Henri Guaino et les catholiques fillonistes

Le soir des législatives, Henri Guaino créait le scandale en affirmant que ses électeurs étaient “à vomir”. Amplement reprise par les médias, cette phrase a été décriée par une grande partie de journalistes, commentateurs, hommes politiques, la décrivant comme le “pétage de câble” d’un homme aigri et amer à cause de sa défaite cuisante. On ne peut nier que la phrase prononcée par Henri Guaino l’a été justement car celui-ci avait perdu aux élections. On peut même être sûrs qu’Henri Guaino, en bon homme politique navigué qu’il était encore il y a quelques jours, aurait sans doute, au contraire, loué les qualités des ses électeurs, qui auraient été dans ce cas des électeurs avisés, ayant fait le bon choix. Cependant, je souhaiterais ici m’attarder davantage aux mots qui ont suivi la fameuse phrase citée au début de mon article. En effet, Henri Guaino parle de ses électeurs de la façon suivante: “(d)es bobos d’un côté qui sont dans l’entre-soi de leur égoïsme. Et puis il y a cette espèce de bourgeoisie traditionnelle de droite, qui va à la messe, envoie ses enfants au catéchisme et puis après votent pour un type qui pendant trente ans s’est arrangé à tricher par tous les moyens.”

Sans être complètement d’accord avec cette affirmation, je l’ai (en partie) trouvée non dénuée de sens.

Premièrement, Henri Guaino parle de “bobos”. Ce terme n’ayant aucun sens à mes yeux, puisque l’on a jamais vraiment défini ce à quoi cela pouvait renvoyer, cette partie de citation est trop vague pour pouvoir l’analyser correctement.

Cependant, je souhaiterais ici m’attarder davantage sur la seconde partie du propos du désormais ex-homme politique. En effet, il parle, sans les nommer, des personnes de foi catholique, pratiquantes, “qui vont à la messe tous les dimanches” mais qui votent “pour quelqu’un qui triche depuis 30 ans”, sous-entendu François Fillon bien sûr. 

Les électeurs de François Fillon, des « bobos catholiques »  ? 

A travers cette phrase, Henri Guaino fait une énorme généralité. Tous les “gens qui vont à la messe tous les dimanches” n’ont pas voté François Fillon, loin de là, et tous les électeurs de sa circonscription ne sont pas “à vomir” non plus, bien entendu. Pour autant, on peut se questionner sur le paradoxe qu’avance Henri Guaino à travers cette phrase, que j’ai trouvée, personnellement, très juste, au contraire de ce qu’ont pu dire la plupart des commentateurs politiques. On ne peut nier que la majorité des catholiques pratiquants s’inscrivent dans cette lignée de la droite traditionaliste et ultra-libérale, à la perfection représentée par François Fillon. On ne peut nier également que c’est ce même électorat qui l’a soutenu contre vents et marées pendant la campagne présidentielle, celui qui lui a sans douté été le plus fidèle. C’est donc à ce moment qu’intervient le paradoxe: pourquoi, lorsqu’on a reçu une éducation catholique, avec tous les préceptes et les valeurs qui y sont attachées, défendre à tout prix un homme pareil?

En effet, bien que n’ayant en aucun cas reçu une éducation catholique dans mon enfance, je pense savoir assez bien quelles valeurs, quelle idées sont défendues dans des écrits tels que la Bible ou dans d’autres écrits religieux dans ce genre. La question semble alors évidente: Jésus défendait-il la tolérance, le respect de l’autre, la bienveillance, ou bien la fermeture sur soi, le rejet et l’intolérance vis-à-vis de ce et de ceux que l’on connaît pas? La réponse, elle aussi, est on ne peut plus évidente. Comment ne pas être choqué en voyant les images d’un François Fillon insensible face au désarroi des infirmières débordées dans un hôpital? En voyant ces images, peut-on se dire que la compassion, la miséricorde, qui sont des valeurs catholiques, se retrouvent dans la pratique quotidienne de la religion par cet homme? Peut-on se réclamer du gaullisme lorsque l’on méprise royalement les intérêts des Français et qu’on y privilégie ceux des multinationales? Tant de questions rhétoriques qui soulignent l’incohérence du vote Fillon lorsque l’on se dit “vrai catholique”. La morale, autre “règle de bonne conduite” partagée par la religion catholique, s’est retrouvée trop de fois bafouée par cet homme. On pourra au moins lui conférer d’autres qualités, indéniables, telles que la persévérance et le mérite d’avoir su tenir bon là où tant d’autres auraient flanché, une persévérance à la limite de l’obstination.

