seulement de quelques années certaines conséquences. Un tel accord est parfait pour les Etats, il donne l’impression que de grandes choses ont été faites et que le changement climatique peut être contrôlé par eux. Au lieu d’instaurer la quasi révolution nécessaire pour lutter efficacement contre le changement climatique, l’Accord de Paris réalise uniquement ce que notre espèce sait faire : trouver des solutions sur le court terme à des problèmes sur le long terme.

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En effet, d’après le UNEP (United Nations Environment Programme) et une étude publiée dans la fameuse revue scientifique “Nature” l’accord ne suffira pas à atteindre la cible de rester en dessous de 2°C d’augmentation, et devrait plutôt limiter l’augmentation à 3°C. Si les Etats étaient honnêtes dans leur volonté de limiter l’augmentation moyenne de la température du globe à 2°C, des mécanismes tel que la taxe carbone pourrait forcer les compagnies à limiter leur émissions et pour certaines à changer leurs modes de production. On le sait depuis 1972 avec le livre “Les limites de la croissance” que le capitalisme sera limité dans le temps, va-on attendre d’épuiser toutes les

 ressources avant de réfléchir à d’autres moyens d’organiser l’économie ? Au lieu de réfléchir à des solution sur le court et moyen terme pour réduire, les Etats ont décidé de se faire confiance sur le long terme. Avec les accords de Paris, ceux qui sont en position de pouvoir ne vont pas subir les conséquences du changement climatique, mais ceux qui les vivent déjà vont connaître des épisode climatique encore plus graves.

Enfin, il reste la troisième façon d’un Etat de répondre au changement climatique. Il s’agit du choix fait par le Nicaragua de ne pas participer aux accords de Paris.

La position du Nicaragua est en effet très particulière sur ce sujet. Le pays est responsable de 0.03% des émissions de gaz à effet de serre. Pourtant, d’après le Global Climate Risk Index, le Nicaragua est le quatrième pays le plus en danger par le changement climatique. Le pays a donc décidé de ne pas signer les Accords de Paris en signe de protestation, car l’accord n’est pas suffisant pour garantir la sécurité à long terme de sa population.

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Le Nicaragua, quatrième pays le plus menacé par la pollution

D’après ces informations, un problème se pose tout de suite: comment se fait-il que l’une des populations les plus touchées par le problème du changement climatique et la moins responsable des causes de ce problème n’ait pas plus de pouvoir de décider comment gérer ce même problème ?

Et c’est bien là le problème de la gouvernance du climat: ceux qui sont en position de pouvoir ne sont pas directement concernés par les conséquences du changement climatique. Il est facile pour quelqu’un comme Donald Trump et d’autres comme lui de dire que le changement climatique est un “”hoax des chinois” contre l’économie Américaine, alors qu’ils n’ont pas vécu les conséquences du changement climatique. Alors qu’un agriculteur Syrien avant la guerre civil ou un agriculteur au nord du Kenya a déjà vécu les conséquences possibles du changement climatique

Ce qu’il faut bien comprendre quand on parle de changement climatique, c’est non pas qu’il s’agit de sauver la Terre mais bien les populations humaines qui vivent dessus. Peu importe si la planète se meurt, si on en avait une deuxième par exemple. Mais le vrai problème, c’est que les conséquences climatique ne frappent pas forcément davantage les Etats qui polluent le plus. Un principe basique de justice voudrait sans doute que l’on repense dans les prochaines années la façon de gouverner le climat. Les Accords de Paris sont probablement l’une des premières étapes de transition vers une gouvernance plus globalisée sur ce sujet.

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