Spejdernes lejr 2017

Le bus se gare à l’emplacement n°16. Tu es arrivé, juste le temps de récupérer ton sac à dos, et l’aventure peut commencer. Muni d’un plan légendé en langue étrangère, tu déambules un peu au hasard à travers les allées d’un camp en construction. Tu repères déjà les différentes délégations présentes sur place, grâce aux drapeaux hissés sur des mâts qui dominent l’étendue de tentes. Émerveillé, tu contemples des premiers chefs-d’œuvre de l’architecture scoute : des tours, ponts et étages de pilotis pour des tentes en hauteur. Au bureau des enregistrements du jamboree, tes chefs annoncent « Caravane 1ère Colmar » et tu reçois un bracelet, symbole de ta participation à l’évènement. Encore une journée d’installation du camp et enfin arrive la veillée d’ouverture. Sous les applaudissements de 37 000 scouts d’horizons différents, les maîtres de cérémonie annoncent enfin : « Welcome in Denmark for the Spejdernes lejr 2017 ! ».

Un petit peu d’histoire …
Le fondateur du scoutisme, Baden Powell, utilise pour la première fois le mot « jamboree » en 1920 pour désigner le premier rassemblement mondial scout. L’origine du mot demeure incertaine, mais ce qui compte pour Baden Powell, c’est l’esprit de réunion joyeuse des scouts du monde qu’il véhicule. Depuis 1920, vingt-trois jamborees mondiaux ont été organisés. Depuis 1999,  c’est comme pour la coupe du monde, tous les quatre ans. Chaque pays est libre d’organiser un rassemblement national ouvert aux délégations étrangères, comme cette année au Danemark.

Tu n’as sûrement jamais vécu de jamboree. Mais je vais tenter de te le faire vivre maintenant.
Imagine-toi une grande scène sur laquelle des artistes danois donnent des concerts déchaînés – oui, un boys band danois c’est bien mieux que ça n’y paraît.
Imagine-toi de longues journées d’activités : piscine, ateliers créatifs, tournoi chevaleresque, parcours gonflable, visite de la ville, … et aussi de longues soirées – un jeu de piste qui dure de 19h à 5h du mat’, c’est une expérience extraordinaire, mais c’est crevant.
Imagine-toi des veillées de partage interculturel avec des danses traditionnelles du Bangladesh, des chants israéliens, des chorégraphies de mangas japonais, une visite de l’Ukraine – et un jeu français qui frôlait le niveau de la danse des canards.
Imagine-toi des échanges entre scouts de toutes nationalités qui partent à la « chasse aux écussons » pour ramener chez eux un maximum de badges étrangers, des foulards scouts d’ailleurs et quelques photos qui immortalisent les rencontres – mais surtout une liste complète de nouveaux amis Facebook.
Imagine-toi des moments de communion, lorsque des jeunes qui ne se connaissent pas se prennent dans les bras pour honorer la tradition du panneau « free hugs » de l’un d’entre eux, lors de jeux qui nécessitent de se tenir par les épaules, ou pendant des cérémonies religieuses où on se donne la main pour la paix – mais bizarrement dans la file des toilettes, on la cherche toujours la solidarité.

Le jamboree en nombres …
4
ans de préparation
1000 bénévoles
37 000 scouts danois et étrangers venant de
44 pays différents
4km² de surface  de camp prêt de Sønderborg

