De Paris à Douala, une première semaine qui s’achève

[Cet article a rencontré un léger retard de publication en raison de la fatigue cumulée, de deux jours de maladie et de journées chargées.]

Notre première semaine à Douala a pris fin dimanche dernier et force est de constater qu’il s’est passé beaucoup de choses. En une semaine, nous avons découvert un nouvel environnement et de nouvelles personnes, nous avons gagné en autonomie pour nous déplacer, pour faire nos courses. En une semaine, nous avons mis en place une petite routine de vie entre le restaurant et l’association.

Nous nous sommes familiarisés avec une ville que nous ne connaissions pas en traversant ses quartiers guidés par Charles, l’un des encadrants du centre. De Deido à Akwa en passant par Ngangue, nous nous déplaçons en taxi à travers cette ville qui bouillonne d’activités. Partout, les gens s’activent et les rues fourmillent de centaines de taxis, de motos et de piétons qui se mêlent dans un flot de circulation incessant. Les bords de routes sont emplis de commerces ambulants, de stades de foot de fortune et autres curiosités à tel point que chaque trajet entre le restaurant et l’association est l’occasion de découvertes.

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Une circulation toujours massive © Mathilde Geoffroy

Le début de notre semaine a été rythmé par les allers et retours entre le restaurant et le quartier de Ngangue où se situe Agape. L’association a été créée en 2013 par une Malienne, Madame Adama, et elle vit depuis grâce des bénévoles et des donateurs. Deux éducateurs, Germain et Charles, ainsi qu’une cuisinière et maman du groupe, Ruth, sont présents quotidiennement auprès des enfants. Nous les avons rencontrés d’abord « solennellement » mais c’est par les jeux et les activités que nous avons petit à petit commencé à tisser des liens avec eux. Nous leur avons appris des jeux -le loup-garou, le béret- et eux aussi nous en ont fait découvrir -les cartes et les billes. Nous avons pris sur nous pour perdre sans râler même si les négociations sur l’arbitrage sont monnaie courante.  Nous avons commencé à tourner un clip et tenter sans grand succès de les battre au foot. Ainsi, au terme de cette semaine, nous commençons à retenir l’ensemble de leurs 17 prénoms alors qu’eux s’adressent à nous sous le nom de « tantine » ou de « tonton ». Même si leurs cris sont parfois fatiguants, leurs sourires et leurs rires sont un bonheur. Leur présence gaie et leur mode de vie nous poussent à rester humbles face à la vie que nous menons, face à la chance dont nous bénéficions. Ces enfants nous surprennent jours après jours par leurs ressources et leurs connaissances et c’est avec plaisir que nous abordons les journées que nous passons avec eux.

Cette semaine fut aussi celle de nos premiers pas au restaurant. Nous avons été présentés aux employés lors de la réunion du personnel tenue à 6h –au grand damne de notre sommeil. A cette occasion nous nous sommes présentés et chacun nous a donné son nom et sa fonction dans l’entreprise. Au-delà des premières phrases échangées avec nos futurs collègues, c’est la méthode de management qui nous a le plus marquée. En effet, la discipline est instaurée par un système de bonus/malus : les employés arrivés en retard perdent leur salaire de la journée, ceux qui rient « de manière inappropriée » se retrouvent de corvées et chacun est appelé à critiquer le travail de l’autre. Cette méthode est supposée améliorer les performances de l’entreprise mais je la perçois plus comme une phase d’humiliation. Chacun y va de son commentaire sur l’autre, en attendant debout la fin de son plaidoyer ou de son sermon. Cette réunion semble parfois être l’occasion de mettre à plat les tensions de la semaine. Elle peut néanmoins décourager les tentatives de solidarités entre employés souvent soumis aux mêmes abus (absence de contrats de travail, heures supplémentaires non payées, sanctions contraires au code du travail camerounais etc …). Une fois les présentations terminées nous nous sommes mis au travail, chacun répartis à un poste : la caisse, la cuisine et le service en salle. Ils nous ont permis de découvrir un aspect du travail au Tchop mais aussi de nous familiariser avec les membres du personnel, de tisser des liens, de raconter des histoires, d’en écouter. Beaucoup d’entre eux sont diplômés ou travaillent pour payer leurs études.  Nos collègues nous ont expliqués qu’un diplôme ne garantit pas un emploi et que pour décrocher un bon travail c’est bien plus le piston qui fonctionne. En effet, avec un marché du travail saturé, avoir un emploi apparait déjà comme une chance.

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Rue où se situe l’association dans le quartier de Ngangu © Mathilde Geoffroy

Ainsi, si en une semaine à près de 15h de travail par jour nous avons parfois été fatigués, c’est grâce à ces moments de partages et de rencontres que nous tenons debout. Pour les enfants à l’association ou les employés du restaurant, nous ne sommes que de passage et pourtant ils nous donnent tellement ! Nous ne pouvons qu’apprendre d’eux et tenter de le leur rendre.

Les différences de culture, d’habitudes ne sont pas toujours criantes mais elles transparaissent parfois dans les conversations que nous avons. Dimanche soir, alors que nous achevions notre service au restaurant, je discutais avec un manager. Une petite fille qui courait dans la salle est tombée mais s’est de suite relevée sans un pleur, sans un cri malgré l’apparente violence de sa chute. Surprise, j’en parle à mon supérieur qui me répond « Au Cameroun, un enfant qui tombe se relève seul ». Cette phrase m’a marquée car j’ai l’impression qu’en France quelqu’un se serait approché pour relever l’enfant, qu’il aurait pleuré. En y réfléchissant plus tard, je me suis dit que cette phrase pouvait en partie s’appliquer au sort des enfants des rues qui, délaissés par leurs parents sont forcés de se « relever seul », de travailler et trouver de l’argent pour survivre. Ici, chacun semble soumis à cette philosophie.

Une semaine vient de s’achever à Douala mais beaucoup d’autre sont encore à venir…

Un grand merci à Charlotte pour ses conseils et sa relecture avisée (même si tu casses tous mes délires, la bise).

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