UNE MÉDIATISATION SPORTIVE DIFFÉRENCIÉE

Les grandes compétitions sportives s’enchaînent, se précèdent et se succèdent, rassemblent, et fédèrent toute une nation. Du moins, les compétitions sportives masculines.

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Les stéréotypes genrés sont aussi présents dans le domaine sportif.  © Getty images

Depuis notre tendre enfance, les capacités sportives des filles sont sous-estimées. En running : « les filles, vous courez 5 km, les garçons 7km » ; en escalade, le nombre de points maximum qu’elles pouvaient obtenir en arrivant en haut du mur correspondait à la moitié de ce que les garçons obtenaient à mi-parcours. De même, dans les sports collectifs, mixtes, les filles étaient généralement les dernières choisies pour rejoindre l’équipe. Et pendant le match, très peu de passes leur étaient adressées. Aussi, la socialisation primaire joue un rôle sur notre vision du sport « féminin » et du sport « masculin ». En effet, les jeunes filles sont généralement inscrites dans des sports qui requièrent une certaine rigueur, de la discipline, de la grâce et doivent faire preuve de calme et de persévérance. À l’inverse, les garçons pratiquent des sports nécessitant de la vitesse, de la force et permettant de se défouler. Alors, inscrire sa fille au football c’était, et c’est, devoir affronter la stigmatisation et se voir qualifier de « garçon manqué », car ces dernières ne rentrent pas dans le moule de la jeune fille jouant à la poupée et faisant de la danse.

« CINQ SETS POUR UNE FEMME ? ELE NE PEUT PAS LE FAIRE »

Lors de Roland Garros, nous avons pu apprécier le physique, l’endurance et le mental requis pour une compétition de ce type. Pour autant, les femmes et les hommes ne sont pas logés à la même enseigne. 2 sets gagnants pour les unes, 3 sets gagnants pour les autres. Au nom de quoi ? Marion Bartoli elle-même, grande joueuse française de tennis, considère que les femmes n’ont physiquement pas les mêmes capacités que les hommes. « Une femme n’a pas les capacités physiques pour jouer plusieurs matchs en cinq sets en Grand Chelem. Cinq sets pour une femme ? Nous avons déjà joué toute l’année durant tellement de matches, c’est déjà une lutte. S’il vous plaît, ne nous donnez pas cinq sets. Physiquement parlant, une femme ne peut pas le faire. Elle n’a pas les mêmes capacités physiques que les hommes. Ce n’est pas possible humainement. C’est tout. Vous ne pouvez pas demander à une femme de jouer six heures. Si vous voulez mettre cinq sets alors il faut les mettre juste pour la finale, juste pour un match. Sur un match, une femme peut en effet jouer cinq sets. Est-ce que la qualité du tennis sera bonne pendant les trois heures voire les quatre heures et demie de jeu ? J’en doute fortement. Mais si vous voulez ajouter un peu de drame et faire quelque chose de spécial parce que c’est le Grand Chelem, je suis d’accord, nous pouvons le faire pour le dernier match. Mais le faire pour sept matches ? Ce n’est pas une femme dont vous avez besoin mais de deux sur le terrain. »

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Roland Garros 2017   DR

Or, sur le terrain, elles se démènent au même titre que les hommes. Par ailleurs, cela est d’autant plus frustrant que la partie se termine rapidement. Quel que soit le sexe des joueurs, les joueurs de tennis reconnaissent qu’il leur faut généralement un set pour entrer totalement dans le match. Or, encore un set et le match est fini pour les dames.

Au-delà des supposées différences physiques entre les deux sexes (il peut également y avoir des techniques de jeu différentes : il est très rare de voir des basketteuses faire des dunks car ce n’est pas ce système de jeu qu’elles ont appris), c’est tout un enjeu médiatique qui se pose.

Les vrais moments où le sport féminin est médiatisé au même titre que leurs homologues masculins correspondent aux grandes compétitions internationales type Jeux Olympiques, Coupes du Monde, Roland-Garros. Hormis cela, lorsque les sportives sont médiatisées, ce sont sur des chaînes payantes, à des plages horaires peu fréquentées.

UNE PART D’OMBRE SUR LE SPORT FEMININ

Le football féminin français est le sport qui prend le plus de couleur et donc la visibilité s’accroît au fur et à mesure. Pour autant, sa médiatisation n’est pas aussi importante que le football masculin. Par souci d’audience, bien entendu. Par conséquent, cela se ressent dans les stades…à moitiés vides. Par exemple, peu d’entre vous ont entendu parler de la finale de la Ligue des Champions opposant les lyonnaises aux parisiennes avant de voir en replay la séance de tir aux buts et le but de la gardienne Sarah Bouhaddi venant offrir la victoire à l’Olympique Lyonnais ? En revanche, la finale de la Ligue des Champions masculine opposant le Real de Madrid à la Juventus était davantage médiatisée… et suivie par les téléspectateurs.

Enfin, saviez-vous qu’il existe un Tour de France féminin? Personnellement, je ne le savais pas. Le cyclisme masculin, tout comme le football masculin, sont les deux sports les plus médiatisés. Depuis un peu moins d’un an, nous connaissons déjà le parcours que les coureurs vont emprunter tout le mois de juillet, avant de terminer sur l’Avenue des Champs Élysée. Tous les jours, tout l’après-midi, sur les chaînes nationales, vous pourrez suivre en direct le Tour de France. Qu’en est-il de celui des femmes ? Bonne question.

UNE FAIBLE MEDIATISATION FEMININE

Comme le souligne à juste titre Carmen Castellano dans sa thèse Les femmes journalistes sportives : Comment vivent-elles leurs interactions avec les sportifs masculins ? les sports les plus médiatisés restent les sports masculins, tout comme les personnes s’y intéressant sont majoritairement de sexe masculin. Pour illustrer cette relation de cause à effet, elle explique que jusqu’en 1914, les femmes n’étaient autorisées ni d’être membres d’un club de sport, ni à prendre part à toute sorte de compétitions sportives. En effet, « le sport était longtemps un loisir réservé exclusivement aux hommes ». Dès lors, du fait du retard des femmes à rejoindre le milieu sportif, leur médiatisation est moindre. A cet égard, Castellano s’appuie sur une enquête des années 2010 du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) qui estime que 90% de la médiatisation télévisuelle du sport concerne le sport masculin.

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En France, alors que la demande est importante, le sport féminin reste peu médiatisé.

 

De 2012 à 2016, la médiatisation des compétitions sportives féminines est passée de 7% à 14%. Pour autant, c’est dans ce milieu que les inégalités, le sexisme sportif, et la misogynie sont les plus importants. Cela est également lié au fait que les professions dans ce domaine, que ce soit en tant que sportif, journaliste ou encore expert, restent très masculines.

JOURNEE INTERNATIONALE DU SPORT FEMININ

Pour tenter de rétablir une égalité entre la médiatisation sportive masculine et la médiatisation sportive féminine, le 24 janvier est depuis cette année 2017, la journée internationale du sport féminin.

Mais il faut plus bien plus qu’une simple journée, chaque année. Il faudrait déjà commencer par changer les mentalités et valoriser le sport féminin. A commencer par accroître sa visibilité quelle qu’elle soit.

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