L’Argentine attend l’« Aparicion con vida de Santiago Maldonado »

Inquiétude, incompréhension, voile obscure, tensions politiques et sociales. C’est tout un pays qui est secoué par la disparition de Santiago Maldonado. Injoignable depuis le 01er août, la population argentine ne sait si ce dernier est toujours en vie. Ou non.

UNE « DISPARITION FORCEE »

Santiago Maldonado, 28 ans, originaire de Buenos Aires, participait début août à une manifestation, à Cushamen (Patagonie), en faveur des mapuches et afin d’obtenir la libération de Lonco Facundo Jones Huala, leader de cette communauté. Le désormais disparu venait en soutient à cette minorité qui tente coûte que coûte de lutter contre les propriétaires terriens ainsi que les compagnies minières. En somme, elle revendique un territoire.

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Une affiche sur le mur de la faculté de sciences politiques, réclamant la libération du leader de la communauté mapuche, Lonco Facunod Jones Huala. © Marie Desevedavy

Lors du rassemblement, une centaine de forces de l’ordre serait intervenue, usant de la force, pour disperser le mouvement et mettre un terme aux barrages routiers mis en place par les manifestants. C’est depuis ce moment précis que le jeune homme de 28 ans est porté disparu. Les circonstances de sa disparition restent floues.

Tabassé, l’artisan aurait ensuite été transporté dans une camionnette de la gendarmerie. Des effets personnels auraient été retrouvés dans le véhicule, quand bien même Patricia Bullrich, ministre de la Sécurité, nie en bloc : « Il n’y a aucune preuve » impliquant la gendarmerie. Avant d’ajouter : « Nous ne voulons pas que cela soit politisé ni d’accusations sans éléments valides. Sachez que (…) nous allons essayer de mettre tous les moyens de l’Etat pour le trouver ». Pour témoigner de sa bonne foi, l’État s’est prononcé, offrant 500 000 pesos (soit 24 000 €) à toute personne possédant quelconques informations pouvant aider à retrouver Maldonado.

Le véritable tournant de cette affaire a lieu lorsque la procureure générale, Silvina Avila, qualifie l’affaire de « disparition forcée ». Une véritable mobilisation et médiatisation se met alors en marche, signe de solidarité de tout un pays envers un homme. En Argentine, le hashtag #SantiagoMaldonado devient viral sur les réseaux sociaux, tout comme le slogan « Je suis X et je vais bien. Mais je me demande où est Santiago Maldonado ».

MOBILISATIONS ICI ET LA

Les universités du pays, telle que la UNCUYO, à Mendoza (province de Cuyo), sont activement engagées dans la recherche du jeune homme et pour interpeller les dirigeants. En effet, entre marches organisées, affiches placardées, tracts distribués, l’objectif est de mobiliser le maximum de citoyens pour rendre justice à Maldonado.

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Trois affiches et tracts sur le tableau d’une salle de classe, dont une affiche invitant à la marche du 1er septembre. © Marie Desevedavy

Le vendredi 1er septembre, une manifestation a pris place dans tout le pays, un mois jour pour jour depuis la disparition du jeune homme, rassemblant plus d’une dizaine de milliers de citoyens.

Des joueurs de football à l’ancien Prix Nobel de la Paix Adolfo Perez Esquivel, célébrités et quidam se relaient pour donner de la voix à ce mouvement social dont le dessein est de faire éclater la vérité au grand jour quant au sort du militant.

LE SOUVENIR D’UN DUR PASSE

Les Mères et Grands-mères de la place de Mai, ONG de défense des droits humains, est l’une des premières associations à s’être mobilisée pour Maldonado, interpellant, entre autre, l’ONU. La raison de son dynamisme ? L’histoire du pays. Durant la période 1976-1983, correspondant à la dictature militaire argentine, plus de 30 000 personnes ont disparu. Cette association est alors née de la volonté de « retrouver les enfants volés ».

DES VOIX S’ELEVENT

Amnesty International tente de lever le voile sur cette disparition, dénonçant « les violations des droits humains » faisant référence à l’intervention des forces de l’ordre. Le collectif ne s’est pas arrêté là, réclamant une réponse aux revendications territoriales mapuches.

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Affiche dans un couloir de la faculté de science politique, « L’Etat est responsable ». © Marie Desevedavy

Le gouvernement argentin a également été interpellé par le Comité des Nations unies contre les disparitions forcées afin de lever le voile sur cette journée.

Cristina Kirchner, ancienne présidente d’Argentine et en course pour les législatives du 22 octobre, s’est quant à elle exprimée sur son compte twitter, tentant de faire pression sur les autorités publiques : « Santiago debe aparecer. Y debe aparecer con vida. » (« Santiago doit être retrouvé, et doit être retrouvé en vie. »)

« Disparition » revêtit alors une connotation particulièrement douloureuse pour cette récente « démocratie » …

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