Trump et le Mexique : tensions à la frontière

95%. C’est le pourcentage de Mexicains ne faisant pas confiance au président américain Donald Trump, selon la récente étude menée par le Pew Research Center. On les savait inquiets des déclarations ouvertement hostiles que leur adressait inlassablement le candidat à chacun de ses meetings pendant la campagne présidentielle ; et son élection n’a fait qu’accroître le ressentiment général envers l’ex-homme d’affaires.

À l’image de la population, il serait euphémique de qualifier les relations américano-mexicaines de conflictuelles, tant le dialogue entre les deux administrations brille par son absence. S’opposer aux États-Unis est une chose ; s’opposer aux États-Unis de Trump en est une autre ; alors que le personnage, malgré les virages opérés à 180° dont lui seul a le secret sur certains sujets, semble être l’archétype de l’anti-mexicain convaincu. Il suffit de l’écouter sans cesse marteler « Build the Wall ! » [Construisons le Mur!] à chacune de ses interventions publiques pour le comprendre. D’abord estimé à 3 000 km, puis réduit de moitié pour une question d’argent, ce mur devrait empêcher toute entrée illégale sur le territoire américain depuis le Mexique ; qu’il s’agisse de drogues, d’armes, ou d’êtres humains en situation de détresse extrême, qu’ils aient fui la pauvreté ou la violence des cartels latino-américains qui sévissent dans leurs pays, ou les deux à la fois. Cependant, une question logique découle de ce projet : où trouver le budget pour construire cette barrière miracle, si l’on en croit le président ?

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Donald Trump et Enrique Peña Nieto, à Mexico, le 31 août 2016.                                                   © REUTERS/Henry Romero

« Mexico will pay for this wall. »

Cette affirmation laisse rêveur quant à la gestion du futur budget de l’État pour les années à venir. Difficile de ne pas être sarcastique devant cette idée qui tend plus vers l’utopie qu’une réalité géopolitique : comment imaginer un seul instant que le Mexique soit prêt à payer des dizaines de milliards de dollars pour un ouvrage humiliant, incroyablement cher, contraire à leurs intérêts, ne relevant pas de leur initiative et américain par dessus le marché ? Le mur solaire qui s’auto-financerait, et non monsieur Trump n’est pas le premier à y avoir pensé, se rapproche plus d’un effet d’annonce que d’une véritable mesure écologique [venant de sa part, c’eût été étonnant] : les experts estiment que cela alourdirait de 10 milliards de dollars le budget, sans compter toute la logistique supplémentaire pour amener l’électricité du désert jusqu’aux villes les plus proches.
Sur le plan économique, le président américain souhaiterait également renégocier l’ALENA, une association de libre-échange existante depuis 1994 regroupant les États-Unis, le Mexique et le Canada. Accusée d’avoir participé à la délocalisation d’usines et la perte de milliers d’emplois aux U.S.A, elle serait potentiellement abrogée si des réformes n’étaient pas menées dans les années à venir. Le Mexique, grand gagnant de cette association à l’origine de la création de milliers d’emplois et d’excédents commerciaux dans le pays, a tout à perdre dans ces négociations, mais s’est dit ouvert au dialogue cette fois-ci afin de trouver un consensus équitable aux trois parties.

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Manifestation anti-Trump à Mexico, le 31 août. © reuters.

Ce sont deux des sujets que Trump et Pena Nieto, le président mexicain, devaient aborder lors de leur rencontre en marge du G20, vendredi dernier. Peu d’informations ont filtré de cet entretien, si ce n’est que la réunion avait été respectueuse et cordiale ; sans doute parce que la question du Mur n’a (étonnamment) pas été mise sur la table, bien que l’on puisse comprendre qu’un sommet du G20 ne soit pas exactement l’occasion idéale pour régler une affaire régionale qui fait beaucoup parler d’elle, et pas forcément dans le bon sens. Pourtant, il y va de l’intérêt des deux pays de poser les bases d’un dialogue constructif, excluant de fait les tweets assassins et autres déclarations en l’air de vous-savez-qui. Quoiqu’en pensent les plus conservateurs, le Mexique et les États-Unis sont intimement liés, par la proximité géographique, cela va de soi ; économiquement, aussi ; mais surtout par l’un des thèmes majeurs de la campagne présidentielle de Trump : la sécurité, ou plutôt devrais-je écrire l’immigration et les trafics illégaux. La solution ne se trouve pas dans la construction d’un mur, aussi écologique qu’il puisse être, car il ne ferait que renforcer le drame qui se joue chaque jour à la frontière : des trafiquants et passeurs peu scrupuleux pillant des milliers d’hommes et de femmes coupables de rechercher une vie meilleure à laquelle nous aspirons tous. Cependant, ces milliards dépensés pour la construction et la sécurisation de cet édifice ne seraient-ils pas plus utiles s’ils étaient investis directement dans la lutte anti-drogue, là où les cartels sévissent impunément depuis trop d’années ? De quoi équiper efficacement une police et la mettre à l’abri du fléau qu’est la corruption. La réalité est plus complexe que cela, mais que ne peuvent pas faire deux puissances mondiales qui travaillent ensemble ? La relation entre ces deux pays vaut mieux qu’une histoire de mur, mieux qu’un calcul politique pour s’assurer le soutien de son camp, et définitivement mieux que la volonté d’un homme, fusse-t-il président des États-Unis d’Amérique.

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