L’homosexualité dans le monde : et si on notait les continents ?

En Tchétchénie, les homosexuels sont actuellement enfermés et torturés et dans de nombreux pays l’homosexualité est encore perçue comme un crime. Bien que les droits des homosexuels aient évolué dans certains pays, aux quatre coins du monde, ils sont stigmatisés, devant porter une étiquette qui les culpabilisent. Mais de quoi sont-ils coupables en réalité ? Coupables de ne pas entrer dans la norme ? Coupables d’être différents ? Coupables d’aimer ?

Les mœurs, la législation, l’éducation, le mentalités, la socialisation, la culture, les coutumes, les rites, la religion, la volonté de conformité, influent sur notre perception et notre appréhension de l’homosexualité. Si en France l’homosexualité n’est plus un crime depuis 1981, il existait encore en 2001 des hôpitaux pour incarcérer les homosexuels en Chine.

Révoltées par certaines situations, nous avons donc décidé d’écrire cet article à deux, afin de comparer l’évolution du droit, mais également du regard que portent les individus envers les minorités sexuelles en fonction des continents. Dès lors, d’un continent à un autre, d’un pays à un autre, l’acceptation de l’autre varie.

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AMÉRIQUE DU SUD : 15/20 : UN BON ÉLÈVE EN PROGRESSION RAPIDE 

La situation est très contrastée en Amérique du sud. Si l’Amérique centrale n’évolue que très lentement, de nombreux pays d’Amérique latine ont connu une progression rapide sur la question des droits des LGBT ces dix dernières années. Le mariage et l’adoption pour les couples gays et lesbiens ont été reconnus en ARGENTINE (2010), en URUGUAY (2013), au BRESIL (2013) et dans cinq États du MEXIQUE. Le BRESIL a ainsi été un pays initiateur lors des travaux de l’ONU relatifs à la dépénalisation de l’homosexualité dans le monde : « la déclaration relative des droits de l’homme à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre » qui fut soutenue par 68 pays dont quatorze en Amérique latine. Nombre de ces pays d’Amérique latine ont inclus dans leurs droits des textes permettant de reconnaître et de protéger les minorités sexuelles. L’ARGENTINE fut un pays précurseur, puisque publiant une loi d’égalité de genre. Cette loi datant de 2012, également approuvée en Colombie (2015), permet aux personnes transgenres de changer la mention de leur genre sur les documents d’identité sans condition médicale ni juridique.

La COLOMBIE a officialisé le 3 juin dernier le premier mariage entre trois hommes. Un an après la reconnaissance du mariage homosexuel. La Colombie permet désormais, pour la première fois de son histoire, à trois hommes non seulement de se marier mais aussi d’être reconnus en tant que famille pouvant jouir de droits patrimoniaux sous le régime juridique de la « Treja » . En dépit du fait que la Colombie soit un pays majoritairement conservateur et catholique, le droit s’est très vite adapté à l’évolution des mentalités dans le pays depuis la décriminalisation de l’homosexualité en 1980. Comptant plus de 79% de catholique et historiquement conservateur, la Colombie n’a cessé ces dernières années d’accorder des droits croissant aux homosexuels malgré des agressions qui demeurent fréquentes. Alors que la France continue d’avoir une position extrêmement immobiliste et rétrograde, ne permet pas aux couples homosexuels d’adopter, et suscite de vives polémiques, la Colombie s’est montrée bien plus progressiste. Ainsi, en 2015 la Cour Constitutionnelle colombienne avait approuvée le droit à l’adoption pour les couples homosexuels à la condition qu’un des deux membre du couple ait un lien biologique avec l’enfant. Par la suite, en 2016 lors de la reconnaissance du mariage homosexuel le lien de parenté ne fut plus une condition pour adopter.

Une manifestation pour le mariage gay à Bogota en 2012.
Manifestation pour le mariage gay à Bogota en 2012 © AFP/Reuters

AMÉRIQUE DU NORD : 11,5/20 : ÉLÈVE MOYEN SUSCEPTIBLE DE CHUTER TRÈS RAPIDEMENT : RESTER VIGILANT ! 

Aux ETATS-UNIS, chaque Etat dispose de sa propre loi, dont la seule obligation est la conformité avec la loi nationale. Dès lors, la légalisation du mariage homosexuel s’est échelonnée dans le temps. Depuis le 26 juin 2015, il est possible pour deux personnes de même sexe de s’unir partout aux Etats-Unis.

