Petites vérités sur la guerre de Sécession, le révisionnisme et Lee

Le général Lee est une fois de plus rappelé de sa tombe, exhumé par les révisionnistes que produit en masse le monde moderne. Il est normal que ceux qui refusent de voir le monde présent tel qu’il est (« -Mais si, il y a tout un spectre de sexualités possibles, c’est SCIEN-TI-FIQUE. En revanche, politiquement, c’est binaire : t’es avec moi ou contre moi ») veuillent réécrire à leur sauce un passé pas assez manichéen pour eux. On le voit dans la vision que porte la chaîne britannique BBC sur une « famille romaine typique », comme si la présence de quelques syriens ou numides dans les provinces méditéranéennes de l’empire justifiait la présence d’un centurion noir à l’extrême nord-ouest( et ils font pire, cliquez sur  http://urlz.fr/5GXB et jugez par vous-mêmes). On le voit aussi dans le retrait des portraits de vingt-cinq grands d’Oxford, jugés trop blancs, hétérosexuels et masculins de l’aveu même de la direction. N’ayant pas été capable de trouver assez de femmes ou de personnes « racisées » dans leur glorieuse histoire, ils ont fini par faire une concession supplémentaire au monde moderne en ouvrant leur galerie à des personnalités du présent, y compris non diplômées d’Oxford. C’est ainsi que le philosophe Jonathan Swift, auteur du fameux Gulliver, virulente critique de la société au 18ème siècle, s’est vu remplacé par Naomi Wolf, une présentatrice féministe américaine. Comme si on avait remplacé le portrait de Voltaire par celui d’ Harry Roselmack. C’est ainsi qu’on a tenté de retirer la statue de Cecil Rhodes au motif que le fondateur du Cap serait le « Hitler de l’Afrique » (j’attends encore que la communauté juive se sente indignée pour cette récupération). Il a ainsi été expurgé d’un campu acceuillant des étudiants africains…qui sont içi grâce à la bourse qu’il avait fondée. Tout comme, à Harvard, la polémique sur le logo de l’école de droit,  celui de son fondateur, le juriste Isaac Royal qui posséda des esclaves. A quand le déboulonnage de la statue des empereurs romains en Italie? Des empereurs turcs dont les galères raflaient des esclaves chrétiens le long de la Méditérannée ? De Gengis Khan, qui a donné son nom à la place centrale de la capitale mongole ? Raser le port de Nantes et de Bordeaux, ainsi que les statues de Voltaire, pour s’être enrichis grâce au commerce triangulaire. Et quitte à détruire les statues et les bâtiments commémoratifs, pourquoi ne pas brûler les œuvres de la littérature et du cinéma qui en sont sorties, et notamment Autant en emporte le vent, prix Pulitzer de 1937, qui choqua non parce qu’il évocait avec nostalgie les traditions du vieux Sud mourant, « gone with the wind », mais parce qu’il donnait trop de place au personnage principal, l’indépendante Scarlett O’hara.  Tous utilisèrent, vendirent ou capturèrent des esclaves, à une autre époque. Mais pour certains, il est plus facile de juger que de comprendre. Surtout lorsque la situation n’est pas réductible à une opposition binaire entre les « méchants esclavagistes » (pourtant commandés par des abolitionnistes comme Lee, Davis ou Beauregard) et les doux émancipateurs du nord (qui comptaient dans leurs rangs des états toujours esclavagiste, comme le Kentucky). Oublient-ils que Lincoln lui-même disait, au début du conflit, que ce n’était pas une guerre entre esclavagistes et anti-escalavagistes ? Quant à Lincoln, il déclara lui-même, dans un discours public en 1858 «Je ne suis pas, et n’ai jamais été en faveur de donner l’égalité politique aux races noires et blanches. Que je ne suis pas ni n’ai jamais été en faveur de faire des nègres des électeurs ou des jurés. Ni de leur autoriser à être élus ou à avoir des mariages interraciaux avec des blancs ; et je dirai en sus qu’il y a une différence physique entre les races blanches et noires qui, je le crois, interdira pour toujours à ces deux races de vivre ensemble en termes d’égalité sociale et politique. Et puisqu’ils ne peuvent pas vivre ainsi, et tant qu’ils resteront ensemble, il doit y avoir une position de supériorité et d’infériorité, et autant que n’importe quel autre homme, je suis un faveur que la position de supériorité soit assignée à la race blanche. » A quand la destruction du Lincoln Memorial ? Puisqu’on souhaite éradiquer tous les monuments commémoratifs qui ne sont pas dans l’air du temps, pourquoi ne pas renverser les dalles mortuaires des cimetières militaires allemands ? La très anti-migrants muraille de Chine ? Versailles, bâti par des anti-républicains notoires ? En bref, toutes les traces d’un passé qui n’avait pas les mêmes valeurs que nous.

