L’Ecume de la Jamuna

« Nous sommes tous des migrants » écrivaient Christel Cournil et Benoit Mayer en 2014 avant de rappeler que, bien avant d’être un homo sapiens, l’homme avait acquis la migration comme règle de vie. Aujourd’hui pourtant, la notion de « migration » a été galvaudée. Misère, famine, violence, guerre, elle n’est plus provoquée que par des situations où l’humanité voit sa vie faillir. L’un de ces facteurs reste encore peu connu du grand public : celui des migrants environnementaux, ou « réfugiés climatiques ».

Certains n’ont pourtant pas attendu d’être des chercheurs reconnus pour saisir le sujet à bras le corps. Encore étudiants, Lucie, Marie, Pablo et Olivier sont depuis le 31 mai au Bangladesh dans le but d’y réaliser un documentaire sur l’appréhension des migrations chez les jeunes. De Dhaka au fleuve Jamuna en passant par l’île de Mandurah et les Sundarbans, ils projettent ainsi de sillonner le pays afin de rencontrer ces jeunes dont le territoire est menacé par le réchauffement climatique. Ce voyage donnera lieu dès l’automne à un documentaire visible sur toutes les plateformes disponible : L’Ecume de la Jamuna. 

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L’équipe actuellement  au Bangladesh

On ne le répétera jamais assez : la question de l’environnement est et restera la grande oubliée des dernières élections présidentielles. Que ce soit en France avec un candidat vert écarté et l’absence ostentatoire du débat environnemental, ou aux Etats-Unis lors de l’élection d’un candidat climatosceptique, déjà prêt à se retirer de l’Accord de Paris et considérant que le réchauffement climatique est « une affaire de Chinois », force est de constater que nous sommes encore bien loin de la prise de conscience nécessaire quant à l’avenir de notre planète comme de ceux qui l’habitent. Particulièrement suivis aujourd’hui par l’Organisation Internationale des Migrations (OIM), les migrants environnementaux sont définis comme « les personnes ou groupes de personnes qui, essentiellement pour des raisons liées à un changement environnemental soudain ou progressif influant négativement sur leur vie ou leurs conditions de vie, sont contraintes de quitter leur foyer ou le quittent de leur propre initiative, temporairement ou définitivement, et qui, de ce fait, se déplacent à l’intérieur de leur pays ou en sortent. » Du grand incendie de Londres en 1666 au séisme au Népal en 2015 en passant par le séisme de Lisbonne de 1755, la problématique des déplacements dus à des catastrophes naturelles n’est pourtant pas nouvelle. A l’heure qu’il est, l’archipel des Maldives, dont le point culminant ne dépasse pas 2.4 mètres d’altitude, se voit par exemple menacé par l’expansion thermique des océans et la fonte des glaces qui font augmenter le niveau de la mer. En 2013, Ioane Teitiota, un habitant des Kiribati, avait ainsi demandé à la Nouvelle Zélande le statut de réfugié climatique. Il était alors le premier à demander l’asile à l’appui de motifs climatiques. Malheureusement peu abordé dans le discours médiatique comme général, le sujet des migrants environnementaux va cependant crescendo avec le dérèglement climatique. En 2013, l’OIM annonçait ainsi que 22 millions de personnes avaient dû se déplacer, ou être déplacées, pour des raisons liées aux catastrophes naturelles. Elle estime que ce chiffre pourrait passer à un milliard de personnes d’ici à 2050.