Selon des statistiques du FBI (Federal Bureau of Investigation), les minorités sexuelles seraient quatre fois plus sujettes à des violences que les personnes musulmanes ou Afro-américaines.

Alors que la tolérance des américains est toujours plus importante chaque année, la tuerie d’Orlando, dans l’État de Floride dans la nuit du 11 juin 2016, vient rappeler que rien n’est jamais totalement acquis. En effet, ce massacre a eu lieu dans une boîte de nuit gay, faisant plus de quarante-neuf mort et cinquante-trois blessés. Par ailleurs, l’élection de Donald Trump à la tête du pays et son administration (Mike Pence, son vice-président, est ouvertement contre l’union homosexuelle) pourrait bien avoir quelques effets, non sans conséquences, sur cette communauté.

Le CANADA représente un refuge pour les homosexuels. Depuis le 20 juillet 2005, le mariage est autorisée dans les dix-neuf provinces que compte le pays, faisant du Canada le troisième pays à le légaliser. Un gage du soutien et de la prise en compte des minorités sexuelles est la nomination, depuis 2013, de Kathleen Wynne, cheffe du parti libéral, en tant que première ministre de l’Ontario. Sa particularité ? Elle est homosexuelle. La charte canadienne des droits et libertés du 17 avril 1982 reconnaît et garantie que « tous les citoyens sont égaux qu’importe leur sexe, leur âge, leur religion et leur orientation sexuelle ». Le constat est clair : un grand chemin a été parcouru depuis les années 1960 où jusqu’alors l’homosexualité était un délit punissable d’un point de vue sociétal, ecclésiastique et policier.

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Kathleen Wynne et sa compagne Jane Rounthwaite  DR

EUROPE, 10/20 : DES PROGRES MAIS DES RESULTATS QUI RESTENT BEAUCOUP TROP HETEROGENES

Bien que l’ALLEMAGNE ait, le 30 juin dernier, adopté des mesures permettant aux couples lesbiens et gays de se marier, seuls 7 États européens sur les 27 autorisent le mariage homosexuel. Le continent européen est un continent qui avance de manière très hétérogène. Si des pays comme la POLOGNE ou encore la REPUBLIQUE TCHEQUE demeurent relativement en retard, d’autres pays nordiques comme la SUEDE ou encore la DANEMARK adoptent, a contrario une attitude bien plus progressiste puisque le mariage homosexuel est également béni par l’ Église.

Aux yeux de la loi polonaise, un couple homosexuel n’existe pas juridiquement, les conjoint-e-s ne sont pas protégé-e-s et sont considéré-e-s comme étant étranger-e-s l’un-e à l’autre. Dans ce pays de l’Est, très conservateur et catholique, les textes juridiques sont extrêmement lacunaires : d’une part ils ne reconnaissent pas les couples homosexuels comme étant des couples, d’autre part rien ne pénalise les violences discriminatoires, qu’elles soient physiques ou morales. 22% des homosexuels en POLOGNE disent avoir subi des violences physiques et 77% des violences psychologiques. En Pologne on peut donc être ouvertement homophobe en toute légalité. Il y a quelques années il était de ce fait bien vu pour un-e étudiant-e de se revendiquer ouvertement homophobe.

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L’attitude des pays européens envers les homosexuels (carte de 2014) © Libération

OCÉANIE : 09/20 : UNE PRISE DE CONSCIENCE MAIS TOUJOURS DES LACUNES. IL SERAIT TEMPS DE RÉAGIR

En AUSTRALIE le couple homosexuel est reconnu comme étant un couple et le mariage homosexuel fut à de nombreuses reprises mis à l’agenda politique. En effet, 61% de la population australienne se prononce en faveur du mariage homosexuel, et de nombreuses pétitions nationales viennent alerter les pouvoirs publics quant à la nécessité d’adapter le droit national à l’évolution des mœurs. Bien plus que de ne pas être reconnu le mariage homosexuel est strictement interdit depuis 2004. En 2013, le territoire du Canberra avait voté une loi qui permettait d’avoir recours à un tel mariage sur le territoire. Cette loi fut déclarée anticonstitutionnelle par la Haute Cour saisie par le gouvernement fédéral. Le droit varie fortement en fonction des Etats, mais les homosexuels ont toutefois des droits reconnus tels que l’adoption possible ou l’accès à l’insémination artificielle dans certains Etats.