La statue du général Lee dérange, car en plus d’être le symbole d’une époque dont l’union américaine est peu fière, celle du dépeçage du Sud par les accapareurs et les aventuriers du Nord, celle qui ruina les villes d’Atlanta et Richmond sous les obus du général Sherman, et qui décupla la fortune des Carnegie et des Rockfeller, en relevant les tarifs douaniers, en décuplant l’émission de crédit et en confiant les terres conquises aux groupes industriels qui s’engageraient à y bâtir un chemin de fer transcontinental, la statue symbolise aussi la complexité et les tiraillements internes d’une figure historique de premier plan, et confond le discours binaire et moralisateur qui voit le jour dans les écoles publiques et dans les facs américaines.

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Un petit bonus, pour vous montrer jusqu’où le délire révisionniste nous conduira

Le Nord et le Sud sont deux nations distinctes, au sens culturel du terme. Déjà au 18ème siècle, Tocqueville remarquait cette ligne originale qui séparait les américains le long des rives de l’Ohio : « la nature a donné à l’homme un caractère entreprenant et énergique, mais de chaque côté du fleuve il fait de cette qualité un emploi différent. Le blanc de la rive droite a placé dans le bien-être matériel le but principal de son existence, avec une sorte d’héroisme dans son avidité pour le gain. L’américain de la rive gauche ne méprise pas seulement le travail, mais toutes les entreprises que le travail fait réussir. Il aime passionnèment la chasse et la guerre. L’un a les goûts, les préjugés, les faiblesses et la grandeur de toutes les aristocraties, l’autre les qualités et les défauts qui caractérisent la classe moyenne. ». Au long du 19ème siècle, les industriels du Nord ont bloqué le développement du Sud pour le cantonner au rôle de fournisseur de matières premières agricoles. En outre, le Nord est protectionniste car son industrie ne peut pas encore concurrencer l’Europe, alors que le Sud a besoin de plus de débouchés commerciaux. Lee est un homme du sud, fils d’un compagnon de Georges Washington, un pur virginien qui choisit la carrière des armes et s’illustre pendant la guerre contre le Mexique. Vu comme le meilleur tacticien de sa génération, il gravit les rangs jusqu’à devenir général, et commande l’école des officiers de West Point, pépinière de futurs généraux de la guerre. Connu pour ses opinions anti-sécessionnistes, Lincoln lui propose le commandement de l’armée des Etats-Unis en cas de conflit contre le Sud. Mais il lui répond « Je ne puis me résoudre à tirer l’épée contre mes parents, mes enfants, contre mon pays. J’ai donc donné ma démission, et, excepté pour la défense de mon pays natal, j’espère ne plus combattre ». Vœu pieux : Richmond, capitale de la Virginie et de la confédération, est à deux-cent kilomètres de Washington à peine. Ce qui crée un axe meurtrier sur le court espace  séparant les deux villes. Les 38 000 hommes du général Mc Dowell se lancent à l’assaut des 24 000 rebelles de général Beauregard. Des politiciens, des journalistes, des familles bourgeoises  viennent en calèche assister à l’assaut qui doit disperser le seul obstacle sur la route de Richmond. Mais à la grande surprise des spectateurs (car c’est bien à un « spectacle » qu’ils étaient venu assister), l’assaut des tuniques bleues s’écrase contre la défense des hommes de Beauregard et de Jackson, qui y gagne le surnom de « stone wall », le mur de pierre. La panique des civils gêne la retraite de l’armée du nord, qui se retrouve obligée de dynamiter les ponts menant à Washington pour couvrir sa fuite.  Le Sud a une armée victorieuse, mais ne peut pas prendre Washington pour signer la paix. Le Nord a des avantages écrasants, mais s’est fait défaire. La guerre entre les 9 millions de sudistes et les 20 millions de nordistes sera donc longue et cruelle.

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Le général Beauregard commande les sudistes lors de la bataille de Bull Run. Un des meilleurs officiers confédérés, avec Lee, Jackson et Jeb Stuart. Après la guerre, il se prononce en faveur de l’égalité civique, une proposition que la plupart des Américains, y compris dans le nord, ne sont pas prêts à cautionner. Lui aussi a des statues à sa gloire. Quand les déboulonnera-t-on?