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© Benjamin Wucher

Nouveau pays, nouvelle façon de faire du scoutisme. C’est à force de côtoyer les scouts danois que tu apprends une manière différente de vivre le scoutisme.
Le scout danois se lève à 5h afin de participer tous les matins à une cérémonie autour du drapeau national. « Please respect the flag », il fait le salut scout et attend, le sourire aux lèvres, que le drapeau monte un mat de dix mètres de haut. Au même moment, le scout français se réveille seulement.
Le Français a le sens de la fête : il chante quand il s’ennuie et lance des pogos peu importe le style de concert proposé ; et vas-y qu’il entonne la Marseillaise, fait la chenille et jette de la farine dans la foule. Le Danois écoute sagement le concert, se permet d’applaudir à la fin de la prestation et, surtout, envoie la sécurité pour stopper les débordements du public français.
Le Danois est un constructeur hors paire : à sept ans, il coupe déjà le bois à la hache tout seul, et porte toujours une dague à la ceinture. A seize ans, son homologue français s’entaille le tibia en tentant de couper une bûche et n’a le droit d’utiliser qu’un opinel n°8 maximum.
Le scout français ne s’ennuie jamais car il connait plein de jeux. Envie de faire connaissance ? Faisons une Brousse, ça rapproche ! Le Danois, surpris par tant de contacts physiques, préfère largement construire un mécanisme permettant de soulever une voiture. Et il n’est pas découragé de devoir le défaire une demi-heure plus tard.
Le Danois lève la tête régulièrement pour observer l’évolution des nuages. Lorsqu’il sort sa veste de pluie, c’est qu’à coup sûr il se met à pleuvoir deux minutes plus tard. Le scout français, n’étant pas habitué aux caprices de la météo, profite tant qu’il fait beau. Surpris par la pluie, il fini trempé jusqu’aux os avant d’avoir réussi à s’équiper.
Le Français, puisqu’il vient du pays de la gastronomie, s’efforce de varier ses plats et prend le temps de bien manger même avec les moyens limités du camp. C’est d’ailleurs pour ça qu’il est trop souvent en retard pour les activités. Le Danois, lui, est toujours à l’heure et même parfois en avance. Il faut dire aussi qu’il ne fait pas la cuisine puisque les adultes s’en chargent et est impressionné par de simples crêpes françaises.

Un thème engageant
Chaque rassemblement a un mot maitre. « Leave your impressions » nous invitait, cette année, à mettre de côté nos préjugés, à laisser derrière nous nos jugements, pour aller vers les autres. Vivre un jamboree, c’est vivre dans la diversité au sein d’un village-monde.  La veillée internationale, pendant laquelle chaque délégation présentait un numéro issu de son pays d’origine, était une réelle chance pour nous . Une veillée de découverte culturelle, c’est ça qui fait la richesse de ce genre d’évènement.

drapeaux.PNG
© Benjamin Wucher

En revanche, si tu participes à ton premier jamboree international, sache qu’au Danemark du moins, certains aspects sont assez surprenants par rapport à un jamboree français. En général, le camp scout est un temps dans l’année pendant lequel le quotidien est bouleversé. Eh bien là, surprise totale ! Le cœur du rassemblement ressemble à un centre-ville avec ses boutiques, restaurants et cafés. Tu es muni d’un bracelet électronique relié à un compte, approvisionné au préalable pour pouvoir payer plus facilement sur place. Cet objet devient vite ton saint Graal puisque la nourriture à laquelle tu as accès gratuitement est limitée à quelques produits de base au pain, légumes, féculents et condiments ; tu es donc poussé à la consommation des produits qui te manquent par rapport à tes habitudes. La file d’attente devant le supermarché de sucre et de gras est interminable. A l’entrée d’un magasin de matériel de camp, deux hommes forcent les clients à prendre des seaux, ce qui s’apparente à de l’incitation à l’achat – mais ça après, ce n’est que mon interprétation personnelle. Alors que l’essentiel d’un camp est de se déconnecter, tu serais fort surpris de constater que des camions entiers de prises électriques sont mis à disposition pour recharger les téléphones. Mais ce qu’il y a de plus choquant, c’est l’avion qui fait tous les jours sept fois le tour du camp pour mettre en évidence une banderole de publicité. Les camps scouts t’avaient habitués à moins de luxe avec un trou au fond de la forêt en guise de toilette et une bassine d’eau froide pour la douche. Dans ces conditions, tu te demandes bien où est passée la sobriété heureuse …

Une chanson de vivre ensemble
Kom nu, kom med. Vi sætter spor, og vi gør det sammen
Kom nu, kom afsted. Kursen finder vi hen ad vejen
Kom nu, kom med. Vi sætter spor, og vi gør det sammen
Kom nu, kom afsted, og tag din makker med.

Allez, venez avec. Nous laissons des traces, et nous le faisons ensemble
Allez, allez-y. Nous allons trouver le parcours en cours de chemin
Allez, venez avec. Nous laissons des traces, et nous le faisons ensemble
Allez, allez-y et prenez votre compagnon avec.

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Luftfoto over Spejdernes Lejr 2017 i Sønderborg. Foto: Kurt Gabs

Mais lorsque tu rentreras chez toi, tout ce que tu retiendras, ce sera la formidable aventure que tu auras vécu et l’évènement porteur de tant de messages d’espoir pour l’humanité, que seuls les scouts auraient pu te faire vivre.

« Essayez de laisser ce monde un peu meilleur qu’il ne l’était quand vous y êtes venus. », Baden Powell, fondateur du scoutisme

Une réflexion sur “Spejdernes lejr 2017

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