ASIE : 04/20 : ATTENTION DES RÉSULTATS QUI SE DÉGRADENT  TRÈS RAPIDEMENT 

Quand bien même l’homosexualité n’est plus considérée comme une maladie mentale depuis le 20 avril 2001 au niveau législatif en CHINE, les mentalités traditionnelles perdurent. En effet, aujourd’hui, en 2017, l’homosexualité est une maladie mentale qu’il convient de soigner par le biais de médicaments, mais aussi d’électrodes et de douches froides. C’est plus d’une dizaine d’hôpitaux du pays, aussi bien privés que publics, qui proposent de « guérir » les homosexuels grâce à ces techniques. Au terme de trente séances, et de toute sorte de prise de médicaments, vous serez un être humain « normal ». Depuis juin, tout contenu sexuel homosexuel est également censuré du net car « anormal » et ne correspondant pas aux « aux critères politiques et esthétiques corrects ». Les Chinois, et plus largement les asiatiques homosexuels, en viennent même à être exclus de leur cercle amical, professionnel et familial tout entier, notamment pour des raisons culturelles et non pas religieuses. En cause ? Une absence de progéniture et d’hérédité du fait de rapports entre deux personnes de même sexe. Cela a pour conséquence de nombreux faux-mariages entre un homme et une femme. Ils auraient un enfant, mais pour autant vivraient leur amour avec une personne du même sexe.

TAÏWAN fait office d’exception sur le continent. Cette île devient, le 20 mai 2017, le premier pays asiatique à autoriser le mariage entre deux personnes de même sexe. Antérieurement à cette légalisation, Taïwan se démarquait déjà de ses voisins du fait de sa plus grande tolérance et intégration dans sa population des minorités sexuelles. Ce nouveau cap franchi a été permis par la Présidente Tsai Ing-wen, démocrate progressiste, en place depuis mai 2016. Faire en sorte que le mariage pour tous soit légal était une de ses promesses de campagne. En somme, hormis à Taïwan, il ne fait pas bon vivre en Asie pour les homosexuels. En effet, en 2015, huit pays ont encore recours, dans le monde, à la peine capitale pour punir les homosexuels (Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, Iran, Mauritanie, Soudan du Nord, Yémen, certaines régions du Nigéria et de la Somalie). Aucun effet domino n’est pour l’instant à constater dans les autres pays du continent, et plus largement.  

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En Asie, seul Taiwan n’est pas opposé au mariage homosexuel © Noorani Tejani

A contrario, les homosexuels sont réprimés et torturés en TCHETCHENIE (cf vidéo de Quotidien : vaut mieux être un terroriste qu’homosexuel), ce qui pourrait entraîner une nouvelle vague d’immigration en raison de son orientation sexuelle.

En INDE, l’homosexualité a d’abord été dépénalisée en 2009 par la Haute Cour de New Dehli avant d’être de nouveau pénalisée en 2013 par une décision technique de la Cour Suprême. En février 2016, la Cour Suprême a annoncé qu’elle allait de nouveau se pencher sur l’article 377 du code pénal. Celui qui sanctionne depuis 2013 l’homosexualité. Ce va et vient permanent entre légalisation et pénalisation ne permet pas, pour les personnes concernées, une stabilité d’un point de vue des droits et de leur intégration sociale.

De manière générale, parler de relations homosexuelles, et plus largement de sexualité, demeure, en Asie, un des principaux tabous de société. Pour beaucoup d’asiatiques, l’homosexualité doit se cantonner au domaine privé et militer en faveur des droits des minorités sexuelles est peu accepté.

AFRIQUE : 03/20 : DES RÉSULTATS INSUFFISANTS, UNE VOLONTÉ QUASI INEXISTANTE : IL FAUT SE METTRE AU TRAVAIL ! 

En 2016, Afrobaromètre a réalisé un sondage afin d’évaluer la perception relative à l’homosexualité sur le continent. Ce qui en est ressorti c’est que « 4 Africains sur 5 apprécieraient assez peu voire pas du tout d’avoir un voisin homosexuel ». Il s’agit là d’une tendance globale étant donné que des pays tels que le Cap Vert ou encore l’Afrique du Sud sont extrêmements tolérants et protecteurs envers ses minorités sexuelles, à l’inverse du Burkina Faso et du Niger.