Lincoln obtient alors du congrès un prêt pour lever un demi million de volontaires. Puis il entreprend d’asphyxier l’économie du sud, peu industrialisée, par un blocus de ses ports. En parallèle, cent mille nordistes reconquièrent la vallée du Mississippi à l’ouest, chassant les vingt-cinq mille soldats confédérés du général Johnston, qui meurt les armes à la main. Les survivants se replient vers Memphis, sous le commandement du général Beauregard, non sans avoir, par d’habiles coup de main, détourné les vivres et le matériel de leurs poursuivants. Pendant ce temps, à l’ouest, les deux-cent mille hommes de l’ « armée du Potomac » de Mac Clellan sont chargés de reconquérir la Virginie. Cent-soixante mille débarquent à Yorktown et quarante mille avancent sur la terre ferme, afin de prendre en tenaille les quarante-sept mille hommes que le Sud leur oppose. Mais l’audace de « Stonewall » Jackson fait des merveilles et, séparant ses maigres effectifs, il défait par quatre fois les nordistes, sauvant in extremis Richmond. Lee prend la tête de l’armée de Virginie, qu’il défendra principalement autours de Federicksburg et de…Charlottesville. Il dégage définitivement Richmond de la menace de mc Clellan lors de la bataille des « sept jours » : quatre vingt-cinq-mille confédérés, mobiles et motivés pour défendre leur sol, chassent cent-vingt mille nordistes. Mc Clellan est limogé, et remplacé par John Pope. Celui-ci, abusé par un piège de « stonewall » Jackson, perd ses entrepôts, son état-major et manque d’être capturé. Défait une seconde fois par Lee, il est retiré du front tandis que les débris de son armée sont confiés à nouveau à Mac Clellan. Poussant son avantage, Lee remonte vers le nord, mais les 87000 nordistes font reculer ses troupes, deux fois moins nombreuses, qui se retirent dans l’ordre. Une défaite supplémentaire pour Mac Clellan pousse Lincoln à le remplacer définitivement. Le général Burnside prend sa place. Résolu à l’offensive, il marche sur Fredericksburg, étape importante entre lui et Richmond. Mais Lee l’y attend : il sait que son armée compte quarante mille hommes de moins que celle de Burnside, mais il fortifie soigneusement les collines. Il faudra six offensives meurtrières et soixante-trois mille pertes dans ses rangs pour que Burnside comprenne que les confédérés ne se retireront pas. Il bat en retraite, laissant Lee savourer sa victoire. Le retentissement de la bataille est tel que, au nord, on envisage la démission du président Lincoln. Pourtant, si la Virginie est bien libre, tout le Missisipi a été reconquis. Surtout, les victoires du Sud creusent un peu plus ses ressources, alors que le Nord a le potentiel matériel et humain pour se remettre de ses nombreuses défaites. Après les quartiers d’hiver, les tuniques bleues repassent en Virginie, menées par le général Hooker. La situation est à nouveau sauvée à Chancelorsville, mais à quel prix pour Lee, qui perd son meilleur collègue et ami « Stonewall » Jackson, tué par des tirs confédérés dans la confusion du combat. Avec des effectifs deux fois inférieurs, Lee fait une fois de plus reculer le Nord. Il est même en capacité de passer à l’offensive. Mais au cours de sa progression en Pennsylvanie, il est obligé de laisser partir ses cavaliers indisciplinés à la poursuite d’un ennemi qui se dérobe. Les éclaireurs à cheval sont pourtant les yeux et les oreilles de Lee, qui se retrouve comme sourd et aveugle. Cette marche en avant le conduit jusqu’à Gettysburg, où l’absence d’informations, les mésententes avec son nouvel état-major, le brouillardet ses propres problèmes de santé l’empêche de l’emporter. Il ne peut pas apercevoir, à couvert, les 120 canons chargés et silencieux, qui attendent de tailler en pièces la division Pickett. Les officiers tombent en premier, sous la lourde mitraille et le tonnerre des canons, qui s’entend jusqu’à Baltimore. Les vagues de fantassins se brisent sur la lourde artillerie de l’Union, et après avoir plantés un instant leur drapeau victorieux sur la colline mortelle, elles doivent refluer sans ses chefs, couchés pour toujours sur Cemetery Ridge.  L’armée virginienne anéantie, la guerre est perdue,.

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La charge mortelle des trois brigades de la division Pickett semble sur le point de balayer les canons de l’Union. On peut distinguer le général Armistead qui entraîne ses hommes vers la victoire, le chapeau attaché à la pointe de son épée. Mais la victoire ne dure pas. Il tombe avec les deux autres généraux de sa division, tous ses colonels, et la plupart de leurs hommes.

