Manuel Valls: Arsène Lupin du bulletin ?

« C’est le plus grand des voleurs, oui mais c’est un gentleman… » chantait Jacques Dutronc en 1973 dans Arsène Lupin.

Au soir du 18 juin, aux alentours de 22h30, Manuel Valls n’avait pas le visage d’un vainqueur. Il annonçait sa victoire pourtant, au second tour des législatives dans la 1ère circonscription de l’Essonne, face à la candidate de la France Insoumise Farida Amrani. Mais son visage était marqué, crispé dans une expression étrange, mi-sourire mi-expression de gêne… Postiché au cœur de son fief, dans le hall de la Mairie d’Évry (ville dont il a été maire entre 2001 et 2012), il fit solennellement cette déclaration : « Je suis élu député, avec 139 voix d’avance ». Sous les huées, il tentait également d’expliquer que « chaque campagne a sa part d’énervement, de tensions ». Et les premières protestations pleuvaient: « Tricheur ! Tricheur ! » scandaient ses opposants, des militants de la France Insoumise pour beaucoup. Le soir même, Farida Amrani revendiquait elle aussi la victoire, et annonçait déposer un recours dans les jours qui suivraient.

Selon ses adversaires de la France Insoumise, il y a maldonne. Autant l’écrire clairement : selon eux, Valls a triché. Farida Amrani et Ulysse Rabaté (son suppléant) tentent désormais de le prouver, sans pouvoir recompter les bulletins pour autant. En effet, le code électoral prévoit qu’ils soient aussitôt détruits après le décompte, le soir même de l’élection.

Néanmoins, de nombreux faits permettent de douter de la bonne tenue de l’élection. L’équipe de Farida Amrani a déposé un recours devant le Conseil Constitutionnel le 28 juin, et le dossier est assez lourd !

En effet, plusieurs éléments semblent indiquer des « irrégularités », selon le terme consacré. Dit plus clairement, cette élection est franchement louche ! « El blanco » serait-t-il devenu, le temps d’une soirée : « el mafioso » ? Aurait-il trafiqué l’élection, depuis sa position de baron local ?

Premièrement, dans 4 bureaux de vote de la ville d’Evry, la France insoumise n’avait pas d’assesseurs pour surveiller le bon déroulement du vote et du dépouillement. Or, leurs résultats ont été plus favorables à l’ex-Premier ministre que dans la plupart des bureaux de vote. Et « Comme par hasard, les résultats de ces bureaux sont tombés en derniers » souligne Mme Amrani. En guise de protestation, l’équipe de la candidate explique n’avoir signé aucun des procès verbaux de ces bureaux.

Concernant ces bureaux, l’avocat de Farida Amrani et de Ulysse Rabaté, Hervé Tourniquet, a évoqué des « constats préoccupants« , en plus du manque d’assesseurs de la France Insoumise.

Ainsi, « Une centaine de signatures » sur les cahiers d’émargements « apparaissent très sensiblement différentes entre le premier et le second tour« . L’avocat des Insoumis fait également remarquer qu’on a observé des « signatures du second tour où il apparaît très clairement […] une première signature au crayon noir (de bois), au décalque, recouvert d’une signature à l’encre« . Cela ressemble à « quelqu’un qui s’entraîne au crayon à papier pour imiter la signature d’un électeur absent et qui oublie de gommer » , comme le souligne un membre de l’entourage de Farida Amrani.

La candidate ex-syndicaliste déclare également être en possession de clichés où l’on verrait des bulletins à son nom être déchirés dans plusieurs bureaux de vote.

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L’ancien premier ministre accusé de tricherie © REUTERS/Philippe Wojazer

Il existerait également des vidéos avec des scènes d’intimidation pour voter pour Manuel Valls. Si ces faits étaient avérés, ils seraient alors des raisons suffisantes à l’annulation pure et simple de l’élection. Farida Amrani et son équipe ont affirmé être en possession de ces preuves mais ils n’ont pas pour l’instant diffusé publiquement des clichés ou vidéos attestant de la véracité de leurs dires.

Hervé Tourniquet a aussi relevé « 23 nouvelles inscriptions entre les deux tours dans un seul et unique bureau de vote » dans une commune de la circonscription qu’il n’a pas identifiée devant la presse.

Selon le camp Valls ? Circulez, il y n’y a rien à voir ! « Mon élection est nette » assène Valls le lendemain de l’élection, entrant à l’Assemblé Nationale comme si de rien n’était. Il n’y a selon lui « aucune base » à la contestation de sa victoire. Le lundi 19 juin sur Twitter il écrivait : « Il n’y a eu aucune irrégularité. Il faut accepter le verdict des urnes et respecter la démocratie« , sans pour autant apporter des contre-arguments aux accusations de ses adversaires …

Les Sages du Conseil constitutionnel examineront le dossier de recours constitué par l’équipe de la France Insoumise. Leur verdict devrait vraisemblablement tomber dans une durée de 4 à 6 mois. Selon leur verdict, Manuel Valls pourra ou non être qualifié de tricheur, de braqueur électoral ou encore d’Arsène Lupin du bulletin de vote…

« Quand il détrousse une femme, il lui fait porter des fleurs » chantait Dutronc. Manuel Valls fera-t-il de même, s’il a détroussé l’électeur ?

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