Si l’on s’intéresse particulièrement au cas de l’AFRIQUE DU SUD, ce pays est en avance sur tous les fronts, tant sur le plan économique, politique, culturel, militaire, ou encore au niveau des droits sociaux. Surnommé « Nation arc-en-ciel » (Desmond Tutu), depuis la fin de l’Apartheid (1948-1991), l’Afrique du Sud est l’unique pays du continent à accorder et à reconnaître des droits aux homosexuels, ces droits étant inscrits dans la Constitution. En plus de cette protection constitutionnelle, l’Afrique du Sud fût le premier pays d’Afrique à autoriser, le 30 novembre 2006, le mariage entre deux personnes de même sexe. Et le cinquième pays au monde (Pays-Bas, Belgique, Canada, Espagne). Enfin, un dernier point témoigne de l’avance du pays en matière de droits des homosexuels à savoir la création, en 2016, d’une mosquée, tenue par un imam appartenant à cette minorité sexuelle. Le dessein de Muhsin Hendricks est donc de dissocier religion et pêché, et de permettre aux personnes de confessions musulmanes de s’épanouir en tant qu’être humain, quelque soit son orientation sexuelle (Lesbien, Gay, Bisexuel, Transgenre). Pour une plus grande tolérance de son prochain et pour moins de discrimination envers les minorités. Pour autant, ces droits n’empêchent pas les homosexuels d’être victimes de sévices.

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L’imam Muhsin Hendricks porte de sérieuses réflexions sur l’homosexualité  DR

En revanche, la situation est beaucoup moins évoluée pour les homosexuels dans un peu moins de quarante pays africains où l’homosexualité est taboue. En effet, alors que le continent compte 57 pays, l’homosexualité est illégale dans 38 d’entre eux. Par exemple, depuis 2009, l’OUGANDA a tenté de faire adopter une loi faisant de l’homosexualité un crime passible de la peine de mort. Cette loi a finalement été allégé, condamnant les homosexuels à la prison à vie, tout comme en Tanzanie ou au Sierra Leone.

La législation SOUDANAISE est l’une des plus forte en matière d’homosexualité car illégale. Les peines passibles sont différenciées selon qu’on soit une femme ou un homme. En effet, une femme ayant des rapports homosexuels recevra 100 flagellations. Or, si elles sont reprises pour les mêmes actes, une quatrième fois, ces dernières seront condamnées à mort. Les hommes, quant à eux, n’ont pas « cette chance » de se repentir. Dès le premier constat de rapports homosexuels entre hommes, ils encourent la peine capitale. Alors que Muhsin Hendricks en Afrique du Sud cherche à aider les LGBT musulmans, la Charia dicte la conduite et les lois relatives à l’homosexualité au Soudan.

En somme, avoir recensé et étudié différents pays de chaque continent permet de mettre en exergue un certain manque d’action en faveur de la communauté LGBT.

Les lois impactent fortement l’opinion publique sur l’acceptation ou non des homosexuels. Pour autant, même si un pays autorise le mariage entre deux personnes de même sexe, cela ne signifie pas que ces personnes soient acceptée par tous. Des violences et exclusions sévissent dans des pays où l’homosexualité est acceptée et reconnue.

Dans des pays où la religion et les traditions ont une place particulière (notamment en Afrique et en Asie), il ne convient pas de dénaturer ces continents et de les faire aller à l’encontre de leurs valeurs. Mais s’il s’agit uniquement de faire preuve d’un peu plus d’ouverture d’esprit afin de permettre à la communauté LGBT de s’épanouir, en tant que membre à part entière du pays.

« Si tu diffères de moi, mon frère, loin de me léser, tu m’enrichis. » Antoine de Saint Exupéry

Article co-écrit par Marie Désévédavy et Louise Hervieux

Une réflexion sur “L’homosexualité dans le monde : et si on notait les continents ?

  1. A reblogué ceci sur Boycottet a ajouté:
    Dans des pays où la religion et les traditions ont une place particulière (notamment partout ailleurs en ce monde), il ne convient pas de dénaturer ces continents et de les faire aller à l’encontre de leurs valeurs. (texte revu et corrigé par nécessité)

    J'aime

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