Aussi, Jésus aurait-il rejeté les homosexuels comme l’a fait Fillon? Loin de moi l’idée de faire de l’histoire-fiction, mais la question se pose également.

On pourrait rétorquer que, sociologiquement, les personnes les plus pratiquantes ont souvent été à droite de l’échiquier politique. On pourrait aussi dire que les plus pratiquants sont souvent les plus âgés (même si ce n’est pas une vérité générale, encore une fois), et que, puisque les retraités votent aujourd’hui massivement à droite en France, les deux variables se rencontrent. Cependant, il convient de s’interroger sur ce qu’on a défini comme étant “la droite” au cours du temps. La droite d’il y a 50 ans était notamment beaucoup moins libérale qu’aujourd’hui. Question d’époques, me direz-vous. Pour autant, il existe toujours des personnes catholiques qui ont trouvé abjecte le comportement de Fillon, qui ne sont pas ultralibérales, qui sont très attachées à une certaine notion de justice sociale, entre autres, y compris à droite. Il ne s’agit pas ici de donner raison à ces personnes ni d’affirmer que les catholiques fillonistes ont tort, mais bien de dire que les préceptes originels de la religion catholique, comme ceux de nombreuses autres religions actuellement instrumentalisées d’ailleurs, sont en net décalage avec l’utilisation que peuvent en faire des mouvements politiques entiers. A-t-on réellement besoin de mettre en avant sa foi, aussi sincère soit-elle, pour se faire élire? Se réclamer du catholicisme est toujours un bon moyen pour un homme politique de s’attirer de nombreux électeurs, y compris dans la France ultra-athée d’aujourd’hui.

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La religion est-elle soumise à l’instrumentalisation permanente du politique ? 

Il convient alors de se demander: la pratique d’une religion, quelle qu’elle soit, a-t-elle encore un sens si l’on ne croit plus dans les principes-mêmes qui la fondent ou, du moins, si on n’applique pas ces principes au champ politique mais qu’au champ personnel? La croyance est-elle uniquement celle en un Dieu, ou également en des valeurs suprêmes qui doivent régir le comportement des individus en toutes circonstances, et donc également en politique? On oublie souvent que parmi les premières associations d’aide aux pauvres se trouvaient celle de la charité chrétienne. Le problème ne réside donc pas dans la religion elle-même, mais dans l’interprétation qu’on en fait. Cela est vrai aujourd’hui pour les terroristes musulmans, cela l’était également pour les croisés chrétiens il y a quelques siècles. La religion a, trop souvent, servi de prétexte, d’excuse, de moyen pour agir dans la violence et la haine de l’autre. Il serait temps de réaffirmer les vraies valeurs des différentes religions, d’arrêter de les instrumentaliser, pour que, enfin, certains individus d’une religion ou d’aucune religion arrêtent de regarder de travers ceux d’une autre religion, pour que la religion soit un motif d’apaisement et non de haine de l’autre qui possède des croyances différentes mais qui, pour autant, se repose sur les mêmes principes. Le message principal que je souhaiterais faire passer ici est donc le suivant: essayons d’appliquer les principes qui régissent notre façon de vivre au quotidien à la politique, celle-ci n’en sera que grandie.

Une réflexion sur “Henri Guaino et les catholiques fillonistes

  1. A reblogué ceci sur Boycottet a ajouté:
    « La religion a, trop souvent, servi de prétexte, d’excuse, de moyen pour agir dans la violence et la haine de l’autre. Il serait temps de réaffirmer les vraies valeurs des différentes religions, d’arrêter de les instrumentaliser, pour que, enfin, certains individus d’une religion ou d’aucune religion arrêtent de regarder de travers ceux d’une autre religion, pour que la religion soit un motif d’apaisement et non de haine de l’autre qui possède des croyances différentes mais qui, pour autant, se repose sur les mêmes principes. »

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