Le projet de ce voyage ne date pas d’hier et se révèle être une interaction entre des structures et engagements différents. Engagées dans la lutte contre le changement climatique, Lucie Pélissier et Marine Denis sont ainsi membres de l’association CliMates, une ONG réunissant aujourd’hui plus de 400 jeunes dispersés dans une quarantaine de pays. Née en 2011 suite aux simulations des négociations de Copenhague, elle s’axe autour de la recherche de nouvelles solutions pour lutter contre le réchauffement climatique. C’est en 2015 que se crée le think tank « Youth On The Move », présidé par Charlotte Blondel et Marine Denis. Principalement centré autour des migrations environnementales, il diffuse les bonnes pratiques des populations locales et regroupe tout un ensemble de témoignages, recherches scientifiques ou vidéos envoyés par des jeunes du monde entier. C’est donc autour d’un sujet trop peu traité, négligé par une grande partie de l’opinion publique, que ces jeunes ont décidé de s’unir pour montrer l’urgence d’un monde menacé et faire prendre conscience à l’ensemble des générations que la question des déplacés environnementaux est une réalité. A leur côté, Pablo Piette et Olivier le Solleu, sont issus du collectif artistique Nicecream Studio. C’est à travers leur caméra que ces rencontres seront immortalisées et qu’elles pourront faire le tour de toutes les consciences. A leur retour, ils seront aidés par Paloma Moritz, également bénévole active au sein de Youth On The Move et qui avait oeuvré aux préparatifs du voyage, pour réaliser ce documentaire. Depuis longtemps préparés à cette excursion, impliqués de longue date dans la réflexion scientifique et juridique soulevée par le réchauffement climatique, ils vont ainsi rencontrer la jeunesse bangladaise et plus précisément son engagement au sein d’associations locales et de programmes d’éducations axés autour des effets du changement climatique. Ce projet a d’ailleurs été présenté lors de la COP22 à Marrakech.

Il faut également noter que ce projet n’est pas le premier. Déjà lors de cette réflexion autour des déplacés environnementaux, des jeunes issus de « Youth on The Move » étaient partis enquêter en Bretagne, plus précisément sur l’île de Sein, afin de se pencher en premier lieux sur les conséquences du réchauffement climatique sur le territoire français. Leur but ? Tout d’abord « réfléchir après un travail d’analyse, de recherche et discussions critiques aux fondements et aux conséquences du réchauffement climatique » avant de « prendre à bras le corps le phénomène, observer, écouter et tenter de comprendre les déplacés quittant la terre, la lutte grâce aux projets de terrain, les initiatives politiques, les acteurs et leur réalité. » Travail de fond, mais aussi et surtout de terrain, ces jeunes ont ainsi vocation à creuser cette question des déplacements environnementaux, non seulement pour les donner et connaître mais aussi et surtout pour trouver les manières d’y subvenir. L’expédition de ces quatre jeunes au Bangladesh prend alors tout son sens. Pays soumis à la montée des eaux, aux ouragans ou encore aux désertifications, il est largement représentatif du phénomène des migrations climatiques. Plutôt que de se satisfaire du constat d’une situation en péril,  le but de ces jeunes est avant tout de partir sur un ton d’optimisme et plein d’espoir en mettant en avant les actions menées par les jeunes de tous les horizons. De cette génération que l’on dit inconsciente et futile, ils vont ainsi en prouver l’engagement passionné, la mobilisation permanente, la lucidité partagée, pour montrer qu’elle aussi est source d’espérance et est capable de reprendre les rênes du monde de demain.

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L’équipe est sur place depuis le 31 mai

« Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent/Pour partir, cœurs légers, semblables aux ballons/De leur fatalité jamais ils ne s’écartent/Et sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons ! »Fut un jour le baudelairien qui partit « pour partir ». Aujourd’hui, ces quatre jeunes ont préféré y glisser une once d’ambition pour rendre leur traversée camusienne. Leur voyage à eux est une manière parmi d’autres d’empêcher « que le monde ne se défasse. »

Pour les aider à financer leur voyage, vous pouvez y apporter directement une contribution : https://fr.ulule.com/lecume-de-la-jamuna/

Pour en savoir plus :

•  portail de l’OIM sur les migrations environnementales : http://www.environmentalmigration.iom.int/frGCOI=27246100080620 

  • l’Atlas des migrations environnementales

http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/livre/?gcoi=27246100083690

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  • Les migrations environnementales, Enjeux et Gouvernance

http://www.pressesdesciencespo.fr/fr/livre/?

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