Lee le sait, il ne peut que retarder l’inévitable désormais. On refuse sa démission. Mais il n’est plus « dans le coup » : le sud n’a pas les moyens de lever une armée supplémentaire. L’avenir de la guerre est à la guérilla, celle des bandes violentes de Nathan Forrest, ou des « fantômes gris » de Mosby. Peine perdue. La Géorgie toute entière brûle sous les pas des troupes nordistes de Sherman, qui réduit Atlanta en cendres, puis Columbia et Charleston. Pour défendre Richmond, on ne peut plus lever personne. « Des berceaux aux tombaux », tous les hommes valides sont déjà mobilisés. Un suprême effort de Lee lui permet de porter ses effectifs à…65 000 hommes, contre les 700 000 dont Grant dispose. Les généraux du Sud tombent de plus en plus nombreux au combat : Jeb stuart, James Longstreet, Ewell, Johnston…L’état logistique est tel que les plus lettrés des observateurs du conflit donnent aux soldats confédérés le surnom de Lee’s Miserables, en hommage au roman de Victor Hugo. Ulysse Grant, chef des armées nordistes et futur (catastrophique) président, le sait. Il ne se soucie pas tant des pertes dans ses rangs (ses hommes le surnomment « Grant le boucher ») que de celles de Lee, dont il dit cyniquement « J’userai ses forces  avant qu’il n’use les miennes ». Il multiplie les offensives en Virginie, sans autre but que l’érosion progressive des sudistes. Lorsque enfin il entre dans Richmond, Lee ne peut rien tenter, devant défendre un front de 60 kilomètres de long avec à peine 20 000 soldats. Il se résout à accepter l’offre de reddition qu’on lui fait, et se rend personnellement à Appotamox où le destin lui impose une dernière épreuve personnelle : signer lui-même la capitulation des armées du Sud. La courtoisie dont Grant fait preuve dans la paix contraste avec la brutalité des combats : il accède à la demande de Lee, de laisser repartir ses hommes avec un cheval et une mule, pour cultiver leurs champs, laissés à l’abandon. Les larmes aux yeux, le chef des armées confédérées annonce la défaite à ses hommes. Mais il faudra encore deux mois pour que le dernier chef confédéré, le général cherokee Stand Watie, accepte de déposer les armes.

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L’aventure romanesque des braqueurs Franck et Jesse James les conduira à la mort…et au cinéma. Leur beau-père est pendu, leur mère et leur soeur emprisonnées par les nordistes pour avoir laissé les frères s’engager chez les sudistes. En représailles, ils intègrent la bande de Quantrill, un confédéré fou qui terrorisera le nord par une guérilla sans pitié. La guerre terminée, les frères recherchés poursuivent leur vendetta contre les fonctionnaires et les troupes d’occupation, soutenus par la population du Sud qui voit en eux des résistants à l’arrogance des yankees.

Lee donne l’exemple de la réconciliation : il abandonne toute activité politique, ne répond pas aux appels du pieds du KKK naissant et refuse de partir en Europe, où l’on fait des propositions en or aux généraux confédérés, pour présider une fac obscure de Virginie, d’où il expulsera toujours les étudiants manquant de respect aux personnes de couleur. Il vend ses deux propriétés pour payer le fisc du nord, y compris les impôts levés entre 1861 et 1865 pour l’écrasement du Sud. Sous la pression du sénateur nordiste Stevens, et en opposition avec la volonté du défunt Lincoln et de son successeur Johnson, un « Reconstruction act » voté en 1867 abolit tous les efforts de réconciliation, replace le Sud sous autorité militaire et annule toutes les élections et les nominations qui ont eu lieu depuis la paix. Les politiciens ratés du nord, les carpetbaggers, partent tenter leur chance au sud. La délinquance se multiplie, encouragée par la population qui voit dans des braqueurs comme Jesse James ou Bill Doolin des Robins des Bois locaux. Il faut attendre 1898 et la guerre contre l’Espagne pour que le Sud soit traité avec respect. Et en 1913 à Gettysburg, cinquante-mille vétérans des deux camps se retrouvent pour saluer leur héroisme mutuel. La réconciliation à son apogée ?

Et en 2017 à Durham, les torquemadas de la tolérance  détruisent une statue à la mémoire des « jeunes garçons qui portèrent le gris », et la rouent de coups de pieds, dans une frénésie qui n’est pas sans rappeller la « minute de la haine » orwellienne:

Cette  guerre culturelle, cette réconciliation manquée, c’est leur «Camp du bien » qui la rend impossible. Ils détruisent notre passé commun au nom de leur vision sectaire du présent. Il est temps, au nom du respect pour la terre et les morts, de reconquérir le terrain culturel perdu, et de relever la tête au milieu de leurs cris de bêtes, comme ce jeune homme de Charlottesville sur la vidéo ci-dessous.

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