Maman, j’aime les filles

            Maman, c’est avec les larmes aux yeux que je t’écris cette lettre, seule, assise par terre. Pourtant je ne suis plus triste, je n’ai plus honte, mais maintenant j’en suis convaincue, je suis différente. Alors que je n’aurais jamais pensé avoir le courage d’écrire une telle lettre le moment me paraissait propice. Maman, comment te rendre compte de ce sentiment profond, suscitant tant de contradictions ? Sache avant tout que je t’aime, mais je t’en prie, assis toi, ces mots te bouleverseront très certainement.

            Avec le temps, à force d’être sans cesse fracassée, je pensais que mon cœur était incapable d’aimer, qu’il était fragile mais surtout froid. Oh traumatisée rien qu’à l’idée d’en être incapable, je me suis perdue, tentant de combler ce manque irremplaçable. D’une volonté sans commune mesure, je me suis attaquée à cette peur obscure. Car oui, je voulais comprendre comment être heureuse et aimer sans songer à ces heures périlleuses.

            A chaque nouvelle relation je donnais à voir ce sourire incessant, mais chaque jour je mentais, je vous mentais mais surtout je me mentais : oh oui effrontément ! Seule de l’indifférence hantait ces relations, crois moi j’aurais aimé être capable de l’aimer lui ou un autre, mais non, ils m’indifféraient ; car oui Maman, tu le sais, le contraire de l’amour n’est pas la haine mais l’indifférence. Je ne pouvais mettre un mot sur cette douleur qui me rongeait, je me détestais d’être ainsi. Pourtant, un jour, suite à de multiples échecs je me suis alors rendue compte que je n’étais pas incapable d’aimer mais que j’étais tout simplement incapable d’aimer les « bonnes » personnes.

            En marchant dans cette ville, je me suis imaginée affrontant ces regards, culpabilisateurs parfois, dans d’autres cas inquisiteurs et interrogateurs. Que Diable ! En quoi mon bonheur dérange t-il à ce point ces braves gens ? En quoi l’amour que j’ai pour une autre personne peut modifier entièrement les étiquettes me décrivant au point d’en être réduite à un qualificatif. En Tchétchénie on les torture mais aux quatre coins du monde ils sont stigmatisés, devant porter une étiquette qui les culpabilise, mais de quoi sont-ils coupable en réalité : coupable d’aimer ? Coupable de ne pas entrer dans la norme ? Coupable d’être différents ?

            Maman, ouverte d’esprit j’en suis persuadée tu m’accepteras mais je ne supporterais pas de voir dans ton regard cette lueur de déception. Je t’en prie comprends-moi, je ne peux renier ce qui constitue une partie de mon identité. Comprends-moi sans toutefois avoir ces paroles, ces regards qui ferraient de moi une autre. « Anormale », « Déviante », «Malade » peut-être, je les entends déjà, tous, murmurer incessamment ces qualificatifs pour me décrire. Mais que suis-je ? Eux semblent le savoir bien mieux que moi.

            Oh ! Maman je ne peux plus le cacher, je pensais que certaines parties de mon identité valaient mieux ne pas être connues, j’avais tort, car cela ne faisait que me ronger à petit feu, me transperçant, m’anéantissant. Je sais pertinemment que ce n’est pas ce que tu imaginais pour moi, mais il en est ainsi, maman je crois que j’aime les filles.

« Le suprême bonheur de la vie, c’est la conviction qu’on est aimé, aimé pour soi-même, disons mieux, aimé malgré soi même » Victor Hugo

 

De : Anonyme

Une réflexion sur “Maman, j’aime les filles

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