Pilule du lendemain : l’ordonnance de la honte en Pologne

Après avoir voulu restreindre il y a quelques mois le droit à l’avortement, le gouvernement polonais s’attaque aujourd’hui au « problème » de la pilule du lendemain. Depuis le 1er Juin dernier, cette dernière est disponible uniquement sur ordonnance médicale. Le gouvernement de Beata Szydlo, la Première Ministre conservatrice a d’ailleurs décidé de faire voter cette loi en faisant le moins de bruit possible. Cette absence de communication a probablement un lien avec la « grève des femmes » qui avait suivi l’annonce d’une loi visant à limiter le droit à l’avortement. D’autant plus que cette loi va à l’encontre du droit européen, qui veut que depuis 2015, toute femme de plus de 15 ans peut avoir accès à la pilule du lendemain sans ordonnance. Mais surtout, cette mesure pose d’autres problèmes, notamment d’atteinte aux droits des femmes.

Le premier est la durée pour avoir une prescription. Premièrement, il faut voir le médecin (en espérant que celui-ci ait une place de libre assez rapidement, ce qui serait un miracle). Ensuite, il faut que ce médecin veuille bien vous la prescrire. En effet, il existe en Pologne une « clause de conscience » qui donne le droit au médecin de refuser de vous la prescrire pour des motifs religieux. Et enfin, il faut aller la chercher, la fameuse petite pilule, avec votre prescription. Autant dire un véritable parcours du combattant. Et comme la Pilule du Lendemain doit être prise dans les plus brefs délais, cette durée risque de limiter l’action de du comprimé.

Cette mesure pose aussi la question de la place de la femme dans la société polonaise. La femme ne doit-elle être que le ventre de la société, existant uniquement pour donner des enfants à la patrie ? C’est en tout cas ce que sous-entendrait le gouvernement polonais, avec ces mesures contre le droit des femmes. Dans ce pays possédant déjà l’une des législations les plus dures sur le continent européen, la femme qui aurait un rapport à risque (de son plein gré ou non) devrait garder l’enfant et l’élever tous les jours, en sachant qu’il est non désiré, pour que le pays soit préserver d’un possible vieillissement de la population. Et cet enfant non désiré risque malheureusement de le ressentir (ne prenons pas les enfants pour des idiots). On parle dans le cadre de la pilule du lendemain mais aussi de l’avortement de tuer des enfants, mais ne tue-t-on pas indirectement des mères, avec ces pratiques, en leur imposant des enfants dont elles ne veulent pas au moment présent mais dont elles auraient peut-être voulu plus tard ? Elles qui se feront déjà jugées par leur famille, leur pharmacien quand elles iront la chercher (car même en France, pays avancé sur cette question, cela arrive) faut-il en plus leur imposer cette vision d’une erreur qu’elles ont pu faire ou d’un traumatisme qu’elles ont pu subir ?

 

Le troisième problème que pose cette mesure, ce sont celles qui pourraient lui succéder. Car après avoir voulu supprimer l’avortement (qui est déjà extrêmement limité) sauf en cas de risque de décès de la mère en Octobre dernier, cette mesure-ci voit le jour. Quelle sera la prochaine ? L’interdiction de la pilule contraceptive ? Cela pose un réel danger pour les femmes, car avec des mesures comme cela, risquent de revenir les images d’antan, avant la légalisation de la contraception, de la contraception d’urgence et de l’avortement. Retour des faiseuses d’anges, des avortements clandestins à risques, avec des aiguilles à tricoter et autre matériel dangereux. Des avortements qui peuvent affecter la fertilité des femmes, voir même les rendre stériles. Quand elles n’y perdent pas la vie. Des mesures qui présentent donc un risque pour la femme elle-même. Et tout cela pour quoi ? Pour respecter les principes de l’Église catholique qui veut que l’on respecte la vie ? Mais comment respecter la vie quand on condamne dans le même temps celle de la femme qui porte l’enfant sans le vouloir ?

La pilule du lendemain est l’un des fondements principaux du droit de la femme. Elle lui permet de garder un contrôle sur son corps et sa fertilité. Elle lui permet d’être autonome. Elle lui donne une place d’être humain à part entière, d’égale de l’homme. Car elle choisit enfin d’avoir un enfant ou non, accepter d’en assumer les bons moments et les mauvais, les beautés de la vie avec cet enfant mais aussi les petits bobos. Elle en assume les conséquences, de gré ou de force, avec ou sans pilule, au contraire de l’homme, qui peut s’en détourner. A moins de faire le choix d’abandonner son enfant, elle devra obligatoirement l’élever. Mais la différence, c’est dans avoir fait le choix ou non. Mais pour le faire, il faut l’avoir ce choix. Ce choix qui est permis par cet unique comprimé, plus petit qu’un ongle, mais si grand de conséquence et d’importance. Un comprimé qui doit rester en libre service, pour garder son efficacité et son pouvoir de choix.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s