Good Morning Cambodia

Le paysage s’assombrit une fois de plus sur ce tout petit pays tant convoité, enclavé entre la Thaïlande et le Vietnam. Le Kampuchea, si bien décrit par Patrick Deville, semble de nouveau se diriger vers un avenir obscurci.

Depuis le mois d’août 2017, le climat politique tend à devenir électrique. Après plus de trente-deux ans de pouvoir, le Premier Ministre Hun Sen devra remettre son titre en jeu par le biais d’élections (le 29 juillet 2018). Ce dernier, ancien commandant du groupe totalitaire et génocidaire des Khmers rouges, aujourd’hui à la tête du Parti du Peuple Cambodgien (PPC), n’a eu de cesse, au cours des années, de centraliser le pouvoir, installant un système gangréné par la corruption, les inégalités et le népotisme. La population, et notamment la jeunesse, est exaspérée par tant d’immobilisme et les jeux d’influence. Refusant un scénario identique aux élections législatives de 2013, dans lesquelles l’opposition y a fait une percée remarquée, Hun Sen s’en prend dès lors à son concurrent principal. C’est dans ce contexte que dans la nuit du 2 au 3 septembre 2017, Kem Sokha, leader du « Parti du sauvetage national du Cambodge », s’est vu menotté par un raid de 100 à 200 policiers et détenu quelque part vers la frontière avec le Vietnam. Motif ? À l’appui une interview datant d’il y a 4 ans dans laquelle M. Kem explique recevoir de l’aide des Etats-Unis afin de pouvoir construire une opposition politique. Le gouvernement accuse dorénavant M. Kem de trahison et d’espionnage.

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Le Premier Ministre Hun Sen va devoir remettre en jeu son mandat politique © Samrang Pring/Reuters

L’échiquier politique est désormais cruellement amputé.

Du côté de la liberté de la presse, ce n’est pas beaucoup mieux… Après 24 ans de bons et loyaux services, le Cambodia Daily, l’un des trois journaux édités en anglais avec le Khmer Times et le Phnom Penh Post, a fermé ses portes le 4 septembre 2017. Le journal en question s’est vu réclamé une taxe de 6,3 millions de dollars à régler avant la fin du mois. Compte tenu des pressions et intimidations, le journal, guidé par la volonté de faire prospérer la liberté d’expression (malgré les ventes à pertes), annonce être à bout de souffle. Ce dernier coup dur marque la fin pour le Cambodia Daily, mais plus globalement, voilà ainsi le Cambodge amputé une nouvelle fois de liberté d’expression.

Ces deux nouvelles résonnent comme un séisme dans tous les esprits encore traumatisés par les Khmers Rouges. Peu de réactions ou de manifestations sont possibles ici, le sujet demeure sensible. Le triste héritage, ces années de déshumanisation, de totalitarisme, restent encore bien présents, voire saisissants.

En France, la communauté cambodgienne se mobilise, samedi 9 septembre 2017 s’est tenu un rassemblement en soutien à Kem Sokha au Trocadéro. Malgré la beauté du geste, je doute fort d’un quelconque impact ici…

 

IMAGE DE COUVERTURE : manifestation au Cambodge © TANG CHHIN SOTHY/AFP/Getty Images

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